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Le clavier pas du tout tempéré de General Elektriks

Spécialiste du touillage de sons pop, funk, soul et hip-hop, le Français Hervé Salters, alias General Elektriks, a ramené ses chorégraphies de claviériste électrocuté aux États-Unis pour quelques dates. Histoire de montrer aux Américains que la French touch en a encore sous le pied. Et qu’elle est bien décidée à faire danser les foules.

Vous avez joué hier au festival South by Southwest. C’était vos premières dates américaines depuis la sortie de votre dernier album. Comment ça s’est passé ?

On a fait deux sets en fait : un concert dans le cadre de la fête organisée par le Bureau export qui était très chouette et puis, un deuxième concert le soir qui était notre showcase officiel dans le cadre du festival. Malheureusement, à SXSW, les groupes sont censés s’installer en un quart d’heure et comme on a pas mal de matos, ils nous ont coupé notre set. On n’a fait que cinq morceaux au lieu de neuf. Mais sur ceux qu’on a pu faire, ça a bien chauffé, donc je suis ravi. Entre le disque et la scène, c’est un peu différent, puisque le disque, je l’ai fait tout seul dans mon garage avec mon clavier et mon ordinateur. Pour la scène, j’ai fait appel à quatre musiciens : trois Français et un Américain.

Cette année, il y a eu plus de trente artistes français programmés à SXSW, c’est le signe que la musique issue de l’Hexagone est vraiment prise au sérieux aux États-Unis ?

Ça fait un petit moment qu’il y a une espèce d’invasion française avec Daft Punk, Air, etc. Donc il y a un petit respect maintenant pour la scène française aux États-Unis. Le Bureau Export aide bien financièrement pour faire en sorte que des groupes français puissent venir tourner aux États-Unis.

Parmi ces groupes français, il y en a qui vous ont particulièrement marqué ?

Moi, j’ai beaucoup aimé The Bewitched Hands On The Top Of Our Heads. C’était terrible. Une espèce de folk-pop très inspirée avec plusieurs chanteurs, où tout le monde chante plus ou moins en même temps.

Votre dernier album est un succès en France, notamment grâce au single « Raid the Radio ». Comment est-ce qu’il a été accueilli aux États-Unis ?

L’album vient de sortir aux États-Unis. On est en train de poser les premières briques, donc je vais croiser les doigts et on va espérer que ça va aussi bien se passer qu’en France. Il y a eu des bons échos niveau presse, et à ce qu’on a vu hier, il y avait une bonne réponse au niveau du public. Mais c’est encore un peu tôt pour se déclarer. En France, l’album a trouvé son public. Et puis, j’ai un super label et un super tourneur. Il n’y a pas de secrets, pour qu’un disque marche, il ne faut pas juste faire un disque correct, il faut qu’il y ait les bonnes personnes qui travaillent autour. On a beaucoup tourné, et la formation live marche bien. L’idée c’est de donner une deuxième vie aux morceaux, de ne pas les reproduire à l’identique du tout. On voulait essayer de se retrouver avec un mélange de genres similaires à celui du disque mais avec des armes différentes que sont celles que t’offre la scène. Notamment l’arme visuelle. On veut donner un vrai show avec cette formation, on saute partout, on fait un peu les idiots.

Ce n’est pas trop difficile de jouer du clavier en dansant ? Ça a l’air assez acrobatique, quand même…

Je n’ai pas trop d’explications pour ça, je ne sais plus trop comment ça a commencé. Mais ça vient de la réflexion que je me faisais que souvent les claviers dans les groupes, c’est les mecs un peu chiants, qui sont collés derrière leur synthé, qui bougent pas et qui font rien de très intéressant visuellement. C’était au sein de Vercoquin, qui était le groupe dont je faisais partie dans les années 90 à Paris, que je m’étais dit : « Si tu montes sur scène, autant y aller carrément ». Donc, j’ai commencé à jouer et danser en même temps. Maintenant, ça me paraît complètement naturel. C’est aussi un très bon moyen de garder le tempo et de faire quelque chose qui groove.

Vous vivez depuis 1999 aux États-Unis. Qu’est-ce qui vous a poussé à déménager de ce côté-ci de l’Atlantique ?

Ma femme est à moitié américaine. On était parti en vacances à San Francisco et on est tombé amoureux de la ville. On a décidé de poser nos bagages là. Ce n’était pas juste pour des raisons musicales. C’était plus par choix de vie.

Vous avez collaboré avec le collectif de San Francisco Quannum Projects et notamment le groupe Blackalicious, comment s’est faite cette rencontre ?

C’est un ami à moi, Vincent Ségal, qui est violoncelliste et qui avait joué sur l’album Blazing arrow de Blackalicious. Du coup, quand il a su que je déménageais à San Francisco, il m’a filé l’adresse e-mail de Chief Xcel, qui est l’un des membres fondateurs de Quannum Projects. Je lui ai envoyé un e-mail en disant que j’avais des claviers vintage et que j’aimais le funk, le lendemain il m’a appelé. Depuis, c’est eux qui sortent mes disques.

Quelle influence ont eu ces collaborations sur votre musique ?

Les gars du collectif Quannum sont tous assez radicaux. Ils ont une approche un peu je-m’en-foutiste de la musique, dans le bon sens du terme. Ils n’essaient pas de prévoir ce que les gens vont penser de ce qu’ils font. Ils font ce qu’ils ont envie de faire, point barre. C’est très rafraîchissant, et ça m’a encouragé à faire la même chose. Et puis, j’ai été plongé dans un chaudron de hip-hop en déboulant là-dedans. Avant le déménagement, le hip-hop, je connaissais un petit peu, en touriste. Là, j’ai plus découvert la philosophie de la chose, d’où ça vient historiquement et ce que ça veut dire pour beaucoup de gens. Même si mon deuxième disque est moins hip-hop que le premier, je travaille toujours tout seul, comme un producteur de hip-hop, et la manière dont je traite les fréquences graves est plus influencée par ce style de musique. En France, dans les arrangements, on pense plus à la voix ou aux guitares, alors que le hip-hop, c’est fait pour faire trembler le coffre de ta voiture. Good City for Dreamers est une espèce d’entre-deux. L’album devait à la fois physiquement faire bouger les hanches et tenir compte de l’approche impressionniste plus européenne pour ce qui est des autres instruments.

General Elektriks, c’est une musique très dansante mais quand on regarde les paroles, il y a aussi une certaine profondeur, voire un côté contestataire, les textes sont très importants pour vous ?

Oui, c’est marrant, on me pose très peu cette question en France. D’une part parce que les gens ne parlent pas très bien anglais en France. Mais c’est aussi parce que quand on entend une musique qui danse, façon soul ou funk ou R’n’B, on ne considère pas nécessairement qu’il faut prêter attention au texte. Ce qui est dommage parce que quand on y pense, la soul, c’est le soundtrack du mouvement des droits civiques dans les années 60-70. Mon approche, c’est d’être aussi honnête que possible. Il y a plein de textes qui portent sur des choses très proches de moi, comme ma famille. « Little lady », par exemple, parle de ma fille Adèle. Quand tu es papa et que tu as une fille, pour la première fois, tu vois la vie à travers des yeux féminins et tu te rends compte viscéralement à quel point le monde est macho. C’était une manière de dire à ma fille de ne surtout pas écouter les mecs, de faire son délire et de ne pas se laisser freiner. La chanson « Rebel sun » est plus politique, c’est inspiré de la guerre de l’eau en Bolivie, à Cochabamba, en 2000. Une société américaine avait profité de la privatisation de l’eau pour augmenter les tarifs, plein de gens ne pouvaient plus se permettre d’avoir l’eau courante. Le peuple de Cochabamba est descendu dans la rue et a réussi à convaincre les autorités d’expulser la société américaine. C’était un peu la première grande victoire populaire contre les méfaits de la mondialisation. Je me disais juste que ça méritait bien une chanson. J’ai essayé de tourner ça d’une manière un peu intime et de laisser une part à l’abstraction quand même, car les textes politiques premier degré, ce n’est pas trop mon truc non plus.

Quels sont vos projets ?

Je travaille sur le deuxième album de Honeycut (ndlr, collectif dont General Elektriks fait partie) qui devrait sortir cet automne et je travaille sur un projet qui s’appelle Burning house avec Chief Xcel de Blackalicious. Ce sera plutôt des instrumentaux funk/hip-hop. Et puis j’ai des nouveaux morceaux pour un prochain General Elektriks mais il faut que je finisse les autres projets avant de pouvoir me lancer dedans. Au niveau des concerts, on va faire Summerstage à Central Park en juin, et puis les festivals en Europe cet été. On fera une vraie tournée aux États-Unis cet automne, quand on aura trouvé un bookeur.

Infos pratiques :

General Elektriks en concert

21/03 au Bottom of the hill (San Francisco)

24/03 au Santos (New York)

Dernier album : Good City for Dreamers

Le site de General Elektriks : www.general-elektriks.com

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