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L’avancée des troupes françaises ne signifie pas un retrait rapide du Mali

La prompte progression des troupes françaises, qui s’attaquent aux dernières poches jihadistes dans le nord-est du Mali, ne signifie pas selon les spécialistes un retrait rapide du pays dont la stabilité politique est loin d’être assurée.

“D’ici trois semaines, si tout se passe comme prévu”, “la sécurité globale” aura été rétablie dans le nord-est, a assuré ce week-end le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, en visite à Bamako. Un délai qui coïncide avec l’annonce par le président François Hollande d’un début de retrait des troupes en avril, dès lors que les forces africaines appuyées par les européens “seront en relai”. Début février, Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, avait même évoqué une diminution des effectifs “à partir de mars”.

Deux mois après le début de l’opération militaire, les soldats français sont remontées au prix de violents combats jusqu’à l’extrême-nord du Mali, où ils tentent de débusquer d’éventuels “sanctuaires terroristes”. Et l’objectif fixé par le président Hollande de “casser les reins” d’Al Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) semble en passe d’être atteint. “Il y aura sûrement encore d’autres combats d’ici la fin de cette mission, car la mission c’est de libérer l’ensemble du territoire malien”, a tempéré mardi Jean-Yves Le Drian devant les députés. La réduction des effectifs français, actuellement d’environ 4.000 hommes, s’annonce donc très progressive.

En annonçant une première diminution rapide de ses effectifs, Paris entend surtout démontrer que ses troupes n’ont pas vocation à rester au Mali. “Politiquement, nous avons intérêt à réduire notre dispositif et à nous faire remplacer par les forces africaines”, souligne Eric Denécé, du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). La France table sur une mise en place rapide de la force africaine, la Misma, et sa transformation en une force de stabilisation de l’ONU pour prendre le relai de ses troupes. Mais cette force, qui compte aujourd’hui environ 6 300 hommes sur le sol malien, en y intégrant les 2 000 soldats tchadiens, doit encore être formée et équipée.

Le premier bataillon de soldats maliens formés par l’Union européenne ne devrait quant à lui être opérationnel qu’en juillet, selon le général français François Lecointre, qui commande la mission (EUTM). Les spécialistes de défense soulignent par ailleurs l’état de délabrement de l’armée malienne et l’absence d'”esprit de corps” et de cohésion. L’insistance française pour que l’élection présidentielle au Mali ait lieu en juillet suppose également le maintien d’un contingent suffisant pour que le vote puisse se dérouler dans des conditions de sécurité acceptables. Paris considère en effet le rétablissement d’une autorité politique légitime indispensable pour stabiliser le pays.

Paris devra en particulier garder la capacité d’intervenir rapidement si les contingents africains se trouvaient en difficulté. Appui aérien, avec des avions et des hélicoptères de combat, appui terrestre avec l’envoi d’unités des forces spéciales. L’intervention au Mali a rappelé l’intérêt pour la France de disposer de bases en Afrique. Qu’elles soient maintenues sur le territoire malien où prépositionnées dans la région, les troupes françaises devront pouvoir intervenir en urgence si les jihadistes tentent de reconstituer leurs forces. “C’est une guerre française. La France sera responsable jusqu’au bout de ce qui va se passer”, prévient le général Vincent Desportes, ancien responsable de l’école de guerre, pour qui “ce sont les circonstances qui imposeront le calendrier”. La France, rappelle un officier supérieur, est intervenue au Tchad en 1969, et de mission Manta en opération Epervier, elle y est encore.

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