Subscribe

Le destin de Basquiat à Paris

Le Musée d’art Moderne de Paris rend hommage à l’artiste américain Jean-Michel Basquiat, jusqu’au 30 janvier. Une rétrospective constituée de plus de cent cinquante œuvres violentes et fragiles, colorées et macabres.

« Voir une couronne, c’est reconnaître la signature de Basquiat », pointe du doigt Dieter Buchhart, le commissaire de l’exposition consacrée à Jean-Michel Basquiat, l’une des figures emblématique de la génération des graffiteurs qui a brusquement émergé à New York à la fin des années 70. Avec cette couronne, il s’autoproclame roi de l’art. Le règne de ce jeune artiste américain d’origine portoricaine et haïtienne aura été court : il s’est brûlé les ailes et est décédé à 27 ans. Jusqu’au 30 janvier, le Musée d’art Moderne de Paris lui dédie une rétrospective unique.

Un autodidacte éclairé

Certaines œuvres de Jean-Michel Basquiat rappellent des dessins d’enfant. Son crayon volontairement hésitant trace des contours fébriles, des lettres en pagailles et parfois des gribouillis. « Lorsqu’il peignait, Basquiat dessinait avec un geste lent, calme et contrôlé, explique Dieter Buchhart en produisant un geste circulaire avec sa main. Il peignait en dansant ou assis par terre, sa main joue sur le tableau. Il écoutait du jazz, du bee-bop, du classique.
Basquiat pouvait travailler et retravailler sans cesse un tableau pendant des mois entiers. » Il écrivait « des mots dont personne n’a encore saisi le sens. Jean-Michel développait de nombreux langages dans ses toiles. Il jouait beaucoup. Il utilise un symbole et soudain le transforme en autre chose », poursuit Dieter Buchhart. « Il peignait vite. Mais l’intéressant ici, c’est la manière qu’il a de transformer ses tableaux, mois après mois ».
Basquiat se nourrissait des faits divers, de la rue, regardait  la télévisions afin d’y emmagasiner des images et des sujets pour ses prochains tableaux. « Il faut que j’aie des sources d’inspiration autour de moi », disait-t-il. C’était un incubateur de l’urbain.

Artiste engagé, méprisant le racisme et les préjugées, rejetant le capitalisme, abhorrant les médias et leurs mensonges, Jean-Michel Basquiat se sentait comme jeté sur le trottoir de la société américaine : « Je ne suis jamais allé en Afrique. Je suis un artiste qui a subi l’influence de son environnement new-yorkais. Mais je possède une mémoire culturelle. Je n’ai pas besoin de la chercher, elle existe. » Il affirmait ses racines caribéenne en peignant les héros afro-américains de la boxe et de la musique, Cassuis Clay et Mohamed Ali, Charlie Parker et Miles Davis.

De « SAMO » à « Man dies »

C’est en 1978 que les New-Yorkais le découvrent pour la première fois. Sur les murs en briques du quartier artiste de Soho des poèmes aussi énigmatiques que son auteur, siglés sous le copyright de SAMO (pour « Same Old Shit »), envahissent les rues du sud de Manhattan. Jean-Michel Basquiat a 20 ans et vient de s’enfuir pour la deuxième et dernière fois du foyer familiale de Brooklyn. Vagabond bohème, il s’est rasé la moitie du crâne afin qu’on ne le reconnaisse pas. Il dessine des cartes postales peintes à la main qu’il vend à la sauvette.
En 1981, il est remarqué par Annina Nosei, une célèbre marchande d’art de New York, lors de l’exposition « New York/NewWave ». Elle lui ouvre les portes de son atelier et de la reconnaissance artistique. Dans le sous-sol de la galerie, Basquiat enrichit son iconographie et compose des toiles aux couleurs intenses.
Pris sous l’aile du galériste suisse Bruno Bischofberger en 1982, il sillonne le monde entier. Jean-Michel Basquiat est au summum de sa gloire. Le maître du Pop art Andy Warhol introduit le jeune artiste dans les hautes sphères nocturnes. Il devient son mentor et entre 1984 et 1985 commence une collaboration importante entre ces deux artistes, qui posent en habits de boxeurs pour l’affiche d’une exposition. Vivement décriée par la presse, cette exposition « ratée » affecte profondément Basquiat qui s’éloigne de Warhol.
A la fin des années 80, il commence à prendre de l’héroïne pour répondre à l’appétit vorace des acheteurs. Sur une de ces « œuvres ultimes », on peut lire une formule répétée à l’infini, « Man dies » (« L’homme meurt »). Basquiat succombe d’une overdose le 12 août 1988, dans son loft de Great Jones Street.

Infos pratiques :

Exposition Basquiat, jusqu’au 30 janvier, au Musée d’Art moderne de la ville de Paris

Infos sur www.mam.paris.fr

Et aussi, jusqu’au 30 novembre, un ensemble inédit de 60 œuvres sur papier de Jean-Michel Basquiat présenté à l’hôtel Le Royal Monceau Raffles Paris qui vient tout juste de rouvrir ses portes. Du mardi au samedi de 11 heures à 22 heures (entrée libre)

The Radiant Child, film-documentaire réalisé par Tamra Davis, en salles actuellement.

 


Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related