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L’animation française fait de la résistance

Loin des sirènes marchandes d’Hollywood, Les Armateurs, une  boîte de production d’animation indépendante, maintient son cap en direction d’un cinéma alternatif, à la ligne éditoriale forte. Adaptée d’un conte celtique, Brendan et le secret de Kells, leur dernière production, était présentée en avant-première au public américain lors du festival international du film pour enfant de New York le week-end dernier.

Commandité par des individus attachés aux valeurs familiales et artistiques, le navire des Armateurs trace son sillage au milieu d’un océan de productions hollywoodiennes aux codes facilement identifiables. « Hollywood, c’est un super-héro, de la 3-D, et une campagne marketing imposante », résume Ivan Rouveure, le directeur administratif et financier de la boîte qui a aussi produit Kirikou et Les Triplettes de Belleville. « Nos films se distinguent par des choix identitaires marqués et un traitement graphique original », assure le directeur adm

inistratif. À l’image de Brendan, une coproduction irlando-franco-belge qui prend pour objet le Livre de Kells, un célèbre manuscrit irlandais réalisé vers 800 et visible à Trinity College, à Dublin.

Un graphisme élaboré

Réalisé par Tomm Moore, l’intrigue est celle d’un petit moine, Brendan, qui affronte les forces du mal pour aider un confrère à achever le livre sacré. La complexité du dessin, la finesse du trait et la palette de couleurs rappelant celle des encres d’époque, font de Brendan une petite perle de l’animation en 2-D. Le film met l’accent sur le folklore et les légendes celtes, loin de l’universalisme d’un Disney ou d’un Dreamworks. « Brendan s’inspire directement des livres monastiques du Moyen Âge, de la calligraphie et des enluminures », explique Ivan Rouveure.

Face aux aléas du calendrier et à la frilosité des investisseurs, Brendan peine cependant à s’imposer sur le marché. « Le film est sorti quasi simultanément avec Volt (ndlr, une production Disney en 3-D mettant en scène un chien superstar d’Hollywood) », explique Ivan Rouveure. Pris dans la tempête financière, les Armateurs maintiennent cependant la tête hors de l’eau et n’hésitent pas à collaborer avec leurs partenaires européens. « Le financement du film repose sur une forme d’équilibre partagé entre la France, l’Irlande et la Belgique. Ainsi, nous sommes tous au même niveau, sans leader économique », justifie le directeur des finances.

Un succès d’estime

Si les critiques de Brendan sont élogieuses, ses recettes commerciales demeurent timides. Une raison imputée au manque de moyens pour promouvoir et distribuer le film, mais qui tient également à la nature de l’entreprise selon Ivan Rouveure. « Il est certain que nos campagnes de communication sont plus modestes que celles de Pixar ou Dreamworks. Mais nous ne chassons pas sur les mêmes terres ». Le seul produit dérivé du film est un livre d’images. « Nous faisons le choix de la richesse artistique », déclare-t-il. Présenté à l’IFC Center dans le cadre du festival international du film pour enfants, Brendan a vaillamment franchi l’Atlantique le week-end dernier. Ce festival est un peu le Cannes du cinéma d’animation et les deux séances proposées ont affiché complet. « Les Américains sont beaucoup plus curieux que ce que l’on veut bien croire », conclut Ivan Rouveure.

New York International Children’s Film Festival : www.gkids.com

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