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La tension monte au Sénat sur le projet de loi sur La Poste

La tension est montée d’un cran mercredi au Sénat sur le projet de loi réformant le statut de La Poste entre une gauche qui mène une opposition sans répit au texte et le gouvernement et sa majorité qui l’accusent de faire de l’obstruction.

La majorité sénatoriale a rejeté par 183 voix contre 153, une “motion référendaire” défendue par l’opposition et visant à soumettre aux Français la réforme de La Poste.

Le débat sur cette motion a été particulièrement vif. La droite a accusé la gauche de courir après l’extrême gauche, tandis que l’opposition reprochait au gouvernement de ne pas vouloir entendre les Français.

“Un facteur à vélo ira toujours plus vite qu’un PS en panne”, a lancé le ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, faisant allusion au leader trotskiste Olivier Besancenot (NPA), postier à Neuilly-sur-Seine.

Cette motion est “un outil de plus pour pourrir le débat parlementaire”, s’est-il exclamé.

“Est-ce que la droite n’est pas dépassée par la droite, est-ce que le gouvernement n’est pas dépassé par des sénateurs qui disent que la loi sur la taxe professionnelle ne va pas”, a rétorqué Didier Guillaume (PS).

Le président du groupe UMP, Gérard Longuet, a également sorti la grosse artillerie. “Ce que je vous propose, c’est de libérer la gauche responsable de la surenchère trotskiste de SUD et d’une extrême gauche parfaitement irresponsable”, a-t-il dit, appelant à rejeter la motion référendaire.

“J’avais perdu de vue Monsieur Longuet, j’en était resté à ses excès d’il y a quelques années, il n’a pas changé, chassez le naturel, il revient au galop”, a ironisé Jean-Jacques Mirassou (PS). David Assouline (PS) a lui blâmé une droite qui ne “cesse de vouloir draguer l’extrême droite”.

“Nos concitoyens ne comprendraient pas qu’ils puissent être exclus d’un processus de décision qui concerne aussi intrinsèquement leur vie quotidienne et leur avenir”, a plaidé le chef de file des sénateurs PS, Jean-Pierre Bel.

La gauche a engagé une véritable guérilla parlementaire contre le projet de loi. Mardi en fin d’après-midi les sénateurs entamaient seulement l’examen du premier article et une cinquantaine d’amendements avaient été examinés sur plus de 630 déposés.

Très mobilisée la gauche s’est retrouvée le plus souvent majoritaire dans l’hémicycle forçant sur chaque amendement la majorité à recourir au “vote à scrutin public”. Cette procédure permet au président de chaque groupe de voter pour les absents et retarde d’autant les débats.

“Vous faites de l’obstruction”, a fustigé M. Estrosi. “Au lieu de nous donner des leçons de trotskysme, (le président de l’UMP) devrait s’assurer que les membres de l’UMP sont présents dans l’hémicycle”, s’est exclamé Nicole Borvo Cohen-Seat, présidente du groupe communiste et du parti de gauche (CRC-SPG).

“Ici, nous avons considéré que le droit d’amendement était imprescriptible”, a déclaré M. Bel. “Nous ne sommes pas là pour faire de l’obstruction mais pour débattre, laissez nous débattre de La Poste”, a-t-il lancé.

“La droite est minoritaire, elle va tenter d’utiliser des moyens de procédures comme le vote bloqué pour en finir avec ce débat”, avertissait-il dans les couloirs du Sénat.

Le texte transforme La Poste en société anonyme à capitaux publics dès début 2010. Pour le gouvernement, il s’agit “d’adapter” La Poste à l’ouverture à la concurrence. Pour les syndicats et la gauche, c’est la porte ouverte à une future privatisation.

 

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