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L’Arbre, un film pudique sur le travail du deuil

Avec L’Arbre, en salles aux Etats-Unis depuis le 15 juillet, Julie Bertuccelli signe un film poétique sur le deuil, la famille et l’instinct de survie. Charlotte Gainsbourg y excelle en mère désincarnée et la toute jeune Morgana Davies crève l’écran en petite effrontée, désarmée face à la mort.

Avec Depuis qu’Otar est parti, son premier long-métrage, Julie Bertuccelli abordait déjà le thème de la perte d’un être cher. L’Arbre, son second film adapté du roman de l’Australienne Judy Pascoe, montre le deuil de ceux qui restent après la mort soudaine d’un père de famille en Australie. « La mort et l’exil sont deux thèmes très proches. Que l’on quitte un pays ou une personne, on se retrouve toujours face à sa solitude. J’ai trouvé intéressant pour cette raison de faire de la mère une expatriée française, doublement déracinée ».

À la lumière de ce drame, chacun tente à sa manière de combler la fêlure, avec plus ou moins de résultat. Le plus jeune des enfants se mute dans le silence, la mère plonge dans la dépression et la petite Simone, afin de tromper la douleur, s’invente un monde dans lequel son défunt père s’est réincarné dans l’arbre familial. « Le deuil, c’est faire face dans la solitude à sa nouvelle vie tout en gardant des racines et des souvenirs présents. L’arbre est un miroir de l’intimité de chacun. Chacun y voit ce qu’il y veut, interprète ses mouvements, s’y accroche en essayant d’y trouver du sens », explique Julie Bertuccelli. La cinéaste, dont le mari est décédé au cours de la réécriture du scénario, a nourri son film d’une expérience très personnelle.

Une histoire de famille

Les étapes du deuil sont particulièrement bien montrées : Dawn, la mère qui ne peut s’occuper de la vie quotidienne tant elle est repliée sur sa douleur et la fratrie livrée à elle-même et au silence. Puis progressivement, la parole renaît, les rêves se disent, la mère regarde à nouveau ses enfants, elle reforme une cellule soudée qui est essentielle à la survie de chacun. « L’idée quand on est confronté a un drame, c’est de fabriquer quelque chose avec pour aller de l’avant. L’important, c’est de vivre. Ça peut paraître banal comme parole mais c’est tellement vrai. »

Pour « aller de l’avant », Simone développe une formidable « acuité à l’imaginaire » qui l’amène à reconnaître la voix de son père dans le feuillage. De cette manière, sans tomber dans la leçon de psychanalyse, Julie Bertuccelli traduit les états d’âme d’une enfant marquée par la mort qui cherche à compenser l’absence du père. Refuge de l’univers mental de Simone et de sa mère, l’arbre est capté au plus proche.  « C’est le personnage principal ! ». Entre la mort du père au pied du figuier qui ouvre le film et la tempête qui finit par le briser, obligeant la famille à déménager pour commencer une autre vie, l’arbre se transforme en un superbe cénotaphe, à la lisière du fantastique.

La fusion de la mère et de sa fille, l’autre grand thème du film, permet d’échapper au pathos. En jouant sur cet incessant basculement entre le « réel » et l’imaginaire, Julie Bertuccelli parvient à saisir quelque chose de très fort de l’enfance, sans mièvrerie. Elle fait de sa petite Simone une enfant qui choisit de continuer à vivre.  « J’ai choisi d’être heureuse, dit Simone dans le film. Ces mots sont en fait ceux prononcés par ma fille à l’enterrement de son père. J’ai trouvé ça très fort, très beau et incroyablement courageux pour une petite fille de six ans ». Malgré ses débuts mélancoliques, L’Arbre est un film tourné vers l’avenir et l’espoir. Il nous ramène tout droit à l’enfance en nous faisant saisir son élan vital.

Bande-annonce du film

Le livre : L’arbre du père (Our father who art in the tree) de Judie Pascoe, publié en France aux Editions Autrement.

Le film : The Tree (L’Arbre) de Julie Bertucclli, en salles americaines a partir du 15 juillet (New York et Los Angeles, suivi d’une sortie nationale).

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