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Le bras de fer droite-gauche sur le mariage homosexuel se déporte dans la rue

En appelant à manifester “massivement” pour le mariage gay en réponse au soutien de l’UMP à une manifestation d’opposants au projet, le PS prend le risque de faire de ce bras de fer un test de mobilisation populaire, moins de deux mois avant la présentation du texte à l’Assemblée.

“Le PS soutient l’initiative de la manifestation du 16 décembre pour le droit au mariage pour tous et la procréation médicalement assistée (PMA) et appelle à y participer massivement”, a annoncé lundi David Assouline, l’un de ses porte-parole. Le maire de Paris Bertrand Delanoë a également appelé “les Parisiens et tous les Français qui souhaitent que notre société suive le chemin de l’égalité et du progrès”, à y participer. Ce rassemblement, qui aura valeur de test de mobilisation à gauche, est organisé par l’Inter-LGBT, un regroupement d’associations défendant le droit au mariage et à l’adoption pour les homosexuels, déjà à l’origine d’une manifestation qui avait rassemblé le 15 novembre un millier de personnes à Paris.

L’association avait alors regretté que la “parole” des responsables des partis favorables au mariage homosexuel soit “extrêmement timorée” et appelé à “plus de courage politique” face à la mobilisation de l’UMP sur ce sujet. Réponse lundi de David Assouline : face à la coalition des “conservatismes”, “le PS est fier de porter cette réforme et appelle à se rassembler largement”. Le PS a donc décidé de ne pas laisser le monopole de la rue à la droite qui par la voix de Jean-François Copé (UMP) a appelé ses troupes à participer le 13 janvier à une grande manifestation contre la légalisation du mariage homosexuel. “Pour faire entendre la voix des Français que François Hollande refuse d’écouter, nous serons à cette manifestation nationale”, a annoncé celui qui avait promis de faire descendre la droite dans la rue s’il était élu à la tête de l’UMP.

Cette manifestation, organisée par des associations d’opposants au mariage homosexuel quelques jours avant l’examen du texte à l’Assemblée le 29 janvier, fait suite à d’autres mobilisations qui ont conduit dans la rue des dizaines de milliers d’opposants les 23 octobre et 17 novembre (100.000 personnes) dans toute la France et le 18 novembre à Paris. “Pas question” que l’Assemblée recule sur ce projet de loi, a prévenu le président PS de l’Assemblée, Claude Bartolone, selon qui les manifestations de rue ne devraient pas avoir d’influence sur les parlementaires.

Néanmoins, la comparaison des deux manifestations sera faite et exploitée politiquement par le camp qui aura été le plus mobilisateur. Un pari qui semble plus risqué pour le PS au pouvoir que pour l’UMP en crise qui pourrait chercher à se refaire une santé en mobilisant ses troupes sur un sujet qui, à l’image de la défense de l'”école libre” en 1984, focalise contre lui toutes les religions. “Pour le PS qui a le souvenir de 1984, il faut montrer qu’on peut aussi occuper la rue avec un sujet sur lequel toute la gauche peut se rassembler dans une période où le gouvernement connait des difficultés avec sa politique écononomique et industrielle”, analyse le politologue Gérard Grunberg.

“A partir du moment où l’UMP en a fait un axe de mobilisation, il était compliqué pour le PS de rester inerte même s’il est majoritaire au parlement car l’enjeu est celui de l’opinion”, estime Stéphane Rozes. “C’est pour le PS une réponse du berger à la bergère et une manière de peser pour qu’un engagement majeur du candidat Hollande soit tenu”, juge Frédéric Dabi (Ifop) pour qui “l’exacerbation du clivage droite-gauche gagne maintenant la rue”.

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