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La rentrée des profs, un jour avant 12 millions d’élèves

Quelque 850.000 enseignants ont effectué mercredi leur rentrée, dont beaucoup de professeurs stagiaires qui n’ont pas encore eu de formation pratique devant une classe, dans un contexte de nouvelles suppressions de postes et de fort mécontentement syndical.

Un jour avant leurs 12 millions d’élèves, environ 852.000 enseignants (368.928 en primaire et 483.979 en collèges et lycées) se sont rendus dans leur établissement pour prendre connaissance de leur emploi du temps et rencontrer leurs nouveaux collègues. Dans une vidéo diffusée sur internet (www.education.gouv.fr), le ministre de l’Education nationale, Luc Chatel, leur a souhaité “une très bonne rentrée”. Mais pour certains, cette rentrée est placée sous le signe de l’inquiétude, en raison de la mise en place de la réforme de la formation des professeurs, très critiquée par les syndicats.

Celle-ci a pour effet, pour la première fois cette année, de placer 15.472 professeurs “stagiaires” (c’est-à-dire recrutés en 2010), et en particulier les 8.300 stagiaires de collèges et lycées, presque tous à plein temps devant une classe entière, sans avoir suivi l’année de formation en alternance en IUFM. “J’ai de l’appréhension, car je n’ai jamais été confrontée à un élève”, a témoigné à l’AFP Sandrine Couturier, 26 ans, professeur en économie et gestion commerciale en lycée technologique, peu avant sa rentrée au lycée de Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne). “Avec 16 heures de cours par semaine (contre 8 avant la réforme), le double de préparation, et des journées de formation, j’aurais aimé une entrée en la matière plus douce”, a-t-elle confié. “On ne lâche pas les professeurs comme ça sans aucune formation”, s’est défendu Luc Chatel sur France Inter, faisant valoir que les stagiaires avaient pu bénéficier de journées d’accueil ces derniers jours, qu’ils allaient être “encadrés” par un professeur expérimenté (tuteur) “tout au long de l’année” et auraient des stages individualisés.

Delphine Rebeyrolle, 34 ans, qui vient d’avoir le Capes de lettres modernes et va enseigner en collège à Limoges, a expliqué avoir reçu, lors d’une demi-journée de pré-rentrée, un DVD du ministère et des conseils sur la tenue de classe. “C’est un peu léger”, a-t-elle souligné. Inquiète ? Auparavant contractuelle dans l’Education, c’est finalement sa quatrième rentrée, et elle s’est prévalu de “savoir prendre en charge une classe”.

Autre controverse: certains syndicats ont affirmé que tous les tuteurs n’avaient pas été trouvés, ou que dans certains cas, il s’agissait de tout jeunes professeurs plus que d’enseignants chevronnés. Interrogé mardi, M. Chatel est resté flou à ce sujet. En contrepartie de la réforme, les salaires de 190.000 jeunes professeurs (débutants et ceux ayant moins de 7 ans d’ancienneté) sont revalorisés: les premiers auront 157 à 259 euros mensuels supplémentaires, les seconds 660 euros annuels supplémentaires.

Mercredi, Luc Chatel a reconnu qu’il s’agissait d’une “année transitoire un peu compliquée à gérer”. La rentrée est aussi placée sous un signe assez inhabituel: un appel à la grève a été lancé dès le lundi 6 dans les collèges et lycées par le Snes-FSU pour protester contre les conditions de travail (suppressions de postes) et le 7 dans le cadre de la journée interprofessionnelle pour les retraites.

16.000 postes sont supprimés en 2010 (après 33.400 entre 2007 et 2009) et 16.000 nouvelles suppressions de postes sont prévues pour la rentrée 2011.

Ces derniers jours, les syndicats ont dénoncé un climat général extrêmement délétère et une “forte crise de confiance”.

 

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