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Lads et Jockeys, vis ma vie d’apprenti

Dans Lads et Jockeys, projeté au Cinéma Village de New York à partir du 2 décembre, Benjamin Marquet filme le combat quotidien de trois jeunes apprentis pour réaliser leur rêve : devenir jockey. Un éclairage inédit sur les coulisses du métier, entre violence du milieu et dépassement de soi.

Loin des grosses machine hollywoodiennes exhortant la majesté du cheval et la noblesse fictionnelle de leurs cavaliers (L’Etalon Noir, Secrétariat ou Cheval de Guerre), le documentaire Lads et Jockeys nous plonge, pieds dans la boue et mains dans le fumier, dans la trivialité du quotidien des apprentis jockeys. Seuls les galops à l’entrainement et la course finale assurent le spectacle. Mais le propos n’est pas là.

Lads et Jockeys n’est pas un film sur le monde des courses ou les chevaux, mais sur trois enfants qui ont décidé d’intégrer un milieu extrêmement difficile, physiquement et moralement. C’est un choix qui requiert de devenir adulte avant l’heure”, explique Benjamin Marquet, le réalisateur.

En bon anthropologue, Benjamin Marquet a appliqué la méthode de “l’observation participante”, introduite par Bronislaw Malinowski et décrite par Alain Touraine comme “la compréhension de l’autre dans le partage d’une condition commune”. Une méthode de reportage qui fustige le commentaire ou la musique off, et qui préconise l’immersion totale dans le milieu observé, selon la technique chère au célèbre documentariste américain Frédéric Wiseman, le maître du genre. Le réalisateur a donc planté, une année entière, sa caméra dans un centre de formation, “Le Moulin à Vent”, situé en région parisienne.

“Le milieu du cheval est très fermé. C’est quasi-militaire. Il faut impérativement savoir se faire tout petit, accepter son ignorance et faire preuve d’intérêt pour être respecté. J’ai donc décidé de devenir apprenti moi aussi. Tous les jours, je me levais à 4h du matin, je balayais les allées. J’ai aussi appris à monter à cheval. Cette méthode d’immersion m’a permis de me faire accepter et de faire oublier la caméra.”

Le monde des courses désacralisé

Un an et deux cent vingt heures de rushes plus tard, Lads et Jockeys prend forme. On y découvre les rêves, les doutes et les peurs de Steve, un rouquin angoissé à cheval, Florian, un jeune coq bourré d’ambition et Flavien, un amoureux des chevaux qui ne cesse de remettre ses capacités en question. En suivant ces garçons dans leurs rituels, à l’entrainement, mais aussi dans leurs chambres, en cours ou en s’immiscant dans leur relations avec les filles, Benjamin Marquet exprime aussi le passage de l’enfance à l’âge adulte. Il filme des corps au travail, parfois malingres ou déjà musclés.

Entre réflexions infantiles et virilité nécessaire, ces corps franchissent l’étape cruciale de l’adolescence. Avec pour seule ligne d’horizon, les images des poteaux d’arrivée de la course. “Les élèves de cette école sont issus de milieux modestes : paysans, ouvriers ou agricoles. La plupart sont en échec scolaire. Alors leurs parents les encouragent à devenir jockey, ils rêvent de gloire. En réalité, c’est un métier dangereux qui rapporte très rarement. La plupart des enfants ne deviendront jamais jockeys mais, dans la majorité des cas, garçons d’écurie.”

On l’aura compris, Le Moulin à Vent n’est pas une pépinière de futurs champions. C’est davantage une serre où les futures lads cultivent leur rêve et leur passion du cheval. Ancré dans le réel, Lads et Jockeys ne s’arrête pas que sur les facettes sombres du métier pour autant. La caméra surprend parfois, dans l’intimité du box, les méditations sentimentales de l’apprenti à son cheval. Rires, caresses, mots doux murmurés à l’oreille des chevaux. Les montures ne représentent pas seulement le moyen d’accéder à leur rêve. Elle sont aussi les récipiendiaires des espoirs déchus, des joies ou des peines de cœur de leurs petits cavaliers.

Ce qu’exalte avant tout Benjamin Marquet, dans son documentaire, c’est le sérieux, le courage et la détermination dont font preuve ces graines de sportifs. Des enfants mis au service du cheval et qui ne connaîtront probablement jamais le haut niveau, ni les sunlights de la compétition. Mais des jeunes qui témoignent aussi d’un véritable engagement de soi et d’une passion à tout crin, jamais démentie, pour les chevaux.

Bande-annonce

 

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