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Le duel Sarkozy-Villepin repart de plus belle

L’appel du parquet sur le jugement du procès Clearstream a relancé vendredi la guerre de tranchées entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin, lequel n’aura pas profité longtemps d’une relaxe qui donnait un peu d’air à ses ambitions politiques.

Immédiatement après l’annonce du procureur de Paris Jean-Claude Marin, Dominique de Villepin a dénoncé sur RMC/BFMTV une décision “politique” prouvant selon lui le choix du chef de l’Etat de “persévérer dans son acharnement” et “dans sa haine”, un message aussitôt relayé par ses partisans.

Plus tard sur Canal+, l’ex-Premier ministre a affûté ses attaques, en affirmant que la décision du parquet avait été “prise jeudi à l’Elysée”. “L’Elysée ne répond pas aux allégations mensongères”, a-t-on répliqué à la présidence.

Le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, a assuré, à Paris-Match.com, n’avoir eu “aucun” contact avec le parquet depuis le jugement rendu jeudi, ajoutant que le parquet n’était “absolument pas sous l’influence de Nicolas Sarkozy ou du ministère de la Justice !”

Même si le parquet est juridiquement fondé à faire appel – il avait défendu à l’audience la culpabilité de Dominique de Villepin – la décision est forcément “entachée d’arrière-pensée politique”, souligne l’analyste François Miquet-Marty.

“Dès hier l’Elysée mettait l’accent sur les attendus du jugement les plus durs pour Villepin, s’inscrivant dans l’idée que les juges n’étaient pas allés assez loin”, poursuit le directeur de Vivavoice, rappelant le lien de subordination du parquet à l’exécutif.

L’ambition politique, moteur du conflit

Au final, cette décision “renforce l’image d’un Villepin bouc-émissaire, le victimise encore plus”, dit-il. “Ca ne peut qu’attirer de la sympathie pour lui et le poser durablement en opposant à Nicolas Sarkozy”.

Stéphane Rozès (Cap) estime que le risque politique est partagé : “Oui la guerre est relancée par affaire judiciaire interposée, mais l’un et l’autre vont peut-être en pâtir”.

“Villepin avait tout intérêt à tourner la page de cette séquence où il se posait en victime pour tenter de se transformer en force de proposition dans la perspective de 2012. Quant à Sarkozy, tout indique qu’il faudrait qu’il cesse de se présenter comme un justiciable comme les autres”, pour prendre un peu de hauteur, détaille-t-il.

Une chose est certaine : la perspective d’un nouveau procès fin 2010 ou début 2011 prive Villepin d’une partie de ses forces pour tenter de transformer son “club” en véritable mouvement politique.

“Pour mener un combat présidentiel il faut un parti, de l’argent, des hommes. La base politique de Villepin, elle, est très faible”, souligne une source gouvernementale. Ce qui fait dire à un conseiller d’un poids lourd du gouvernement que la “guerre” qui a déchiré les deux hommes avant la présidentielle de 2007 ne pourrait pas avoir d’équivalent aujourd’hui.

“La vraie bagarre Sarkozy/Villepin a eu lieu quand l’un était ministre de l’Intérieur et chef de parti et l’autre Premier ministre. Aujourd’hui, Villepin n’est plus grand chose et l’autre est président de la République: la nouvelle bagarre va faire des papiers dans la presse et c’est tout”, ajoute-t-il.

Chez les sarkozystes, on fait d’ailleurs mine de ne pas croire à la possibilité d’un “retour” de Villepin sur le devant de la scène. “Tout ce qu’il a fait jusqu’à présent était dicté par son procès, pour porter le message: Sarkozy bâillonne la démocratie”, estimait la veille du jugement un ministre, qui n’y voyait qu’une “posture”.

Une façon de se rassurer face à un rival qui représente un grand danger pour Nicolas Sarkozy, veulent au contraire croire les défenseurs de Villepin. Comme Nicolas Dupont-Aignan (DLR) pour qui l’appel prouve que le président “a peur du combat politique et démocratique à la loyale”.

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