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L’architecture d’Henri Labrouste au MoMa

Jusqu’au 24 juin, le MoMa dédie une exposition didactique au Français Henri Labrouste, personnage déterminant dans la perception de l’architecture moderne.

Pour la première rétrospective entièrement dédiée à Henri Labrouste (1801-1875) aux Etats-Unis, le Musée d’art moderne de New York (MoMa) présente près de deux cents dessins, accompagnés de maquettes, de photos et de courts films, dont un en 3D. Peut-être ces supports plus ludiques tentent-ils d’égayer un peu les murs austères, couverts de plans élaborés. L’atmosphère est sans aucun doute studieuse dans les trois grandes salles de la galerie dédiée à “Henri Labrouste : Structure brought to light”.

Peu connu du grand public, ce nom est pourtant à l’origine de travaux magistraux, et notamment des salles de lecture monumentales de la Bibliothèque Sainte-Geneviève (BSG) et de la Bibliothèque nationale de France, toutes deux à Paris. Des lieux qui ont modelé l’idée moderne que l’on se fait de la bibliothèque, à la fois espace collectif et site de recueillement individuel, “machine de savoir et lieu de contemplation”, pour les conservateurs. La principale audace dans ces plans : l’exposition des structures métalliques. Le Français met au cœur de son esthétique des voûtes en acier, au sein de murs de pierre, créant une interdépendance et une visibilité inédites.

Découvrir la personnalité d’un monument

Explorant des matériaux et des techniques nouveaux, l’espace et la luminosité, ce phare de la création moderne “redéfinit l’architecture en mêlant art et innovation dans la construction”, selon les organisateurs de l’exposition. Non sans s’appuyer sur la tradition antique. La première section de l’exposition, intitulée “Imagination romantique”, évoque les recherches de ce diplômé des Beaux-Arts à Paris, qui a séjourné cinq ans à l’Académie Française de Rome. Ses dessins du forum, du Colisée ou de Pompéi montrent la spécificité de Labrouste : “Durant des siècles avant lui des architectes du monde entier ont réalisé des croquis des monuments du forum, à Rome”, relève une notice explicative. “Mais les dessins de Labrouste se distinguent en ce qu’ils analysent méticuleusement la structure. (…) Il cherchait à découvrir la personnalité d’un monument – à travers sa composition, ses détails décoratifs, et à travers une analyse minutieuse de la relation entre les matériaux et les détails de la construction.” A tel point que, s’appuyant sur ce qu’il a rassemblé de ses voyages, sur ce qu’il a vu des ruines ou de leurs représentations, il a aussi pensé des cités antiques imaginaires dans ses traits de crayon.

Une influence internationale

Un monde quasi onirique d’autant plus intéressant que les deux autres parties de l’exposition, “Les lieux de savoir” (pour les bibliothèques) et “Prospérité et affinités” (sur son influence) ont une charge concrète qui contrebalance ce romantisme. Celui qui a organisé la célébration nationale autour du rapatriement des restes de Napoléon Ier, de Sainte-Hélène aux Invalides, en 1840, dévoile l’importance qu’a l’architecture dans la culture. Toute pratique sociale nourrit l’architecture et est influencée par elle en même temps selon Labrouste. Il a ainsi pensé des sites tels qu’un hospice pour les malades mentaux, une prison et un camp agricole pour les orphelins (dans les années 1830-40) avec une véritable réflexion sur la vie en groupe et l’aspect social de ces lieux.

Ses travaux puissants, aux détails uniques, ont inspiré ses élèves qui se sont installés à travers la France, mais aussi à l’international, d’Amsterdam à Lima en passant par Istanbul et même New York. Son influence se reflète ainsi dans la Lenox Library à New York et la Boston Public Library, dont la façade est clairement un hommage à la BSG. Plusieurs Américains, comme les renommés Henry Hornbostel – connu aux Etats-Unis pour ses ponts – et Louis Sullivan – qui a inventé le terme de “skyscraper” (gratte-ciel) – revendiquent l’amalgame de leur travail avec celui du Français. Les documents exposés au MoMa montrent qu’ils ont repris son approche de la relation entre ornement et structure. Son influence est toujours visible aujourd’hui de chaque côté de l’Atlantique.

Henri Labrouste : Structure Brought to Light, jusqu’au 24 juin au MoMa de New York; Présenté par le MoMa, la Cité de l’architecture et du patrimoine et la BNF, avec la participation de la Bibliothèque Sainte Geneviève et l’Académie d’architecture.

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