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Le Bronx : un quartier “sans foi ni loi” pour les candidats à la mairie de Paris

À l’approche des municipales de 2014 – une élection où la sécurité semble être un sujet de campagne stratégique – le Bronx s’invite dans le débat entre les prétendants à la mairie de Paris. Une fois élus, devront-ils gérer – où non – une ville qui ressemble à ce borough ? Peu importe le parti pris, ce qui est certain c’est que le Bronx est vu par les hommes politiques français comme une jungle “sans foi ni loi”. Une comparaison qui stigmatise ce quartier de New York et le renvoie aux heures les plus sombres de son histoire.

C’est presque anodin : “Paris, c’est le Bronx”. Une phrase qui reprend une expression largement utilisée en France. “C’est le Bronx”, exprime un état de chaos, de désordre, d’anarchie. Alors que les municipales approchent, on ne sait pas bien si on parle du Bronx comme il se présente aujourd’hui, où si c’est juste une expression courante, faisant fi des efforts de la communauté de ce borough de New York pour y améliorer la qualité de vie.

Pour mémoire, Bertand Delanoë, actuel maire de la ville de Paris, a affirmé au début du mois de décembre — lors de l’annonce d’une augmentation des effectifs policiers à l’approche des fêtes à Paris (+300) — que s’il y avait “des problèmes”, la capitale n’était pas le Bronx.  En réponse, Frédéric Péchenard, ancien directeur de la police nationale et candidat dans le 17ème sur les listes UMP de Nathalie Kosciusko-Morizet aux prochaines municipales, a rétorqué que si Paris n’est pas le Bronx, “à certains endroits, ça commence pourtant à y ressembler sérieusement”.

Rachida Dati, soutien elle-aussi de NKM, ne rejoint pas Frédéric Péchenard sur l’activité criminelle à Paris. “La délinquance a augmenté. Paris n’est pas le Bronx. Enfin à mon avis. Et je ne me cantonne pas uniquement au 7e arrondissement. Je vais dans tous les arrondissements”, a-t-elle expliqué sur BFM TV. “Il y a des problèmes de sécurité. Mais le Bronx, c’est quoi ? Ça veut dire que c’est sans foi ni loi. On en n’est pas là à Paris.”

Le Bronx : un quartier à feu et à sang

Quel regard portent les hommes politiques français sur le Bronx ? Par déduction, ce serait un quartier à la criminalité très élevée, incontrôlable, habité par une population en grande partie délinquante. Vols, violences, meurtres et drogue feraient partie du quotidien. “Sans foi ni loi” donc, selon Rachida Dati.

Une histoire mouvementée est à l’origine de la réputation de quartier à l’extrême dangerosité. La déchéance du Bronx a commencé dans les années 70. La population de la classe moyenne a déserté le borough, un phénomène appelé White Flag, qui détruisit la mixité sociale. Cette désertion provoqua une réaction en chaîne. Abandonné par les politiques publiques et victime de sévères coupes budgétaires, la criminalité et les trafics n’y feront qu’augmenter. Seule une population défavorisée resta dans le quartier.

Les propriétaires, incapables de louer leurs logements, furent nombreux à incendier les habitations pour toucher les assurances. Des faits qui n’ont jamais été prouvés, mais qui sont pourtant décrits comme la raison première des incendies. Les feux se comptaient par douzaine, chaque jour, rendant les pompiers de l’époque incapables de gérer la situation. Les médias y décrivaient un véritable enfer.

En 1977, on attribua au commentateur sportif de la chaîne ABC, Howard Cosell, d’avoir prononcé la phrase “The Bronx is Burning” lors d’un match au Yankee Stadium, alors qu’une caméra filmait des immeubles en feu près du stade. Cette phrase, qui n’a en fait jamais été prononcée, a inspiré une série télévisée du même titre, mais a surtout servi de “slogan publicitaire” péjoratif au Bronx.

Le film Fort Apache, The Bronx (Le policeman), tourné en 1981, avec Paul Newman dans le rôle d’un policier, montre un Bronx rongé par la criminalité, la prostitution et la drogue. Le film a été critiqué pour l’image négative donnée au borough ; une image qui semble être malgré tout gravée dans les esprits.

Une comparaison désinformée

Le Bronx n’est pas le quartier le plus sûr des Etats-Unis, certes ; il a néanmoins bien changé. Caroline D., chercheuse et travailleuse sociale franco-américaine, s’est rendue dans le Bronx à plusieurs reprises. Elle y était en 1997, à la même époque que Bill Clinton, alors en visite dans le quartier. “Déjà à l’époque, quand Clinton est venu, il y a vu une transformation quasi-miraculeuse. Tout le monde s’est mis à reconstruire le Bronx. La communauté s’est organisée, l’Etat fédéral a financé les projets, le secteur privé a participé. Ce que Clinton a vu, je l’ai vu également : des maisons entourées de gazon et des voisins qui communiquaient. Les résultats du processus de rénovation étaient étonnant”, explique-t-elle.

Pour la chercheuse, les propos de Frédéric Péchenard sont désinformés : “Comment peut-on comparer l’histoire particulière du Bronx à Paris ? Je suis outrée, et cela moins du point de vue politique que scientifique. On ne tient pas compte des évolutions positives du Bronx. Tout n’est pas réglé, mais manifestement il y a des transformations profondes. Certaines villes des États-Unis, comme Memphis par exemple, sont devenues beaucoup plus dangereuses que ce borough.”

Une gentrification lente, mais en marche

En ce qui concerne sa gentrification, elle reste beaucoup moins avancée que celle de Brooklyn, où les loyers ont explosé ces dernières années. Les logements sociaux en bordure y constituent une barrière à l’installation de la classe moyenne. Ainsi, ce sont toujours des populations moins aisées, souvent issues de l’immigration, qui habitent le Bronx. Il reste l’un des derniers endroits abordables à proximité de Manhattan, où l’on trouve les loyers les plus chers des Etats-Unis après San Francisco.

Ruben Diaz Jr., maire du Bronx s’est exprimé dans la presse américaine suite aux propos des hommes politiques français, qu’il décrit également comme désinformés. “Les vieux stéréotypes sur le Bronx sont injustement restés dans les esprits de gens qui vivent aussi loin que Paris. Nous, dans le Bronx, nous en avons assez. La criminalité a chuté dans le Bronx. L’année dernière, nous avons eu le taux le criminalité le plus bas jamais connu depuis 1960, et cette année le borough est en phase de devenir encore plus sûr” a-t-il déclaré au journal Epoch Times. “Encore une fois, nous sommes forcés de défendre notre ville face aux étiquettes calomnieuses d’hommes politiques qui vivent à des milliers de kilomètres (…) qui utilisent le Bronx pour marquer des points en politique.”

 

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