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« Le défi est d’assurer la pérennisation financière des établissements privés »

Robert Leonhardt est depuis huit ans à la tête de la French American School of New York, qui fête cette année le trentième anniversaire de sa création. Américain francophile, il a comme ses prédécesseurs à cœur de faire perdurer la mission de bilinguisme de l’école, sans ignorer les défis auxquels doivent faire face les établissements privés français aux États-Unis. Entretien.

Vous êtes arrivé à la Fasny dans le courant de l’année 2002. Quel type d’établissement avez-vous trouvé ?

J’ai trouvé un établissement qui jouissait déjà d’une excellente réputation parmi le réseau des écoles homologuées par l’Éducation nationale en Amérique du Nord, avec le bilinguisme comme idée fondatrice. L’école s’efforce depuis sa création d’appliquer les meilleures méthodes des deux systèmes éducatifs, l’américain et le français. Avec toute la rigueur du système français doublée du programme des meilleures écoles américaines qui offrent toutes ces activités périscolaires, comme le sport et la musique.

Quelles ont été vos priorités lorsque vous avez pris vos fonctions ?

Il y a toujours une certaine passion autour de la création d’une école. C’est une véritable aventure (ndlr, l’école a été créée en 1980 par Sylvette Nicolini et Katrine Watkins). Mais le moment était venu d’organiser l’école selon certaines pratiques administratives. Il fallait encourager le développement du travail en équipe à tous les niveaux de l’établissement. C’est ce type de travail en équipe que nous privilégions au niveau de la gestion et de la pédagogie.

Quelles ont été les étapes marquantes de ces dernières années pour l’école ?

Le nouveau campus à Scarsdale en est une, sans aucun doute. Avant 2005, on avait à Larchmont les élèves de la grande section jusqu’au CM2 et à Mamaroneck les classes du niveau secondaire et aussi les petites et moyennes sections. Quand l’occasion s’est présentée d’avoir un troisième campus, on en a profité. Ce n’était pas seulement un problème d’effectif mais aussi de qualité. Nous avons maintenant une vraie maternelle. Mais bien évidemment, l’évènement de ces dernières années reste l’ouverture du cycle terminale en 2007/2008.

Avec d’excellents résultats au baccalauréat en 2009…

Effectivement. Nous avons eu 23 mentions sur 23 élèves. Et ces derniers ont été admis dans de grandes universités en France, au Canada et aux États-Unis. Je m’attendais à de bons résultats, voire de très bons resultats. Mais il aurait fallu être d’une grande arrogance pour anticiper un tel succès.

Parallèlement, la crise financière est intervenue. Comment a-t-elle affecté l’école ?

Pour l’année scolaire 2009/2010, notre effectif a légèrement baissé. On a perdu une trentaine d’élèves lors de la dernière rentrée. Nous étudions toujours très attentivement les raisons pour lesquelles les gens nous quittent. Et nous avons noté une augmentation dans le nombre de familles qui n’avaient plus les moyens de payer les frais de scolarité. Ce nombre est passé de quatre ou cinq à vingt. En pourcentage, c’est important. 
Pour compenser, nous avons donc par exemple proposé au personnel une augmentation de salaire inférieure à celles accordées depuis que je suis en poste. Le personnel représente la partie la plus importante du budget pour une école comme la Fasny, une charge financée  à plus de 90 % par les frais de scolarité. J’ajoute que nous ne pouvons pas continuer à augmenter les frais de scolarité éternellement même s’ils représentent à peu près deux-tiers de ceux demandés par les grandes écoles privées américaines du Westchester.

Si les frais de scolarité ne peuvent augmenter éternellement, quelle est l’alternative pour les écoles du réseau de l’AEFE (Agence pour l’enseignement du français à l’étranger) aux États-Unis ?

Nous essayons de créer notre premier endowment mais typiquement un endowment se construit à travers les anciens élèves de l’établissement et nous venons juste de remettre les premiers diplômes de bacheliers à nos premiers élèves de terminale ! Dans ce domaine nous ne pouvons pas nous comparer aux grandes écoles privées américaines qui lèvent parfois des millions de dollars de capitaux.

Le défi de l’avenir pour nous est le suivant : comment résoudre le problème de la pérennisation financière de l’établissement… Et c’est un défi pour toutes les écoles privées américaines, pas seulement celles du réseau de l’AEFE.

Vous allez quitter l’école à la fin de l’année scolaire 2011/2012. Vous avez déjà choisi votre successeur…

L’un des devoirs les plus importants d’un responsable est de préparer convenablement sa succession. Et j’ai la possiblité, de la préparer de l’intérieur, avec le board. Recruter un chef d’établissement pour une école comme la Fasny, c’est difficile car il faut quelqu’un qui connaisse les deux cultures, les deux langues, les deux systèmes pédagogiques… Et cela ne se trouve pas à tous les coins de rue… Avec Joël Peinado (ndlr, actuellement proviseur-adjoint) on a trouvé le meilleur candidat possible.

Vos projets ensuite ?

Je n’ai pas encore de projet personnel car je suis encore dans le quotidien de la gestion de l’école. Je me permettrai d’y penser peut-être à la fin de l’année 2011. J’aimerais rester dans cet univers particulier qu’est celui des établissements franco-américains…

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