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Laurence Anyways, le troisième sexe assumé

Changement de sexe pour Melvil Poupaud. Dans le dernier opus du réalisateur québécois Xavier Dolan, l’acteur interprète un homme qui décide de devenir femme. Une histoire d’amour surprenante qui pose la question du genre. En salles américaines le 28 juin.

Laurence Anyways est un film d’amour complexe. Il y a bien un homme et une femme qui s’aiment. Seulement l’homme, un beau matin, décide de devenir une femme. C’est l’expérience que va vivre Laurence (Melvil Poupaud), professeur de lettres trentenaire qui, le soir de ses 35 ans, annonce à sa compagne Fred (Suzanne Clément), qu’il veut devenir la femme qu’il se sent être au fond de lui-même. Et s’habille en conséquence : tailleur, bijoux et talons hauts.

Ainsi “déguisée” comme le dit sa mère (interpretée par Nathalie Baye), Laurence rayonne. Laurence est belle. Mais Laurence déroute. “Mon personnage se sent mieux en femme, sans pour autant changer sa voix, son comportement ou son attirance sexuelle pour les femmes. C’est un genre de travesti différent de ceux que l’on a l’habitude de croiser au cinéma, dans les films d’Almodovar par exemple. Le parti-pris était de ne pas jouer les drag-queens, ne pas surjouer la femme ni l’homosexuel. Et ne surtout pas faire la folle.”

Un jeu nuancé aidé par la familiarité avec le sujet pour l’acteur. “Je connais bien cette problématique. Ma mère a réalisé un documentaire sur les cross dressers dont j’ai fait le montage. Cinq portraits de mecs qui se travestissent en femmes. Des hétérosexuels qui aiment les femmes et font cela pour être plus proches d’elles. C’était une bonne préparation pour le film.”

La fureur de vivre

Laurence Anyways est aussi un manifeste contre les codes, l’establishment, les conventions… Le changement d’identité sexuelle du personnage principal se transforme en une épopée tortueuse et exaltante. S’ensuit un combat incessant du couple, contre l’homme et la femme, contre eux-mêmes, contre les autres. On se rappellera longtemps de cette réplique annonçant le début de la “nouvelle” Laurence où un collègue lui pose la question “C’est une révolte ?”, à laquelle il répond par un triomphant “Non sire, c’est une Révolution”.

“Laurence, en dépit de l’apparence brutale et incongrue de sa décision de changer de sexe, est le personnage le plus en phase avec lui-même. C’est un choix courageux et difficile. Au fond, il est un peu une super héroïne”, poursuit Melvil Poupaud. “Tout le monde dans le film est très caricatural … des vieilles putes burlesques à la bourgeoisie droitiste. Il n’y a personne dans le film qui est plus en quête de tranquillité et normalité que Laurence, qui veut enseigner, qui veut faire son livre, qui veut vivre sa vie.”

Fresque sentimentale de 2h40, Laurence Anyways fait mieux que confirmer les promesses des Amours imaginaires, le précédent film de Xavier Dolan. L’écriture du cinéaste – son romantisme mâtiné d’humour sarcastique, son lyrisme pop et son esthétique des années 1980 – révèle une ampleur romanesque insoupçonnée. Au fond, la transsexualité n’est ici qu’un prétexte à raconter la marginalité de la passion amoureuse.

 

Infos pratiques :

Laurence Anyways, film franco-canadien de Xavier Dolan, avec Melvil Poupaud, Suzanne Clément, Nathalie Baye. Durée : 2h39.

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