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Le Crazy Horse mis à nu par Frederick Wiseman

Pour la troisième fois, le cinéaste américain Frederick Wiseman nous emmène dans les coulisses d’une institution culturelle parisienne. Après la Comédie-Française et le Ballet de l’Opéra, il lève le rideau sur les dessous du Crazy Horse, temple érotico-chic du nu.

Faux cils, talons aiguilles, croupes de déesses et perruques au carré. Les sulfureuses « filles du Crazy » déferlent devant la caméra de Frédéric Wiseman, 81 ans dans un show saphique. Entre le vieil homme et les  jeunes femmes, un sentiment mutuel de respect poli semble s’instaurer. « Ces danseuses sont très professionnelles. La plupart sortent du conservatoire », précise le cinéaste.

Fidèle à sa marque de fabrique, Frederick Wiseman dont le dernier film Boxing Gym, a fait l’unanimité auprès des critiques, se fond littéralement dans le décor. Dans ce monde en mutation, c’est la querelle des Anciens et des Modernes qui se rejoue. « C’est la première fois depuis la mort de Bernardin qu’ils ont monté un tout nouveau spectacle, intitulé « Désirs ». Decoufflé a sa propre compagnie de danse et dirige aussi le Cirque du Soleil. Quand il est le patron, c’est très amusant et original. Là, il a la responsabilité du « brand » du Crazy Horse sur les épaules. Les actionnaires brident souvent ses excès de créativité. » Difficile d’être artiste dans un monde réfractaire à sa passion…

Festin nu

Outre ses numéros de jambes époustouflants et les petites tensions entre amis, Crazy Horse est à voir pour sa galerie de personnages comme Fifi la costumière, tout droit sortie d’un roman de Zola ou le directeur artistique à fleur de peau, Ali Mahdavi. Certains trouveront leur bonheur dans la plastique impeccable de ses actrices. Mais attention ! N’allez surtout pas dire à Frederick Wiseman que son film est voyeur. «  Si le spectateur pense être en situation de voyeurisme, il lui faut quitter la salle immédiatement. Ce serait trop malsain. Personnellement, je ne crois pas que le Crazy Horse exploite la femme comme un objet. Mais la marque de l’institution, c’est les fesses. Alors il fallait bien montrer des paires de fesses ! »

Si le film, qui joue souvent du kitsh et du burlesque, n’a choqué personne en France, il ne sera pas diffusé sur les chaînes publiques aux Etats-Unis sous peine de porter atteinte à la pudeur des spectateurs non avertis. « Ce n’est pas si surprenant quand on se souvient des grands cris poussés après la scène du sein dévoilé de Janet Jackson, une séquence de 30 secondes a suffi pour faire presque tomber le pays. C’est très comique. »

Bande-annonce :

Crazy Horse, documentaire de Frédérick Wiseman. Durée : 2 h 14. En salles à partir du 17 janvier 2012 au Film Forum de New York et au Kendall Square Cinema de Cambridge (Boston), à partir du 27 janvier. Ainsi que sur Netflix.

 

 

 

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