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Le boom des crémants français

Portés par la crise économique, ces vins effervescents ont conquis en quelques années de nombreux clients, séduits par leur rapport qualité/prix. Mais est-ce suffisant pour ébranler la toute-puissance du champagne ?

La crise a décidément des effets inattendus, et parfois, heureux. Longtemps relégués dans l’ombre des champagnes, les crémants français ont ainsi su tirer parti de cette situation difficile pour affirmer leur place sur un marché en plein boom. Leurs qualités ? Une vinification identique à celle du champagne, selon la méthode dite « champenoise », et surtout un rapport qualité/prix très intéressant, puisque les prix entre crémants et champagnes varient bien souvent du simple au double en France, voire même du simple au triple aux États-Unis ! Un argument non négligeable…

Il aura pourtant fallu du temps pour que ces vins produits dans différentes régions françaises se fassent une place au soleil, au pays de la Veuve Clicquot et du Dom Pérignon. « Longtemps, le crémant n’a été qu’un débouché pour des vins tranquilles de piètre qualité. Aujourd’hui, les démarches n’ont plus rien à voir, avec des parcelles et des vignes spécifiques aux crémants », explique François Piffaut, responsable de Veuve Ambal. Fondée il y a 112 ans, cette maison historique parmi les crémants de Bourgogne a su évoluer et réunir ces dernières années de nouveaux moyens techniques et humains, à commencer par une équipe d’oenologues.

Et ça paye, avec une croissance régulière des volumes de bouteilles produites – près de 60 millions l’an passé, à comparer aux 400 millions de bouteilles de champagne. « Ce n’est pas seulement une question de prix, mais aussi d’achat malin », plaide François Piffaut. « Avec la progression de la qualité, certains crémants réputés valent largement des champagnes de seconde zone… »

Mais si la crise a révélé au grand jour la notoriété nouvelle des crémants français, le déclic est sans doute venu un peu plus tôt. « Le boom de l’an 2000 a provoqué une pénurie de champagne. Les consommateurs ont donc dû s’intéresser à d’autres vins », souligne ainsi Olivier Strohler, directeur du syndicat des producteurs de crémants. Le constat est particulièrement vrai aux États-Unis, qui s’affirme d’année en année comme un marché des plus porteurs. « Rien que pour le crémant d’Alsace, les ventes ont été multipliées par sept depuis dix ans : 367 hectolitres en 2000, 2 418 l’an passé ! Il y a là-bas une vraie culture du vin effervescent, donc le potentiel est très intéressant, pour peu qu’on parvienne à y populariser notre nom », s’enthousiasme Olivier Strohler.

Posture décomplexée

Cet Alsacien pure souche refuse néanmoins que le crémant soit assimilé uniquement à un ersatz de champagne. « Il doit être acheté pour ses qualités propres, liées au terroir où il est produit, aux cépages utilisés. Il ne serait pas cité dans le registre des AOC s’il n’avait pas une typicité locale ! » Pour François Piffaut, la comparaison est d’ailleurs aussi vaine que la dispute ancestrale entre vins de Bourgogne et de Bordeaux. « Ce qui est certain, c’est que le champagne a eu le mérite de porter haut la réputation des vins effervescents français, et nous lui en savons gré. Maintenant, nous portons des valeurs différentes, sans doute plus simples, et plus adaptées dans certaines occasions. »

Aussi ambitieuse qu’elle soit, cette posture décomplexée ne convainc pas encore tous les professionnels du vin. « L’appellation crémant ne sera jamais aussi prestigieuse que celle de champagne », juge ainsi José Vicente, propriétaire de la Cave de Noë à Paris. « La vraie question, c’est plutôt de savoir s’ils peuvent en avoir la finesse. Et de ce côté-là, c’est vrai qu’ils s’améliorent tous les ans. » La cuvée 2010 s’annonce d’ailleurs déjà prometteuse. En Alsace, région productrice de la moitié des crémants français, les producteurs espèrent en tirer quelque 31 millions de bouteilles, avec une qualité de conservation plus longue qu’à l’accoutumée. Une nouvelle occasion de faire sauter le bouchon ?

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