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L’Amérique se met en selle

De plus en plus de villes des États-Unis mettent en place des systèmes de vélo-partage sur le modèle du Velib’ à Paris. Boston, San Francisco et New York seront les prochaines en date. Pour des raisons écologiques d’abord, mais aussi dans l’espoir de réduire la circulation en centre-ville.

Les États-Unis, pays où l’automobile est reine, pourrait assister à un changement radical des mentalités avec l’avènement du vélo-partage. New York, ville des taxis jaunes, pourrait-elle bientôt devenir celle des bicyclettes ? Courant 2012, un système de vélos en libre-service basé sur le fonctionnement du Vélib’ à Paris verra le jour à New York. La mairie se veut confiante sur la réussite du projet, et compte apprendre des trois dispositifs similaires existant déjà aux États-Unis. En effet, depuis 2008, Washington, Denver, Minneapolis ont déjà adopté ce service aux États-Unis.

Pourtant, à y regarder de plus près, le succès est loin d’être évident. Notamment à Washington DC, première métropole américaine à avoir adopter un programme de vélo-partage, en août 2008. Nommé SmartBike DC, il permet aux habitants du District de Columbia de se balader sur un des 120 vélos mis à disposition par la ville pour 40 dollars par an. Avec si peu de vélos et seulement dix stations, (Paris en compte 1500), le système n’a pas décollé. Selon un rapport daté du 2 juillet 2010 de Clear Channel Outdoor, la société en charge du projet, 1700 personnes ont souscrit au programme, avec seulement 1250 de ces abonnés qui ont utilisé un vélo au moins une fois. Outre le faible nombre de bicyclettes mises en circulation, l’obligation de prendre un abonnement à l’année a empêché les utilisateurs occasionnels et les touristes de s’en servir.

Mais pour Chris Holden, spécialiste des questions de vélos au District Department of Transportation (DDOT) de Washington, SmartBike n’a pas été un échec au sens où il ne s’agissait que d’un programme pilote. « Ça a bien marché puisque la ville voisine Arlington a voulu se joindre à nous dans le projet. Si les SmartBike étaient peu utilisés, c’est aussi dû au peu de promotion qu’avait fait Clear Channel Outdoor. Mais les retours des utilisateurs ont été très bons ». Le concept, financé par le géant de la publicité Clear Channel Outdoor et donc sans coût pour la ville a pris fin début janvier.

Séduit, le département des transports de Washington a pris le relais et vient de lancer un nouveau système pour remplacer SmartBike, Capital Bikeshare. Et cette fois, ce sont plus de 1000 vélos qui sont en service. « Nous voulions étendre le programme mais c’était trop compliqué avec Clear Channel. Nous avons donc choisi de créer Capital Bikeshare avec la société Bixi qui s’occupe déjà de Montréal », explique Chris Holden.

Minneapolis et Denver dans la roue

À Minneapolis, le vélo-partage baptisé NiceRide s’en tire assez bien avec plus de 85 000 trajets enregistrés depuis le lancement en juin dernier. Contrairement à Washington avec SmartBike, les fonds pour NiceRide sont à la fois publics et privés. C’est à l’initiative du maire de Minneapolis, R.T. Rybak, que le programme a été créé. Mais NiceRide est pour l’instant déficitaire à cause d’un nombre d’abonnés à l’année moins élevé que prévu. La ville de Denver est sans doute celle qui a connu le plus grand succès avec son service municipal B-cycle, lancé au printemps 2010. Plus de 100 000 trajets ont été enregistré en moins d’un an. C’est dans une optique environnementale que la ville ensoleillée du Colorado a proposé à ses habitants de pédaler sur un des 450 vélos proposés. Un an après sa création, la ville de Denver annonce avoir diminué de 145 658 kilos les émissions de CO2 dû à un usage réduit de la voiture. Et comme à Washington, toutes les stations sont alimentées en énergie solaire.

Un modèle qui séduit

Trois nouvelles villes devraient d’ici peu inaugurer leur dispositif. Avec 5 000 vélos, localisés notamment dans les quartiers universitaires, Boston devrait être la ville la mieux équipée aux États-Unis, en attendant New York. Prévu d’abord en 2010, le lancement devrait avoir lieu au printemps 2011 et sera en partie financé par le département des transports de l’État du Massachusetts. Autre ville à tenter l’aventure deux roues, San Francisco, avec un projet très ambitieux qui s’étendrait jusqu’à la ville de San Jose, situé à 80 kilomètres au sud.

Enfin, New York a annoncé que le printemps 2012 verrait fleurir des vélos. Voilà déjà trois ans et demi que Michael Bloomberg avait émis l’idée d’un « vélib’ à la new-yorkaise » après une rencontre à Paris avec Bertrand Delanoë. À l’époque, le maire de la ville de New York n’avait pas étudié la question, évoquant le peu de pistes cyclables rendant la circulation en deux roues trop dangereuses. Depuis, les zones réservées aux cyclistes se sont multipliées, jusqu’au coeur de Times Square. Selon l’étude réalisée par la ville de New York, entre 3 et 9% des New-Yorkais utiliseraient un des vélos mis en libre service pour se rendre à leur travail. 12% se rendraient déjà à pied ou à bicyclette à leur bureau, un chiffre en constante progression depuis dix ans.

Pour que le système soit une réussite, New York se doit de lancer un service à grande échelle. D’où les nombreuses rencontres avec les représentants du Vélib’ à Paris, ville la plus équipée au monde. Dès 2012, 10 000 vélos seront en circulation, avec la perspective d’en avoir 50 000 à la fin de l’année. « Il n’y a pas de raison que ça ne marche pas à New York » déclare Chris Holden. « Quand je vais à New York en tant que touriste, je serai ravi de pouvoir me déplacer à vélo. Je pense que ce système serait un succès dans toutes les agglomérations américaines avec un centre-ville à forte densité » poursuit-il. À New York, le programme sera justement centré sur les quartiers à moyenne et forte densité, soit plus de 32 000 habitants tous les 2,6 kilomètres. Un abonnement à l’année devrait s’élever à 60$ par an, et pourrait permettre à de nombreux New-Yorkais d’économiser sur les 104 dollars mensuels pour la carte de transports illimités.

 

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