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La survie à tout prix à Port-au-Prince

Une semaine après le séisme qui a dévasté la capitale haïtienne, la majorité des habitants vit dans la rue ou dans des camps de fortune avec un minimum de nourriture et d’eau.

Fitzner Jacinth n’a pas pu. Quand l’homme, qui venait d’extirper des décombres le cadavre de son frère Selassie, lui a tendu un billet de banque tout froissé, retrouvé dans le porte-monnaie de ce dernier, le Haïtien de 37 ans a demandé qu’on le brûle. L’ouvrier s’est exécuté, mais son geste est symptomatique dans les rues de Port-au-Prince. Une semaine après le tremblement de terre dévastateur, la population de la capitale haïtienne survit comme elle peut et tout dollar haïtien est précieux pour trouver un peu de nourriture ou d’eau.

Ironie de cette tragédie, Fitzner Jacinth s’approvisionne en eau potable lorsqu’il va voir l’un des membres de sa famille, blessé lors du séisme. Le prix de l’eau lyophilisée a plus que doublé, idem pour les oranges et la grande majorité des aliments. Le prix de l’essence s’est envolé, obligeant de nombreux habitants à marcher souvent pendant des kilomètres. Et les masques pour se protéger de l’odeur de mort qui flotte dans de nombreux quartiers, sont quasiment introuvables dans les rues de Port-au-Prince.

L’aide humanitaire peine toujours à arriver jusqu’aux centaines de milliers de sinistrés qui vivent dans les rues de Port-au-Prince et dans des camps de fortune improvisés un peu partout dans la capitale haïtienne. Au fil des jours, la tension monte dans certains quartiers, à commencer par le centre-ville, l’une des zones les plus touchées par le séisme. Chaque jour, des centaines de personnes tentent de pénétrer dans les bâtiments qui se sont effondrés dans l’espoir de récupérer un peu de nourriture ou toutes sortes d’objets qui pourraient se vendre. Des hommes scient des bouts de câble en acier pour les revendre.

Dans le centre-ville, c’est d’ailleurs littéralement la loi du plus fort. Des bandes de jeunes armés de bâtons tentent de s’accaparer tout ce qui a un semblant de valeur. Dimanche, des pillards ont embarqué dans la confusion des caisses avec des cuisses de poulet. Les affrontements avec la police et les réglements de compte se multiplient. Les cadavres de Mateis et Antonio, deux hommes décrits comme des pillards par les habitants du quartier, ont été déposés dans une benne à ordure. Ronald Zarnor, un jeune homme rencontré à proximité affirme que la police serait responsable de leur mort. Une affirmation impossible à vérifier, mais des affrontements ont éclaté dimanche entre des pillards et des policiers, faisant au moins un mort. À un autre coin de rue, un homme a été abattu. Il a les pieds et poings liés, signature de l’un des gangs du quartier. « C’était un pillard », raconte Émile Vennou, un jeune chauffeur. « Et il s’est fait attraper. »

Pour Émile Vennou, la survie passe par l’aéroport de Port-au-Prince où des centaines de jeunes comme lui attendent devant l’entrée un hypothétique emploi. Des centaines de milliers de personnes sont d’ailleurs réduites à attendre et à souffrir en silence. Nicole Guillaume a le corps marqué par les briques qui sont tombées sur elle lors du tremblement de terre. Cette femme qui a également un gros pansement à l’œil droit, a perdu deux de ses sept enfants dans la tragédie. Elle vit dans un camp de déplacés avec ses enfants et 8 autres familles sous un entrelacs de bâches. Et pendant qu’elle garde les plus jeunes, une de ses amies est allée chercher de l’eau et un peu de nourriture.

Système D et solidarité sont clefs à Port-au-Prince. Dans un autre petit camp improvisé, Imene Jean, fringante dame de 79 ans, cuisine pour tous les résidents pendant que d’autres tentent d’aller gagner un peu d’argent et de trouver des provisions. À l’heure actuelle, l’ONU distribue de la nourriture à 40 000 personnes, mais espère accélérer la cadence dans les deux prochaines semaines pour pouvoir toucher un million de personnes.

En attendant, les habitants de Port-au-Prince doivent savoir encaisser et souffrir en silence comme Kettlene Francius, une jeune femme de 24 ans, qui a été bloquée dans la position assise pendant 4 jours après avoir été ensevelie sous les décombres et sauvée par son frère. Allongée sur une couchette rudimentaire dans un orphelinat transformé provisoirement en dispensaire, elle assure néanmoins nen souriant que “ça va aller”.

Et i y a la foi dans laquelle de nombreux habitants de Port-au-Prince puisent également leur courage. A la vue du cadavre de son frère en état de décomposition déjà avancé, Fitzner Jacinth a joint les mains . “Je suis chrétien et je lis beaucoup la Bible”, glisse-t-il . “Toute chose a une fin. Dieu est en moi et m’aide à être très fort quand je vois ça”.

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