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L’art transcendantal de Jérémy Chabaud

Jérémy Chabaud a passé six mois en résidence artistique dans la forêt de Bethany, dans le Connecticut. Un souffle philosophique se dégage de la trentaine de dessins qu’il présente à New York, du 21 au 28 juin.

On imagine volontiers Jérémy Chabaud avec un livre de Thoreau dans la poche. Comme ce philosophe américain transcendentaliste dont il vient d’achever la lecture, l’artiste-peintre de 38 ans envisage la création artistique en alchimie avec le monde végétal. La comparaison pourrait s’arrêter là. Sa « cabane » n’a d’ailleurs pas grand chose de la baraque rudimentaire de l’écrivain du XIXe siècle parti s’isoler hors du monde sur les bords de l’étang de Walden, dans la forêt du Massachussetts.

Invité par la fondation Josef et Anni Albers à venir exercer son art pendant 2 mois dans leur immense résidence artistique, Jérémy Chabaud s’est lui exilé dans la forêt du Connecticut, à trois quarts d’heure au nord de New Heaven. Séduit par l’univers du Français, l’actuel directeur de la fondation, Nicolas Fox Weber a souhaité prolonger son séjour d’un mois. Puis encore de deux, jusqu’en juillet. « Ça fera six mois de coupure au total, dans un cadre idyllique avec un accès privilégié aux archives de la fondation », se réjouit l’artiste.

Ce retour à la terre, loin du parcours balisé des musées et des galeries, arrivait à un moment propice dans la carrière du Marseillais. « C’était une pause nécessaire et salvatrice », reconnaît-il. Sur ces terres indiennes, autrefois habitées par les Naugatucks de la tribu Paugusset et les Mattabessitts de la tribu Wanguck, Jérémy Chabaud prend le temps d’observer « la nature au sortir de l’hiver », tout en s’employant à ne pas la déranger. Entre deux photographies de fisher cats (martres), de  biches et de tortues, il arpente le lac en kayak et échange avec les occupants des deux autres chalets de la résidence occupés par une photographe et deux peintres.

Le peintre définit un nouveau langage artistique marqué par l’idée du « chemin de vie ». Sève des arbres, tempête de neige, constellations. La nature entre dans ses dessins, les transformant en paysage halluciné où se fond l’individu, isolé dans la contemplation. La puissance des couleurs, le mouvement du trait et les compositions aux formes végétales créent une sensation d’immersion. Vivantes, les oeuvres de Jérémy Chabaud respirent. « Je n’utilise que du papier naturel fabriqué artisanalement et je songe à inclure des matériaux naturels amassés durant mon séjour dans mes œuvres », explique-t-il.

Si le peintre reconnaît la dimension initiatique inhérente à son expérience de retraite, il regarde déjà vers l’avenir. De retour à Paris, Jérémy Chabaud s’attèlera à ses derniers projets : la réalisation d’un livre-disque en collaboration avec l’un des meilleurs jazzmen marseillais contemporains, Raphaël Imbert, qui réunira compositions musicales et peintures autour des textes du psychanalyste et critique de jazz Francis Hofstein. Et la création, pour cet ancien Chef de Service à la Protection Judiciaire de la Jeunesse, d’un centre culturel international à Noisy-le-Grand en partenariat avec Aymeric Ebrard et un groupe d’artistes, afin que « l’art traverse le périphérique ».

Le peintre, sélectionné pour l’exposition internationale d’art contemporain « Jeune Création 2010 », aura en outre le privilège de présenter ses œuvres au 104, à Paris, en novembre prochain. En attendant, ses encres, dessins et pastels sont visibles au 392 Central Park West grâce au soutien de Lise Curry, une mécène américaine qui organise l’exposition et qui a eu un véritable coup de cœur pour le peintre amoureux de la forêt. « Le dessin est un chemin qui peut amener à découvrir sa propre nature en résonnance avec son environnement extérieur », assure Jérémy Chabaud. À voir et à méditer en pleine jungle urbaine.

Informations pratiques :

L’exposition « Drawings », organisée par Lise Curry Fine Art, héberge une trentaine d’œuvres de Jérémy Chabaud du 21 au 28 juin de 14 h à 19 h, au 392 Central Park West #3T.

Site : www.albersfoundation.org

A voir également sur les conseils de Jérémy Chabaud, l’exposition de l’artiste américain Charles Burchfield, – Heat Waves in a Swamp -, du 24 juin au 17 octobre au Whitney Museum, pour la filiation de ses dessins extatiques sur la nature et les arbres avec ceux de l’artiste français.

http://www.whitney.org

 

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