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Lambert Wilson, la maturité élective

À 53 ans, Lambert Wilson est l’un des acteurs les plus injustement méconnu de sa génération. S’il manque encore cette année le César du meilleur acteur, son rôle de prêtre érudit dans Des Hommes et des Dieux lui apporte une consécration tardive bien méritée.

Il suffit parfois d’un film pour donner une nouvelle dimension à sa carrière. Après 30 ans de cinéma, l’acteur Lambert Wilson accède enfin à la notoriété internationale grâce au film phénomène de l’année 2010 en France, Des Hommes et des Dieux. Il y campe le personnage de Christian de Chergé, un moine trappiste assassiné en Algérie en 1996. S’il a raté, à 52 ans et pour la 7ème fois, le César du meilleur acteur, décerné à Eric Esmonino pour “Gainsbourg, Vie héroïque” de Joann Sfar, Lambert Wilson est troublant de conviction dans le film.

Sur son visage marqué se lit l’expérience accumulée durant toutes ces années de théâtre et de cinéma. Fils du directeur du théâtre national populaire Georges Wilson, l’acteur troque ses habits d’acteur pour ceux de comédien ou de metteur en scène. « Ce sont les différentes casquettes d’un même métier pour moi. La cathédrale serait le théâtre et le cinéma le pavillon. »

À l’aise dans les habits d’ecclésiastiques, Lambert Wilson incarne en 1989 la figure populaire de l’Abbé Pierre aux côtés de Claudia Cardinale, dans le film de Denis Amar: L’Abbé Pierre, Hiver 54. Un film mémorable dans lequel il fait revivre avec justesse le combat du fondateur d’Emmaüs en faveur des sans-logis. Ce rôle annonce, avec vingt ans d’avance, sa fascination pour les hommes de foi. L’acteur interprétera trois fois par la suite des destins d’hommes pieux.

«J’ai eu peur de me répéter, mais ces rôles sont très différents. L’Abbé Pierre était un prêtre ouvrier, engagé dans la vie active comme député, alors que Christian de Chergé, que j’interprète dans Des Hommes et des Dieux, était un homme de prière. Quant au Comte François de Chabannes, dans La Princesse de Montpensier, ce n’est pas vraiment un homme d’église mais plutôt un mercenaire à la Montaigne, un homme d’armes et homme de lettres ».

Lambert Wilson n’aime pas les étiquettes. Pourtant, au tournant des années 90, le danger de le guette. Son charme britannique et ses faux-airs d’intello le cantonnent à l’époque aux rôles de « belle-gueule ». Dans le cœur de nombreuses mères, l’acteur devient l’image du gendre idéal. «Je ne suis pas un intellectuel, ni un enfant de chœur», se défend l’acteur. « J’ai peut-être un petit côté curé. Si on me demandait de me déshabiller, je ne le ferais pas. Je suis extrêmement pudique », poursuit-il.

Certains cinéastes n’hésitent heureusement pas à l’employer à contre emploi. Dans On connait la chanson d’Alain Resnais (1997), Lambert Wilson campe ainsi un agent immobilier séducteur et malhonnête qui tente de rouler l’actrice Agnès Jaoui. L’acteur y révèle au passage ses talents de chanteur professionnel. Il retrouvera Alain Resnais dans Pas sur la bouche (2003) et Cœurs (2006). Mais la consécration tarde…

Suivant sa logique d’acteur caméléon, Lambert Wilson enchaine les rôles les plus variés. Comédies, films en costumes. Il s’essaye même à la science-fiction avec Matrix Reloaded (2003), un blockbuster américain dans lequel il interprète un dangereux trafiquant d’informations marié à Monica Bellucci. Pour ce rôle, l’acteur s’auto-caricature en forçant volontairement son accent français. Il conserve de cette expérience un souvenir amer d’Hollywood et un rejet « de la violence gratuite ». Fan de l’acteur Dirk Bogarde, il retient que « la chose la plus importante au cinéma est la pensée » et se concentre sur son jeu intérieur.

Comédien épanoui

L’allure posée, le regard fragile, Lambert Wilson revient sur le devant de la scène en 2009 dans le rôle de frère de Christian de Chergé pour Des Hommes et des Dieux de Xavier Beauvois, auréolé du Grand Prix au Festival de Cannes 2010. Doux, ferme, dépouillé. L’acteur compose un jeu tout en force, et tout en finesse. Lumineux et réaliste, parlant peu mais avec zèle, il tient le film sur ses épaules comme dans un face à face intense entre la Terre et le Ciel. Son interprétation va confondre ceux qui le condamnaient, sans autre espoir, à jouer toute sa vie les beaux-gosses érudits. C’est la sortie du purgatoire médiatique.

Avec son rôle dans le film de capes et d’épée de Bertrand Tavernier, La Princesse de Montpensier, également en compétition à Cannes l’an dernier et le rôle d’Orphée à venir dans le prochain film d’Alain Resnais, «une version mystérieuse et kaléidoscopique de l’Eurydice d’Anouilh», l’artiste devrait prochainement faire parler de lui. Autour de son personnage gravitera une clique incroyable d’acteurs parmi lesquels Sabine Azéma, Pierre Arditi,  Michel Piccoli, Mathieu Amalric, Denis Podalydès et Anny Duperey. « Je suis heureux d’avoir atteint cette maturité. On me propose des rôles vraiment intéressants ». Boudé pendant des années par la critique, le comédien prouve aujourd’hui qu’il a su attendre sa chance. Lambert Wilson, en comédien épanoui, tient à 53 ans l’un des rôles les plus beaux de sa carrière.

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