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Le boom des preschools en français aux Etats-Unis

Aux États-Unis, plusieurs preschools (maternelles) offrent aux enfants de 2, 3 et 4 ans des programmes bilingues français-anglais inspirés de la maternelle française. Quelles sont les règles pour ouvrir ce type d’établissement scolaire ? Qui y enseigne ? Quels sont les bénéfices pour l’enfant ? Quel est l’impact de la crise sur ces écoles ? France-Amérique a enquêté.

Il y a « Crazy Lucien ». Mais aussi Hale, Guillaume, Scarlett et Julia. Il y a tous ces prénoms que Léon, 2 ans et demi, associe à l’un de ces enfants qu’il appelle « my friends » dans sa classe bilingue français-anglais d’une preschool (maternelle) de Brooklyn. Il y a ces mots français qu’il glisse constamment dans ses phrases en anglais quand il raconte ses matinées à l’école qu’il fréquente depuis l’automne 2008.

Il y a Hands on World, mais aussi the Language and Laughter Studio, The Language Workshop for Children, le Petit Paradis, le Jardin enchanté, le Jardin à l’Ouest, le P’tit Monde, la Maternelle, the Little Linguists, le Club Nounours et de nombreuses autres preschools indépendantes qui se sont développées ces dernières années en offrant des programmes bilingues français-anglais. Une évolution que les directeurs et directrices de ces structures, interrogés par France-Amérique, décrivent comme complémentaire à l’offre des lycées français traditionnels et écoles homologuées selon les critères du ministère français de l’Éducation nationale qui proposent, eux aussi, souvent des classes de petite et moyenne sections pour les enfants de 3 et 4 ans.

Contrairement à de nombreuses preschools traditionnelles qui subissent la crise économique aux États-Unis, les écoles bilingues français-anglais ont, dans l’ensemble, plutôt bien résisté à la crise, comme le confirme Steve Barnett, directeur du National Institute for Early Education Research (NIEER) à l’université de Rutgers, dans le New Jersey. « Il y a deux sortes de preschools bilingues », explique-t-il. « La première qui s’adresse plutôt à des Américains aisés et aux expatriés et qui comprend les programmes français-anglais, résiste bien au ralentissement économique. La seconde s’adresse principalement aux immigrés hispaniques et asiatiques. Ces programmes publics pourraient être en difficulté dans les mois qui viennent, mais cela dépendra de l’aide fédérale qu’ils recevront. »

La situation varie néanmoins selon les villes. À Brooklyn, Pascale Setbon, fondatrice du Language and Laughter Studio (LLS), dit n’avoir pas ressenti la crise : « Il y a un baby-boom énorme à Brooklyn. Ici, la crise touche peu le monde de la petite enfance, car l’éducation est quelque chose d’important pour les parents. » Un avis que partage François Thibaut, fondateur en 1973 du Language Workshop for Children, un groupe d’écoles basé à New York, mais présent dans plusieurs États américains : « Nous ne sommes pas très affectés par la crise, parce que les parents préfèrent se priver d’autres choses que d’un enseignement bilingue pour leurs enfants. »

Attirés par le programme d’immersion de l’école publique PS 58 à Carroll Gardens à Brooklyn, de nombreux parents français se sont installés dans ce quartier. Pour répondre à la demande grandissante pour un enseignement en français pour les plus petits, plusieurs programmes privés ont été lancés ces dernières années. C’est le cas de l’Ecole des petits sur Atlantic Avenue. EFNY vient également de lancer un programme d’After School pour les enfants en pre-K (âgés de 4 ans) en français dans une classe de PS 58.

À Newton, dans la banlieue de Boston, Laura d’Angosse Perlman, fondatrice en 1993 du Club Nounours – également appelé Teddy Bear Club -, dit ne pas avoir de baisse dans ses effectifs et réfléchit même à la création d’une école à New York. « Les parents réalisent que c’est un programme important », dit-elle. « Depuis la création en 1993, nous n’avons fait que croître. En 2010, nous allons encore solidifier notre activité. »

À Atlanta, Jackie Ubiles, fondatrice de la Little Linguists Preschool en novembre dernier, affirme pour sa part: « Je pensais que les classes d’espagnol seraient les plus courues », explique-t-elle. « À ma grande surprise, ce sont les classes françaises qui se sont remplies le plus vite ». Du côté de Houston en revanche, Line Brou, une Française de 29 ans qui a lancé l’automne 2008 avec son mari La Maternelle, dit que « la crise est certainement passée par là » et a eu un impact sur le nombre d’inscriptions en 2009. « Nous visons des familles d’expatriés, travaillant dans le pétrole et le secteur de l’énergie », ajoute-t-elle. « Certaines m’ont dit que leur expatriation avait été repoussée. »

Le NIEER publie chaque année une enquête sur la situation des maternelles publiques aux États-Unis : 36 % des enfants de 3 ans sont inscrits dans des programmes de maternelle privés, 3 % sont dans des preschools publiques alors que 49 % ne vont pas à l’école du tout. Pour les enfants de 4 ans, la proportion est différente : 35 % suivent des programmes de maternelle privés, 26 % reçoivent un enseignement public et 26 % ne vont pas à l’école. Une situation bien différente de celle de la France, où la maternelle, créée en 1845 par Marie Pape-Carpentier, est publique et accueille la quasi-totalité des enfants de 3 et 4 ans.

Le déficit d’infrastructures scolaires bilingues français-anglais pour les tout-petits aux États-Unis a incité un certain nombre de mamans à créer leur preschool privée. C’est le cas de Kazz Regelman, fondatrice du Jardin Enchanté à San Francisco. Cette mère américaine et francophile cherchait une structure assez souple pour accueillir ses deux filles à mi-temps. « Pour des enfants en bas âge, c’est dur d’être toute la journée à l’école », explique-t-elle. « J’ai la chance d’être écrivain et de pouvoir rester à la maison. J’ai donc décidé de créer ma propre preschool. »

Christina Houri a ouvert son Petit Paradis dans l’Upper East Side de Manhattan après avoir notamment enseigné au Jardin à l’Ouest, une preschool de l’Upper West Side. « Il y a une grande mode pour les écoles maternelles françaises à New York parce que le Lycée Français va fermer sa petite section en septembre 2010 », explique-t-elle.

L’enseignement prodigué dans les preschools franco-américaines varie selon les établissements. Kazz Regelman dit avoir voulu combiner les avantages du système américain et ceux du système français : « Les enfants entendent du français toute la journée mais l’enseignement est plus ludique que dans une maternelle française », explique-t-elle. « Les enfants peuvent faire du jardinage, de la peinture, de la danse. » Pascale Setbon souligne, elle aussi, les avantages du mélange de l’approche française plus académique et l’américaine qui incite les enfants à s’exprimer. Maria Kurt, directrice de la French School dans l’agglomération de Chicago insiste pour sa part sur la similitude entre l’enseignement dans son école et le programme de maternelle français.

La diversité des preschools s’explique également par la différence des lois qui les régissent dans les États où elles sont implantées. « Aux États-Unis, il faut bien faire la distinction entre le child care et l’éducation de la petite enfance », explique Steve Barnette. « Les établissements de child care (ndlr, qui régit techniquement les jardins d’enfants privés) ne sont pas soumis aux mêmes règles que ceux qui reçoivent des fonds publics et qui suivent les directives régissant l’éducation de la petite enfance. Si l’on schématise, les preschools bilingues franco-américaines sont généralement, pour les autorités, considérées comme des établissements de child care. »

Le nombre de professeurs par nombre d’enfants varie selon les États. Le Texas exige par exemple la présence d’un adulte pour 15 élèves dans les classes où les enfants sont âgés de 3 à 5 ans. Dans le Massachusetts, cette proportion est d’un adulte pour 12 enfants. Tous les établissements bilingues contactés ont souligné la taille de leurs effectifs, bien en dessous des quotas en vigueur, et leurs exigences en matière de formation de leurs professeurs. « Nous n’employons que des professeurs des écoles venus de France », explique Pascale Setbon, de LLS à Brooklyn.

« Mes professeurs doivent avoir suivi un cours de psychologie enfantine, avoir une expérience d’enseignement dans une école de la petite enfance, comme l’exige le Massachusetts, et en plus être bilingues », enchaîne Laura d’Angosse Perlman, du Club Nounours à Newton.

Ce positionnement sur le marché de l’enseignement « haut de gamme » est central pour les maternelles bilingues dans un contexte très concurrentiel. Pour les établissements « estampillés » child care, les États ne demandent, en général, pas de diplômes pour les enseignants, comme le souligne Steve Barnett. « Au Texas par exemple, les exigences pour les professeurs du secteur privé sont très basses », explique le directeur du NIEER. « En revanche, pour enseigner dans les établissements publics, il faut avoir suivi une formation universitaire de 4 ans en éducation de la petite enfance ». Le professeur poursuit : « Dans certains États, il suffit d’avoir 16 ans et une expérience avec des enfants autres que ceux de vos proches pour pouvoir enseigner dans une preschool privée. Dans d’autres, les établissements affiliés à des groupes religieux ne sont soumis à aucune règle. »

Pour ce qui est des établissements publics régis par les règles d’éducation de la petite enfance, l’État américain qui se rapproche actuellement le plus de la France est l’Oklahoma. Ce dernier offre une éducation en maternelle publique gratuite à tous les enfants de 4 ans. Dans le New Jersey, plusieurs districts scolaires offrent de telles conditions. À New York, il y a techniquement un programme de preschools public pour les enfants de 4 ans, comme c’est d’ailleurs le cas en Floride, en Géorgie, en Virginie occidentale, et dans l’Illinois. Mais Steve Barnett rappelle que ces États n’ont pour l’instant pas les fonds nécessaires pour le financer. « Barack Obama a promis pendant sa campagne d’étendre les programmes éducatifs de la petite enfance », conclut-il. « De nombreux États attendent de voir s’ils recevront des fonds de Washington. »

www.nieer.org

Les bienfaits de la preschool

Les preschools font régulièrement débat aux États-Unis. Un rapport réalisé en 2005 par des chercheurs des universités de Stanford et Berkeley dans 14 000 maternelles américaines, a débouché sur 3 grandes conclusions :

-Si un enfant rentre trop tôt à la preschool (avant 2 ans), son rythme de développement social sera ralenti

-Si l’enfant rentre à la preschool entre 3 et 4 ans, il augmentera ses compétences dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture

-Si l’enfant passe plus de 6 heures par jour à la preschool, les bénéfices de son apprentissage diminuent.

Bruce Fuller, un chercheur à l’université de Berkeley, qui a participé à la rédaction du rapport, explique : « Nous avons constaté que les enfants qui commençaient l’école avant deux ans étaient un peu plus agressifs que les autres. Mais au cours de la scolarité, cette différence entre les enfants qui ont commencé l’école très tôt et les autres, s’amoindrit. Sur le long terme, le rapport insiste surtout sur les bénéfices de mettre son enfant à la preschool dès 3 ans. En revanche, c’est sûr qu’un enfant qui passe plus de 30 heures par semaine à la preschool ne tirera pas tous les avantages de l’enseignement. » Bruce Fuller insiste également sur les avantages de l’enseignement bilingue. « Contrairement à ce que pensent certains parents, l’enfant qui apprend deux langues à la fois progressera beaucoup plus vite dans sa langue maternelle. Le bilinguisme développe chez l’enfant une gymnastique et une rapidité de l’esprit. »

Infos pratiques :

Sites de référence sur les preschools :

www.savvysource.com/preschools

Atlanta – Little Linguists International Preschool
www.littlelinguistspreschool.com

New York – Le Petit Paradis
www.lepetitparadispreschool.com

The Language and Laughter Studio
www.thelanguageandlaughterstudio.com

The language Workshop for Children
www.thibauttechnique.com

Hands on World
www.handsonworld.net

L’Ecole des Petits

http://lecoledespetits.over-blog.com/

Le Jardin à l’Ouest
www.lejardinalouest.com

EFNY

http://www.efny.net/

San Francisco – Au P’tit Monde
www.auptitmonde.com

Le Jardin Enchanté
www.gardenhousesf.org

Boston – The Teddy Bear Club – Le Club Nounours
www.teddybearclub.org

Houston – La Maternelle
www.lamaternellecc.com

Chicago – French School
www.frenchinstituens.com

 

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