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L’Amérique rend hommage à son dernier combattant de 14-18

L’Amérique a rendu hommage mardi au dernier de ses anciens combattants de la Première Guerre mondiale, Franck Buckles: l’ancien ambulancier en France, qui avait menti sur son âge pour s’enrôler en 1917, a été inhumé avec les honneurs militaires au cimetière national d’Arlington.

Franck Buckles, né dans le Missouri en 1901, s’est éteint de mort naturelle chez lui en Virginie Occidentale le 27 février à l’âge de 110 ans. Il était le dernier Américain à avoir servi en Europe pendant la Grande Guerre. Il sera enterré non loin du général John Pershing qu’il admirait.

“C’est la fin d’une époque. Mon grand-père a servi en France, il a été gazé et en a souffert toute sa vie. Comme lui, M. Buckles représente une génération de grands patriotes”, a affirmé Peter Tracy, 50 ans, venu, parmi une longue file de touristes, se recueillir devant la dépouille de l’ancien soldat. Survivent à Franck Buckles, âgés aussi de 110 ans, deux Britanniques, un homme qui vit en Australie et une femme, qui avait été serveuse dans la Royal Air Force à 17 ans en 1917.

A 16 ans, pour rejoindre l’armée, Franck Buckles avait menti sur son âge à un recruteur militaire lors d’une fête foraine. En décembre 1917, il quitte les Etats-Unis pour l’Europe à bord du Carpathia, un navire qui, quelques années plus tôt, avait sauvé des rescapés du Titanic. Ambulancier en Angleterre puis en France, le caporal s’approchera du front “à environ 50 ou 60 km”, a-t-il raconté ces dernieres années, alors qu’il se prêtait volontiers aux cérémonies d’hommage aux anciens combattants.

Franck Buckles avait gardé un souvenir aigu des soldats français pleins d’entrain à l’idée de retourner au front. “Ils avaient très très peu d’argent. Mais ils buvaient du vin en chantant “la Marseillaise” avec enthousiasme. Je leur ai demandé : en quel honneur ? Ils m’ont dit qu’ils retournaient au front. Vous vous rendez compte !”, avait-il raconté en 2001.

Son inhumation au cimetière des héros situé aux portes de Washington intervient deux semaines après son décès, après une courte polémique où sa fille unique avait demandé à ce qu’il soit enterré au Capitole, ce qui n’a pas eu l’aval de tous les élus. Décoré de l’ordre de Chevalier de la Légion d’honneur en 1999 par le président Jacques Chirac puis élevé à l’ordre d’Officier en 2008, il avait déclaré à l’époque à l’ambassade de France: “je représente juste les anciens combattants de la première guerre mondiale. Je suis surpris d’être le dernier. Les vrais héros sont tous partis”.

Interrogé sur le secret de sa longévité, l’ancien soldat, qui se déplaçait en fauteuil roulant, avait répondu avec énergie: “garder le désir de survivre et être actif toute sa vie”, avait-il lancé tout en apposant son autographe sur des casques de la Grande Guerre que lui tendaient des militaires admirateurs. Ayant intégré la marine marchande après la guerre, Franck Buckles est à Manille lorsque les Japonais envahissent les Philippines en 1941. Il est fait prisonnier pendant trois ans dans un camp où une fois par jour “il mange tous ses repas dans la même timbale”, avait relevé le secrétaire américain à la défense Robert Gates. “Et il a toujours cette timbale ! C’est un homme modeste”, avait ajouté le ministre.

A 108 ans, l’unique survivant américain de 14-18 était venu au Congrès à Washington pour plaider pour la création d’un monument national de la Première guerre mondiale dans la capitale fédérale. Interrogé en 2007 par le Washington Post sur la guerre en Irak et en Afghanistan, l’ancien ambulancier avait déclaré: “je ne suis pas un expert mais je ne suis pas en faveur de la guerre, si ce n’est en cas d’urgence”.

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