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La rhinocérite fait des ravages aux Etats-Unis

Le rhinocéros d’Eugène Ionesco a la peau dure. La pièce culte, conçue en 1959 dans une Roumanie en pleine dérive fasciste, revient à la charge du totalitarisme pour dix représentations aux Etats-Unis.

Mis en scène par le directeur du Théâtre de la Ville à Paris, Rhinocéros observe l’étrange et inquiétante transformation des habitants d’un petit bourg de province en pachydermes. Protégés par leur carapace et armés de leur corne, ils détruisent systématiquement tout ce qui ne leur ressemble pas. Seul un marginal alcoolique, Bérenger, fait figure de conscience isolée qui résiste à cette contamination.

Conçue en 1959 par Ionesco, à une époque où les amis de l’auteur cèdent aux sirènes du fascisme dans la Roumanie de Ceausescu, la pièce avait déjà été mise en scène en 2004 par Emmanuel Demarcy-Mota. Avec cette nouvelle production et la même troupe de comédiens, le metteur en scène entend porter un nouveau regard sur ce classique du théâtre de l’absurde et s’offre une tournée qui passera par Moscou et les Etats-Unis.

“Je me suis interessé aux écrits de Ionesco. Il y décrit comment son père et ses amis proches en viennent à épouser petit à petit des thèses fascistes, en toute bonne conscience. L’auteur compare ses proches à des animaux. L’histoire lui donnera raison, certains d’entre eux ont commis par la suite des actes abominables. Je me suis attaché à cette opération de déshumanisation.”

“Kafka chez les Marx Brothers”

De cette dimension tragique jaillit le rire. “Rhinocéros est une grande tragédie humaine avec le rire sarcastique de Ionesco”, poursuit Emmanuel Demarcy-Mota. “Comme Kafka, il explore le caractère le plus terrifiant de l’être mais conserve cette ironie, cet humour noir.” Un comique véhiculé aussi par le langage. Comme lorsque sous l’effet de la contamination idéologique, les êtres humains répètent mécaniquement : “Oh ! un rhinocéros ! un rhinocéros ! un rhinocéros !”

“Ce que révèle la pièce, c’est la désincarnation progressive de la pensée et du langage.” Tout aussi absurde, on retrouvera sur scène des personnages comme le logicien qui abuse d’une logique absolue, à base de syllogismes. Ce qui donne des vérités sans queue ni tête, comme : “Tous les chats sont mortels. Socrate est mortel. Donc Socrate est un chat…”. “On est dans le registre du burlesque, mais un burlesque funèbre. Rhinocéros, c’est Kafka chez les Marx Brothers”, résume le metteur en scène.

Clou du spectacle, la scène de la métamorphose de Jean (Hugues Quester) sous les yeux de Bérenger (Serge Maggiani) est l’une des plus belles et des plus difficiles, d’après le metteur en scène. Pour s’en convaincre, le spectateur bénéficiera de dix représentations. La Californie ouvrira le bal avec une première au Center for the Art of Performance de UCLA de Los Angeles, le vendredi 21 septembre. Une seconde représentation est également prévue le lendemain, samedi 22 septembre, avant de partir pour Berkeley, à San Francisco, où la pièce sera jouée les 27, 28 et 29 septembre au CAL Performances.

Le BAM de New York accueillera à son tour le spectacle les 4, 5 et 6 octobre, à Brooklyn. Enfin, la tournée s’achèvera à Ann Arbor, le temps de trois dernières représentations à l’University Musical Society (UMS) les 11, 12 et 13 octobre.

La pièce est en français, avec des sous-titres en anglais.

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