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La situation intenable d’Eric Woerth

A cinq jours du débat sur la réforme des retraites à l’Assemblée nationale, la situation d’Eric Woerth apparaît de plus en plus délicate, voire intenable, après qu’il a reconnu être intervenu pour l’attribution de la Légion d’honneur au gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt.

Le ministre du Travail avait toujours nié ce geste en faveur de Patrice de Maistre, l’employeur pendant deux ans et demi de sa femme dans la société gérant la fortune de l’héritière de L’Oréal, par ailleurs donatrice de l’UMP. 48 heures après les révélations sur l’existence d’une lettre en ce sens à Nicolas Sarkozy, lui qui s’était d’abord insurgé qu’on puisse douter de sa bonne foi, a donné une autre version jeudi. Preuve pour plusieurs voix à gauche qu’il a “menti”.

Eric Woerth a finalement reconnu avoir rédigé ce courrier en mars 2007, en pleine campagne présidentielle, envoyé, a-t-il dit, “comme un simple député” – à l’époque il était aussi trésorier de l’UMP et de la campagne de Nicolas Sarkozy. “C’est d’une grande banalité tout ça”, a tenté de balayer le ministre, assurant n’avoir jamais nié l’existence de la lettre. Officiellement, la missive et les explications contradictoires d’Eric Woerth n’ont rien changé. Le ministre du Travail a toujours “toute la confiance” du président pour défendre devant les députés la réforme des retraites, a-t-on répété jeudi à l’Elysée.

Mercredi, le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, avait affirmé à la sortie du Conseil des ministres que le soutien du président à son ministre ne faisait “pas l’ombre d’un doute”.Mais en coulisse, le ton est un peu différent. “Ca devient vraiment très compliqué”, lâche un proche du chef de l’Etat. “On ne pourra pas tenir comme ça pendant deux mois encore”, abonde une source gouvernementale.

A en croire certains signes, l’appui présidentiel a déjà perdu un peu de sa vigueur du début de l’été. Ainsi que l’a concédé implicitement Luc Chatel, Nicolas Sarkozy s’est abstenu de soutenir Eric Woerth devant ses camarades du gouvernement mercredi. 
François Fillon a redit jeudi que la réforme serait “conduite par le ministre en charge qui ira la défendre devant le Parlement”, mais sans prononcer le nom du ministre. C’est bien évidemment Eric Woerth, a-t-on précisé dans son entourage et “toute autre interprétation serait pure malveillance”.Mais la participation de M. Fillon jeudi prochain à une émission télévisée consacrée aux retraites a été perçue comme un nouveau camouflet à M. Woerth, déjà considéré comme une des victimes du remaniement annoncé pour novembre.”Il est mort politiquement et ne sera pas reconduit, c’est clair”, parie sans l’ombre d’un doute un cadre de la majorité.Ces derniers jours, le ministre est apparu les traits tirés, physiquement marqué par deux mois de polémique. “Il a une très grande lassitude”, dit un membre de l’UMP.

Peut-il tenir le vif débat qui s’annonce à partir de mardi sur les retraites ? Les députés PS le jugent “totalement disqualifié”. Un avis partagé par le PCF et le NPA, qui réclament de nouveau sa démission, en plus du retrait de la réforme.Côté syndical, pour la première fois, François Chérèque (CFDT) juge dans Les Echos à paraître vendredi qu’il y a “un vrai problème”. “On n’aborde plus du tout le fond du dossier”, dit-il. “Eric Woerth est objectivement plus occupé, et préoccupé, par autre chose que par le sujet qui nous, nous intéresse”, déclare pour sa part Bernard Thibault (CGT) dans le même entretien.
De son côté l’UMP a apporté jeudi soir “tout son soutien à Eric Woerth face à la nouvelle entreprise de déstabilisation à son encontre, menée par l’opposition et les médias”.

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