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Le combat d’un Ch’ti contre la précarité en Californie

À 61 ans, Michel Kordas est à la fois homme d’affaires et sans domicile fixe. Une situation atypique qui n’empêche pas ce Nordiste plein de ressources de rester optimiste.

Pas très loin de l’arrivée de la route 66, à San Bernardino, une vieille caravane blanche abrite un businessman talentueux. « Au moins, j’ai de la place pour un lit », constate le sexagénaire, optimiste. Exportateur de voitures et de vêtements américains avec 30 ans d’expérience, Michel Kordas connaît son affaire. Mais sa vie a connu des virages surprenants. Si ce croyant invoque en permanence la Providence, son destin ne ressemble en rien à un chemin tracé à l’avance. Tour à tour peintre, soldat, étudiant en théologie, imprimeur et enseignant, ce fils de mineur du Nord-Pas-de-Calais a connu une vie riche en rebondissements.

Du nord de la France au sud des États-Unis

À l’âge de 24 ans, le jeune Ch’ti, alors peintre décorateur, découvre l’Église adventiste. Une révélation pour cet athée qui se met alors en tête de s’exiler aux États-Unis, berceau de sa nouvelle religion. C’est dans le Wisconsin qu’il passe les vingt-huit années suivantes avec son épouse et ses enfants. Il mène alors une carrière florissante d’exportateur de jeans Levi’s et de chapeaux de cow-boys vers la France. À l’apogée de sa réussite, Johnny Hallyday fait même partie de ses clients. Mais l’environnement du Wisconsin commence à lui peser, et il décide d’aller faire un tour dans le Tennessee, histoire de vérifier si la chanson de Johnny dit vrai. Son épouse, restée dans le Wisconsin, supporte mal l’éloignement et menace de divorcer. Mais au retour de Michel au domicile familial, leur relation ne s’améliore pas et la séparation a quand même lieu. Sujet à des vertiges et à une toux asphyxiante, le Français se voit contraint de suspendre ses activités pendant deux ans. Ruiné par le divorce et la maladie, Michel décide de quitter le Wisconsin et ses hivers inhospitaliers pour le soleil de la Californie du Sud.

« Le lendemain prend soin de lui-même »

Des amis l’aident à se remettre en selle, lui prêtent un radiateur, le poussent à retrouver du travail. Depuis deux mois, il a repris l’export. « Je n’ai pas de ressources, explique-t-il. Je fais tout à partir de rien. Mais les affaires commencent à repartir et j’espère avoir un logement d’ici quelques mois ». Au-delà de sa profonde affection pour le Racing Club de Lens, Michel garde de son éducation dans le Nord ouvrier une grande force d’adaptation et l’envie de se battre : « Il faut garder du courage, affirme-t-il en refusant de s’apitoyer sur son sort. J’apprends beaucoup dans les difficultés ». Reconnaissant de la solidarité dont ont fait preuve ses amis, il a des projets de reprendre l’enseignement du commerce international à l’Université luthérienne de Concordia et d’écrire un livre dans cette discipline. En attendant, le Français aux multiples talents peint des tableaux et écrit des poèmes à ses heures perdues. Avec foi, Michel explique : « Je n’ai pas besoin de m’inquiéter du lendemain, parce que le lendemain prend soin de lui-même ».

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