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La relation franco-allemande au plus mal

Les attaques de socialistes français bousculent Angela Merkel alors qu’elle lâchait du lest sur l’austérité, sans pouvoir le dire à cinq mois de législatives risquées pour sa coalition, et tendent les relations franco-allemandes.

Le Parti socialiste (PS) a présenté vendredi un projet de texte qualifiant Mme Merkel de “chancelière de l’austérité” et l’accusant d'”intransigeance égoïste”. Le président François Hollande se contentait d’évoquer fin mars “une tension amicale” avec Mme Merkel. Des ministres français ont tenté de calmer le jeu, et à Berlin on a voulu minorer l’incident. “La relation franco-allemande est essentielle pour nous”, a affirmé lundi le porte parole d’Angela Merkel, Steffen Seibert. Plutôt qu’un brouillon de texte du PS, “ce qui compte pour nous, c’est l’action du gouvernement” français, a-t-il dit.

C’est au vice-président du groupe parlementaire CDU-CSU de Mme Merkel Andreas Schockenhoff, chef du groupe d’amitié franco-allemande, qu’il est revenu de dénoncer des “attaques inappropriées et inhabituelles”. “Le gouvernement de gauche ne peut détourner l’attention du fait que la France a besoin de réformes structurelles profondes”, a-t-il lancé. Avant-même la publication du texte du PS, le co-président du groupe Vert au parlement européen Daniel Cohn-Bendit tempérait: “certes, le moteur franco-allemand a des ratés, mais il en a toujours été ainsi”. “La notion de couple franco-allemand c’est du cinéma ! Merkel et Nicolas Sarkozy, sur le plan personnel ça n’a jamais marché. Mais à un moment ils ont décidé qu’ils avaient des intérêts communs”, a-t-il expliqué.

Le ton s’était pourtant récemment adouci à Berlin vis à vis des voisins passant pour moins vertueux sur le plan budgétaire. Pays-Bas, Espagne, Italie ou Francen’ont pas été critiqués lorsqu’ils ont annoncé qu’ils dépasseraient cette année les 3% de déficit autorisés par les accords européens. Angela Merkel avait souhaité “le succès” de la France dans ses efforts de réduction des déficits, et promis que l’Allemagne accompagnerait le pays “avec bienveillance” dans ses réformes.

“La France et l’Allemagne doivent coopérer”

A Berlin, on saluait récemment que François Hollande, confronté en France à une impopularité record un an après son élection, veuille réformer en douceur son pays plutôt que de prendre le risque d’une grève générale, y voyant une preuve d’intelligence politique. “Mme Merkel a un ton conciliant car elle n’a qu’une peur, c’est que François Hollande dise publiquement on laisse filer les déficits, prenant la tête d’une sorte d’alliance des pays du sud, ce qui achèverait de l’isoler en Europe”, analysait un diplomate européen en poste à Berlin.

“Merkel avec la moustache d’Hitler dans les manifestations grecques, cela ne fait pas plaisir, mais si l’image de l’Allemagne se dégradait au point d’affecter ses exportations, cela serait beaucoup plus grave”, ajoutait cette source, sous couvert d’anonymat. “Au niveau du discours public (Berlin) est dans la retenue, le contraire serait contre-productif, on a peur de cette image de l’Allemagne à l’étranger”, explique Claire Demesmay, de la Société allemande de politique étrangère (DGAP).

Le patron du groupe européen d’aéronautique et de défense EADS, l’Allemand Tom Enders, a estimé mardi que Paris et Berlin doivent coopérer pour éviter que l’Allemagne se retrouve “seule contre tous”. “Pour prévenir cela, la France et l’Allemagne doivent coopérer”, explique le dirigeant du groupe, né d’une fusion d’industries françaises et allemandes.

Mme Merkel doit être discrète si elle veut le succès électorale de sa coalition conservateurs-libéraux, attaquée par la gauche qui réclame des mesures de relance, et par le nouveau parti eurosceptique Alternative pour l’Allemagne (AFD). “Merkel et Hollande essaient de louvoyer jusqu’aux prochaines élections allemandes,” à l’issue desquelles la chancelière espère un troisième mandat, analyse Daniel-Cohn-Bendit. “Je crois qu’ils ont trouvé un modus vivendi, Merkel a dû lui signifier qu’après les élections des choses bougeraient”.

“Avant les élections, Berlin a avant tout intérêt à ce que la zone euro (…) ne connaisse pas de tensions dramatiques”, expliquait lundi Holger Schmieding, analyste de Berenberg. “Merkel est populaire, elle n’a donc pas intérêt à bouger d’avantage”, estimait aussi Claire Demesmay.

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