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L’Attentat : de l’effroi à l’amour

Lauréat de trois prix – dont ceux de la critique et du public – au dernier festival ColCoa du film français à Los Angeles, L’Attentat (The Attack) de Ziad Doueiri s’affirme comme la sortie française à ne pas rater en ce mois de juin cinéphile. À la fois thriller et drame psychologique, il retrace l’histoire d’une passion aussi folle que la lutte qui écartèle Israël et les territoires palestiniens.

Amin est chirurgien dans un hôpital renommé de Tel-Aviv. Arabe parfaitement intégré à la vie et société, il se voit remettre un prix récompensant l’excellence de sa carrière pendant laquelle il fait l’apologie de son bien-être en Israël. Des explosions éclatent peu après en plein cœur de la ville. On apprend qu’il s’agit d’une attaque terroriste ; la femme d’Amin, décédée au cours des évènements, est bientôt identifiée comme figure pivot de cet attentat-suicide. S’amorce alors le cheminement d’un homme tiraillé entre ses racines arabes ancrées à Naplouse, émouvante cité palestinienne pétrie de combat et d’espoir, et sa réussite en Israël, parmi ses collègues juifs. Le retour sur les pas de l’aimée, le doute qui s’installe, le souvenir hanté d’un amour passionnel sont vite rejoints par les assauts et soupçons de l’entourage d’Amin quant à son implication dans cet attentat.

Cette coproduction France-Qatar-Belgique-Liban réalisée par le Libanais Ziad Doueiri (remarqué à la Quinzaine des Réalisateurs pour West Beirut en 1998) et adaptée du roman de l’auteur algérien Yasmina Khadra, rappelle l’ampleur des pièces de Wajdi Mouawad dont le terrifiant Incendies approchait déjà les conflits au Moyen-Orient sans en nommer aucun. “Je me suis demandé si je voulais vraiment faire un film sérieux. En effet, ce sont des films difficiles à financer que les gens n’ont pas nécessairement envie de voir. J’ai refusé le projet dans un premier temps mais après avoir lu le roman, dont l’histoire m’a parlé de façon très intime, je me suis lancé. La guerre Liban-Israël a éclaté deux semaines plus tard, en 2006. On voyait la réalité du conflit partout, 24h sur 24, sept jours sur sept. J’ai repris l’écriture plus tard, sans vouloir faire passer un message sur le Moyen-Orient mais bien pour raconter cette histoire que je trouve fantastique”, raconte Ziad Doueiri.

L’adaptation du roman s’est montée sur six ans, vaille que vaille, en se heurtant à la loi libanaise qui interdit à ses citoyens de mettre les pieds en Israël. Aujourd’hui, alors que le film commence à circuler dans les festivals et sera même projeté au Jerusalem Film Festival le 13 juillet prochain, Ziad Doueiri se trouve toujours dans l’incapacité de montrer son film dans son pays d’origine. “Pour le moment, seuls les deux acteurs principaux ont vu le film. Je continue à faire du lobbying auprès du gouvernement libanais mais je ne veux pas m’attirer plus de problèmes que je n’en ai déjà. Cependant, je ne voulais rien censurer. Bien sûr, le film va en énerver certains mais c’est inévitable avec ce type de sujet”.

L’Attentat défie les codes du thriller pour adopter un rythme plus lent. Comme pour mieux faire résonner les cœurs à vif de personnages rattachés à des luttes plus grandes qu’eux puis retranchés en des batailles intérieures. Une implosion identitaire qu’impose sobrement Ziad Doueiri. Son film, étrangement beau malgré son sujet âpre, profite du format scope pour embrasser tout de ses personnages sans pourtant apporter de réponse claire, laissant à l’image et aux rares dialogues le soin d’exploiter une intensité dramatique à propos. “Nous avons essayé de créer un personnage féminin différent de celui que l’on trouve chez Yasmina Khadra. Pour lui, toutes les femmes sont des anges mais je pense qu’elles peuvent être tout aussi manipulatrices que les hommes. Nous avons imaginé plein d’explications à son geste sans jamais en choisir une en particulier”, explique le réalisateur.

Comme chez Wajdi Mouawad, c’est l’intime qui porte les blessures d’un conflit souvent insoluble et distant. Malgré quelques scènes trop explicatives qui auraient gagné à rester dans le silence terreux des actes qu’on ne s’explique pas, L’Attentat a le mérite de ne pas prendre parti. Et au-delà de l’incompréhension du personnage face à des actes qui lui semblent dépasser sa bulle (comme on surnomme souvent Tel-Aviv), se pose la question autrement taboue de la femme terroriste, de son utilisation par les groupes extrémistes comme élément déterminant lors de revendications. L’emphase est brève mais d’autant plus déstabilisante que le film se recentre vite sur une histoire d’amour que la quête de vérité recompose. L’Attentat cherche l’humain, dans son plein désordre, plus que les faits, condamnables aux yeux des uns, justifiables aux yeux des autres. En touchotant, semble-t-il, l’idée que l’amour doit se faire la force fédératrice de toute résolution de conflit.

The Attack, un film de Ziad Doueiri. Avec Ali Suliman, Reymonde Amsellem, Evgenia Dodin. En salles américaines à compter du 21 juin (New York – Angelika Film Center et Beekman Theatre – et Washington D.C., puis Los Angeles le 28 juin). En arabe et hébreu, sous-titré en anglais.

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