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Laurent Fabius face au libéralisme à l’américaine

En marge de l’Assemblée générale des Nations Unies, Laurent Fabius a rencontré ce lundi des entrepreneurs français à New York. Choc des cultures assuré entre des Français convertis au libéralisme économique et le ministre des Affaires étrangères, grand défenseur des 35 heures.

Au moment même où François Hollande faisait ses premiers pas à l’ONU, Laurent Fabius avait décidé de rencontrer des entrepreneurs français qui réussissent à New York. En cette fraîche matinée, le ministre des Affaires étrangères, entouré de l’ambassadeur de France, François Delattre, et du nouveau consul de New York, Bertrand Lortholary, a rendu visite aux trois fondateurs français d’OLX, une entreprise spécialisée dans la petite annonce sur Internet.

Après une brève introduction de son entreprise, Fabrice Grinda a vanté les mérites du modèle entrepreneurial américain, autorisant une grande liberté, égratignant au passage l’administration française. “C’est plus difficile de pénétrer un marché en France que ça ne devrait l’être”, a-t-il affirmé. Visiblement gêné par le libéralisme économique prôné par le Français, Laurent Fabius a tenu à rappeler que les aides aux PME sont de plus en plus fortes en France.

La discussion s’est ensuite engagée sur le manque de flexibilité du travail dans l’Hexagone. “Ici, si on a besoin de quelqu’un, on l’engage, et on s’en sépare quand il n’est plus utile”, a affirmé sans équivoque Fabrice Grinda. “La France aurait besoin de ça. A court terme, il y aurait une augmentation du chômage, mais à long terme les résultats pour l’emploi seraient très bons.” Sans donner son avis sur la question, Laurent Fabius, circonspect, s’est contenté de répondre que, politiquement, ces mesures de flexibilité du travail seraient difficilement acceptables en France.

Le manque de flexibilité du travail n’incite pas le fondateur d’OLX, à New York depuis onze ans, à revenir en France. “Pour les vacances c’est très bien, mais moins pour travailler. C’est surtout une question d’ambition. Le marché en France est très petit, je ne peux pas y créer une boîte qui vaudra des milliards et qui changera les choses”. Selon Fabrice Grinda, les aides de l’Etat, trop limitées aux PME, ont un effet parfois négatif sur le développement de l’entreprise. “Il est beaucoup plus facile aujourd’hui d’être une PME qu’une grosse boîte en France. Du coup, faire la transition de l’un à l’autre est très difficile”. Laurent Fabius, qui n’avait sans doute pas prévu un dialogue si franc avec l’entrepreneur devant les médias, a préféré ne pas s’engager dans un débat. “J’espère en tout cas que la France saura vous faire revenir pour que vous puissiez nous apporter vos connaissances”, a ajouté le ministre.

Dépôt d’une gerbe à Ground Zero

Plus tôt dans la matinée, Laurent Fabius s’est rendu à Cellfish, une entreprise de téléphonie mobile qui développe des applications pour smartphones. Dans les majestueux bureaux qui donnent sur l’Empire State Building l’attendait le Français Fabrice Sergent, cofondateur de Cellfish. L’occasion pour le ministre de mettre en pratique ce qu’il appelle lui-même la “diplomatie économique”, en vantant auprès des médias cette entreprise qui génère aujourd’hui un chiffre d’affaires annuel de 100 millions de dollars. Aussi à l’aise en français qu’en anglais, Laurent Fabius s’est arrêté auprès de chaque membre de l’équipe pour comprendre la réussite de Cellfish et “ramener des bonnes idées en France”.

Le ministre des Affaires étrangères a ensuite déjeuné avec d’autres entrepreneurs français à New York dont Ariane Daguin, fondatrice de D’Artagnan, Philippe Sanchez, PDG de Paul aux Etats-Unis et Philippe Surget, président chez Lactalis. Son séjour à New York se poursuivra mardi par des réunions à l’ONU et une rencontre avec la communauté française de New York en compagnie de François Hollande. Il se rendra également à Ground Zero avec le président de la République pour y déposer une gerbe.

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