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L’ami américain de François Hollande

EDITO. L’économiste Paul Krugman dans le New York Times, dénonce un “complot contre la France“.

Accablé en France par ses alliés autant que par ses adversaires pour le flou de sa politique économique et une certaine incapacité de décider, Hollande a reçu cette semaine, le soutien enthousiaste de l’économiste américain Paul Krugman. Editorialiste, grand amateur de polémique, Krugman dans le New York Times attaque l’agence de notation Standard and Poor’s qui a osé rétrograder la France : l’agence se basant sur des faits incontestés, sans porter de jugement, observe que le gouvernement français n’ayant, d’aucune manière, réduit les dépenses publiques, la dette nationale ne pourra qu’augmenter. Par conséquent, il deviendra à terme plus difficile pour l’Etat français, de vendre ses bons du Trésor sur le marché mondial, sauf à augmenter les taux d’intérêt – ce qui aggravera la dette. Ceci est de l’économie basique que l’on surnomme aux Etats-Unis “101”, le cours pour débutant. Mais Krugman obtint naguère le Prix Nobel d’économie ce qui confère une certaine légitimité à ses propos. A une nuance près et importante : le Prix Nobel recompensa ses travaux sur un tout autre sujet, les échanges économiques internationaux, auxquels Krugman est très favorable.

L’attaque contre Standard and Poor’s et le soutien au gouvernement francais, précisément parce qu’il reste dépensier, s’inscrit en fait dans une longue campagne de Krugman contre les politiques dites d’austérité et pour les politiques dites de relance. A le suivre, depuis 2008, il va répétant – dans le désert- que beaucoup plus de dépenses publiques et encore plus de déficit conduiraient à la véritable sortie de crise, avec croissance forte et plein emploi. Aucun gouvernement ne suit Krugman, sauf en France, mais c’est dans le cas francais par inadvertance plus que par volonté et sans résultat probant.

On donnera tout de même raison à Krugman sur quelques arguments : les agences de notation telles que Standard and Poor’s n’ont pas fait preuve de grande clairvoyance ces années récentes. Elles n’ont pas vu venir la crise de 2008 et dégrader la dette d’un pays ne sert qu’à faire croître ses taux d’intérêt, réalisant ainsi la prophétie annoncée. Krugman a également raison de rappeler que la relation entre le niveau de la dépense publique, la dette et la croissance n’est pas clairement établie. Mais il confond allégrement la situation des Etats-Unis qui fabriquent sans contrôle de la monnaie de réserve, tandis que l’Europe doit trouver plus difficilement des acheteurs de sa dette : la France ne peut donc pas se permettre les déficits que Krugman encourage. Hollande est le premier à le reconnaître sans en tirer les conséquences.

Plus embarrassant encore pour cette alliance inopinée entre Krugman et Hollande est de laisser croire qu’il existe une causalité simple et directe entre politique budgétaire et croissance. S’il était aussi aisé de créer de la richesse et des emplois en augmentant la dette publique, pourquoi les gouvernements ne le feraient-ils pas ? “Parce qu’ils sont indifférents aux pauvres et aux chômeurs”, écrit souvent Krugman, ce qui est une posture morale grotesque de sa part : lui-même est très fortuné. En réalité, la politique budgétaire et les politiques économiques en général ne constituent qu’un élément, parmi beaucoup d’autres, dans le développement des nations : l’histoire, les traditions, l’esprit d’entreprise, le rôle de l’Etat, l’ouverture des frontières, les migrations, l’éducation, la culture nationale sont au moins aussi décisifs. Et comme le disait souvent Raymond Barre à ses étudiants – dont je fus – une mauvaise politique économique qui dure est supérieure à une bonne politique économique qui ne dure pas, car les entrepreneurs s’inscrivent dans la durée.

La stagnation française tient donc, avant tout, au caractère imprévisible, au fil de l’eau, de la politique de Hollande, quelle qu’elle soit : par conséquent, nul n’investit, ni ne recrute, mais tous attendent. Par ailleurs, la France a perdu sa compétitivité : ce qu’elle produit se trouve ailleurs (sauf le luxe et le tourisme) et en moins cher. Krugman rend un bien mauvais service aux Français en confortant l’immobilisme de Hollande et en laissant croire que le destin de l’économie dépend des gouvernements alors qu’il est, partout, déterminé par les entrepreneurs.

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