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L’Amérique fantasmée d’Antonia Kerr

Antonia Kerr écrit avec l’audace de ses 21 ans et le fruit de ses lectures, de Jack Kerouac à Jim Harrison. Des fleurs pour Zoë (Gallimard) nous entraîne dans la traversée burlesque et érotique des Etats-Unis de Richard, retraité dépressif blanc de 60 ans, et Zoë, sublime femme noire déjantée de 22 ans.

 

Vos personnages, Zoë et Richard, traversent les Etats-Unis. Etes-vous inspirée par ce pays ?

Je viens tous les ans, j’ai une passion pour New York ! Je ne connais que Chicago et New York. J’aime beaucoup l’énergie de ces villes. J’y ai écrit des parties de Des fleurs pour Zoë. Et je compte écrire mon second roman aux Etats-Unis. Ca sera plus réaliste puisque ça parlera de lieux que j’ai vus. Contrairement à mon premier roman dans lequel j’évoque  la Floride et d’autres Etats où je ne suis jamais allée. Je pense venir m’installer prochainement à New York.

Comment avez-vous réussi à évoquer des lieux où vous n’êtes jamais allée ?

Je suis portée par la littérature américaine, c’était donc une évidence que mes personnages évolueraient aux Etats-Unis. J’ai beaucoup lu Jack Kerouac et Philip Roth. Je voulais savoir si ça serait crédible, voir ce que ça allait donner. Je me suis beaucoup documentée grâce aux livres, aux films et aux documentaires. Je me suis également basée sur les récits de gens que je connais. Hemingway m’a inspiré pour la Floride. Et le reste, c’est beaucoup d’imagination. J’ai parlé d’Etats où je ne suis jamais allée car j’aimais bien l’idée d’en avoir marre de New York. Ca donne un prétexte à l’évasion. Mais j’ai prévu de faire le même itinéraire que mes personnages.

Qu’est ce qui vous attire dans les Etats-Unis ?

La culture m’interpelle, tout le monde fait ce qui lui plaît! J’ai l’impression qu’on y a plus de liberté. Celle d’être original notamment. Ce qui me plaît c’est le mélange des gens, la cohabitation. Le sens de la communauté est quelque chose qui me marque. Ils sont New Yorkais avant d’être Américains. Mais au delà de ça il y a un sens du patriotisme. J’essaye de gommer mon accent français pour m’intégrer aux Etats-Unis, mais tout le monde me dit que ça fait partie de mon identité (rires). Cette sensation de grandeur et d’espace m’impressionne beaucoup également. Je me représente les Etats-Unis par une grande route droite, dans un désert et une montagne dans le fond. Pour moi c’est assez peu éloigné de l’image de New York. Ca a le même sens d’espace et de grandeur, mais avec un paysage urbain et un paysage rural.

Qu’est ce qui vous plaît dans la littérature américaine ?

J’adore le dynamisme de la littérature américaine. C’est très complet, on y trouve beaucoup de thèmes. Un vrai concentré de vie ! Les auteurs dont je m’inspire sont Jay McInerney, Richard Ford, William Faulkner, Jim Harrison et l’Irlandais Joseph O’Neill. Ce dernier décrit extrêmement bien des choses que l’on ressent inconsciemment.

Quelle différence trouvez-vous entre la littérature américaine et française ?

Lorsque je lis un livre français c’est pour l’écriture, le langage. Le français permet de  jouer avec les mots. Mais comme j’aime bien les histoires, je suis plus portée sur la littérature américaine. Le premier livre français qui m’a marqué est Au delà de cette limite votre ticket n’est plus valable de Romain Gary. Une fois que je l’ai terminé, il était évident que je voulais écrire et en faire mon métier.

Quatre ans ont été nécessaires à l’écriture de Des fleurs pour Zoë. Pourquoi tant de temps ?

J’avais 17 ans quand j’ai commencé à l’écrire. Il m’est arrivé d’avoir des moments de découragement. Parfois je n’arrivais pas à raconter ce que je voulais, comme je le voulais. Quand ça fait un an ou deux qu’on est sur l’écriture, et qu’il y a des creux, on se dit, bon je laisse tomber et je démarre une autre histoire. Mais j’avais tellement cette idée de Zoë en tête que j’y revenais toujours. J’écrivais mon livre pour moi car je ne pensais pas qu’il serait publié. Je l’ai envoyé aux maisons d’édition un peu comme on jouerait au loto. Et ça a marché. J’ai toujours voulu être écrivain mais je n’y croyais pas. C’est pour cette raison que l’écriture est assez désinvolte. Aujourd’hui je vois mon roman avec ses défauts. Par exemple, il est trop rapide, je passe trop d’un sujet à l’autre. Je n’arrive pas à lire une ligne de ce que j’ai écrit, je trouve ça très mauvais ! Les passages érotiques me mettent très mal à l’aise. Je n’assume pas du tout (rires).

Vous savoir lue va t-il changer votre écriture ?

Elle a déjà changée, je le vois. J’essaye de gommer l’idée d’être lue. Je regrette simplement la liberté que l’on a quand on écrit pour soi. J’ai plus de pression. Mais maintenant ça me pousse à être plus ambitieuse, à faire un travail minutieux.

Avez-vous été soutenue par votre entourage ?

Pas vraiment (Rires) ! Personne n’était au courant, je faisais semblant de continuer mes études de communication. Mais en mars dernier, j’ai envoyé le manuscrit aux 9 maisons d’édition les plus connues. Une semaine plus tard j’ai reçu une réponse de Gallimard et tout s’est enchaîné. La parution du livre s’est très bien déroulée, il est déjà en réimpression alors qu’il n’est sorti qu’en août. Je vais essayer de faire en sorte que ça continue, je n’envisage pas mon avenir autrement que dans l’écriture.

 

Infos pratiques :

Des fleurs pour Zoë (2010), Gallimard.

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