Subscribe

Le dossier Bettencourt vire à l’affaire politique

La révélation d’écoutes pirates de conversations de Liliane Bettencourt vire à l’affaire politique, l’eurodéputée Eva Joly réclamant dimanche la démission du ministre du Travail, Eric Woerth, accusé d’être au courant d’une possible fraude fiscale de l’héritière de L’Oréal.

La divulgation depuis mercredi par le site Mediapart de ces enregistrements – réalisés clandestinement entre mai 2009 et mai 2010 – survient avant le procès du 1er au 6 juillet de l’artiste François-Marie Banier. Il est accusé par la fille de Mme Bettencourt, Françoise Bettencourt-Meyers, d’avoir profité de l’affaiblissement de sa mère octogénaire – l’une des femmes les plus riches du monde – pour obtenir près d’un milliard d’euros de dons.

Ces documents audio révèlent la fragilité de Mme Bettencourt mais suggèrent aussi des manoeuvres financières pour échapper au fisc, des immixtions de l’Elysée dans la procédure judiciaire et les relations entre la milliardaire et le couple Woerth.

En effet, certains enregistrements laissent entendre que M. Woerth et sa femme Florence étaient informés de soupçons de fraude fiscale dans la gestion de la fortune de Mme Bettencourt. Mme Woerth est chargée depuis 2007 d’une partie de la gestion du patrimoine Bettencourt, sous l’autorité du gestionnaire Patrice de Maistre.

Les documents audio révèlent que Mme Bettencourt détenait des comptes en Suisse et une île aux Seychelles non déclarés. Ce que le couple Woerth pouvait difficilement ignorer, selon Mediapart.

Dans un entretien accordé dimanche à Mediapart, l’eurodéputée Eva Joly (Europe Ecologie), ex-juge d’instruction financier, a estimé que M. Woerth devait démissionner. “Il n’est pas extraordinaire de demander à un ministre d’être irréprochable! (…) Dans une démocratie normale, la démission s’impose”, a-t-elle déclaré.

Déjà samedi, le député PS Arnaud Montebourg avait jugé que le maintien au gouvernement de M. Woerth “empêchera que la vérité éclate”. “Nous avons un ministre du Budget (portefeuille de M. Woerth de mai 2007 à mars 2010) en même temps trésorier de l’UMP, dont la femme travaille à organiser la fraude fiscale de Mme Bettencourt”, a-t-il accusé.

Eric Woerth a contre-attaqué dimanche. “Maintenant, trop c’est trop ! Mon épouse va porter plainte contre M. Montebourg (…) On ne peut pas dire n’importe quoi sur n’importe qui”, a-t-il fustigé au “Grand Rendez-vous” d’Europe 1-Le Parisien.

“Je ne connais pas les finances de Mme Bettencourt, je n’ai aucune information sur une quelconque évasion fiscale et je n’ai donné aucune instruction de quelque nature que ce soit à l’administration fiscale”, s’est-il défendu dans le Journal du Dimanche.

“Mon épouse travaille depuis trois ans dans la société qui gère les actifs de Mme Bettencourt. Elle est salariée et non pas dirigeante de cette société”, a précisé M. Woerth, ajoutant que “ça fait déjà plus d’un an qu’elle souhaite en partir, bien sûr qu’elle va en partir pour des raisons de mésentente personnelle”.

Le ministre du Travail, qui conduit la réforme des retraites, a reçu le soutien de sa collègue de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, elle-même citée dans les enregistrements pirates. Elle y a vu “une tentative de déstabilisation”.

Du côté de l’Elysée, le conseiller spécial Henri Guaino a déclaré qu’il n’imaginait “pas un seul instant” qu’Eric Woerth “ait pu commettre un acte répréhensible”. “En tout état de cause, que Mme Bettencourt possède ou non des comptes offshore et qu’elle fasse ou non de l’évasion fiscale, je ne vois pas en quoi cela concerne directement Eric Woerth”, a-t-il dit sur I-Télé.

 

Related