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Laurent Cotta célèbre les 50 ans de la Maison Yves Saint Laurent aux Etats-Unis

A l’occasion des cinquante ans de la Maison Yves Saint Laurent, Laurent Cotta, chargé de la création contemporaine au musée Galliera, le musée de la Mode de Paris, donnera une série de conférence sur le créateur, dans de nombreuses alliances françaises des Etats-Unis, durant tout le mois d’octobre. La première aura lieu à Chicago dimanche.

Parlez-nous des débuts d’Yves Saint Laurent dans le monde de la mode ?

Yves Saint Laurent a ouvert avec Pierre Bergé sa maison de haute-couture en septembre 1961, pour la préparation de son premier defilé en janvier 1962. Ce fut un grand succès, mais pas le premier. En 1957, lorsque YSL reprend la Maison Dior, après la mort de Christian Dior, sa collection “Trapèze” frappe alors tous les journalistes. Il rompt avec le New Look, inventé dix ans auparavant par Dior : le vêtement ne s’appuie plus sur la taille mais sur les épaules. On crie alors au génie, c’est l’occasion de le surnommer “Le Petit Prince de la mode”. Il avait ce côté anti-héros, suffisamment timide pour être médiatique.

Que se passe-t-il lorsqu’il se lance seul dans sa propre maison de couture ?

En 1962, il n’a plus à représenter le passé et l’histoire de la Maison Dior. Tout au long de sa carrière, il développera dans son travail une vraie réflexion sur le vêtement. Vous me direz c’est la logique de la mode. Cependant, il y a des créateurs qui apportent quelque chose de nouveau à chaque saison. Yves Saint Laurent était, lui, intéressé par le vêtement lui-même. Le caban, par exemple, est un vêtement marin qu’il a réussi à adapter à la morphologie féminine. Il y a dans son approche l’idée qu’un vêtement doit être pratique et moderne.

On le présente toujours comme celui qui a révolutionné la garde-robe des femmes…

Il a toujours eu une empathie avec les femmes. Dans les années 1950, de nombreux couturiers produisaient de très belles créations, mais qui étaient terriblement inconfortables. Le principe du New Look était de faire reposer le vêtement sur des corsets, donc sur la taille et les hanches, ce qui pour les tenues de la journée était supportable, mais pour les robes de soirée, cela devenait presque une torture. Yves Saint Laurent a ainsi su faire la synthèse entre Dior et Chanel, qui a adapté le dandisme au vêtement féminin. Quand il crée le smoking pour femme en 1966, il le pense pour être porté à même la peau, avec des doublures intérieures faites de soie. Il y avait chez lui ce rapport sensuel au vêtement, et l’idée qu’un corps élégant ne doit pas être contraint. Il a devancé la libération de la femme, en créant des vêtements qui n’étaient jamais ostentatoires, mais qui devaient se faire oublier au profit de la femme qui les portait.

Quel lien entretenaient les Américaines avec Yves Saint Laurent ?

Les grandes clientes d’YSL étaient aux Etats-Unis. Sa vision de la femme, grande et philiforme, n’était pas très loin de la silhouette américaine. Nam Kempner, femme hautement mondaine et très moderne, avait un faible pour lui. Un jour de 1968, elle était arrivée dans un restaurant très chic de New York avec l’ensemble pantalon signé Yves Saint Laurent. Le maître d’hôtel lui avait alors signifié qu’elle ne pouvait pas rentrer vêtue d’un pantalon. D’un geste audacieux, elle l’avait alors enlevé, en gardant la veste qui lui faisait une sorte de mini-tunique et elle était allée dîner comme cela, accentuant encore cette approche à la fois séductrice et élégante du vêtement que chérissait YSL.

Lors de ces conférences, vous allez aussi parler de sa rivalité avec Karl Lagerfeld …

Ils étaient amis au départ, mais par la suite il y a toujours eu une concurrence entre eux. Amoureuse d’abord, puisqu’ils aimaient le même garçon ( Jacques de Bascher, compagnon de Lagerfeld qui a eu une brève histoire avec Saint Laurent, ndlr) et puis dans le domaine de la mode, puisqu’ils ont tous les deux, entre-autres, remporté le prix du syndicat de la laine. Lagerfeld ne venait pas de la haute-couture, mais du prêt-à-porter. Yves Saint Laurent avait déclaré qu’il était le dernier grand couturier du siècle, puisqu’il avait connu l’âge d’or de la haute-couture et la fin du 20e siècle. Ils ont eu des règlements de compte à travers des petites phrases.

Avez-vous rencontré YSL ?

Jamais. Mais ce que je retiens de lui, c’est ce côté très français. Toute la base de sa garde-robe était faite de classiques, tellement présents dans la mode aujourd’hui qu’on a oublié qu’ils étaient tous venus de lui. Yves Saint Laurent fut vraiment un monument français dans le monde de la mode. J’aime beaucoup la part de classicisme, mêlé à quelque chose de subversif et transgressif qu’il y avait dans son travail. Jeune, il avait l’air d’un enfant de coeur, mais il avait toujours l’oeil qui frisait.

Pour en savoir plus :

YSL, classicisme et transgression, une conférence animée par Laurent Cotta :

Dimanche 9 – 11 octobre : Conférence YSL et Madame Gres à l’Alliance française de Chicago

Mercredi 12 octobre : Conférence YSL à l’Alliance française de Toronto

Jeudi 13-14 octobre : Conférence à l’Alliance française de Washington

Samedi 15 octobre : Conférence à l’Alliance française de Michigan

Dimanche 16-17 octobre : Conférence à l’Alliance française de Vancouver

Mercredi 19 octobre : Conférence à l’Alliance française de Seattle

Jeudi 20 octobre : Conférence à l’Alliance française de Calgary

Vendredi 21 octobre : Conférence à l’Alliance française de Los Angeles

Dimanche 23-24-25 octobre : Conférence à l’Alliance française de Dallas

Mercredi 26-27 octobre : Conférence à l’Alliance française d’Atlanta

Vendredi 28 octobre : Conférence à l’Alliance française de South Florida, Miami

Samedi 29 octobre : Conférence à l’Alliance française de South Florida West Palm Beach

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