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Le festival de Cannes

Le Festival de Cannes fête cette année ses soixante printemps. Créée peu de temps avant la Seconde guerre mondiale pour faire pièce à la Mostra de Venise et à Mussolini, la première édition eut finalement lieu en 1947 sur une Côte retrouvant tout son « Azur ». Beaucoup d’étoiles ont brillé depuis au firmament de ce « 7e Art » qui semble depuis lors aussi inséparable des bords ensoleillés de la Méditerranée qu’il ne l’est des collines de Hollywood.

Sur la Croisette, les palmiers sont en or depuis belle lurette et la lumière qui brille autour des marches du Palais va bien au teint des stars. Les grands festivals aiment les anniversaires. Celui de Cannes, qui est incontestablement le plus grand festival de cinéma, les célèbre avec joie. Même si, pour citer Gilles Jacob, l’actuel président dévoilant mi-avril sous les lambris dans de l’hôtel Crillon, le programme des festivités de cette soixantième édition : « chaque anniversaire est à organiser contre les anniversaires précédents ». Cela s’appelle se renouveler. Il y a eu le dixième, le vingt-cinquième, le trentième, le quarantième, le cinquantième (c’était hier !). De quoi alimenter la nostalgie d’un fidèle festivalier. Et chacun de comparer ses souvenirs de cinéphiles.

Commençons par les premiers : en vrac, se bousculent les visions permanentées des vedettes françaises d’avant la Nouvelle Vague, souriant sous les flashs au magnésium : Michèle Morgan, Danielle Darrieux, Micheline Presle, Martine Carol, Françoise Arnoul, Jean Gabin, Gérard Philipe, Charles Vanel, Yves Montand… J’en oublie, mais la mémoire est sélective. Ce que je n’oublie pas, c’est cette vision – ce devait être un peu avant que Dieu et Roger Vadim ne créent la Femme – d’une jeune et pas encore célèbre Brigitte Bardot s’installant sagement à la terrasse du Blue Bar, sans que cela provoque l’émeute qui ne manquerait pas de se déchaîner aujourd’hui en pareilles circonstances s’il venait à l’idée de la moindre vedette de la Star Académie de faire de même. D’ailleurs, ce bar mythique, lieu de rencontre favori des festivals d’antan, a été prié depuis bien longtemps d’aller porter ailleurs ses pénates, cédant du même coup ses privilèges au bar du Majestic ou à celui du Martinez pour de longues années. Tout cela se passait avant l’invasion des caméras de télévision et l’arrivée des top-modèles. Les têtes d’affiche du cinéma international venaient en amies. Elles pouvaient, sans risquer d’être étouffées, lutiner une starlette sur la Plage Sportive, comme s’y risquait un Robert Mitchum concupiscent sous le regard complice d’une poignée de photographes ; ou encore, faire le trajet à pied entre le Carlton et l’ancien Palais des Festivals, comme je l’ai vu faire à Lana Turner, cheveux platine et organdi rose au vent, ou à Gina Lollobrigida, toute auréolée de renards blancs. Quelques gardes du corps suffisaient alors à ces gracieuses apparitions pour arriver à bon port et récolter au passage les applaudissements de leurs admirateurs. Il y a quelques années, lors de la dernière apparition de la toujours radieuse Liz Taylor en haut des marches du nouveau palais, plusieurs rangées de Gardes mobiles contenaient à grand’ peine les milliers de fans massés depuis des heures sur la Croisette. « Cannes » est devenu aujourd’hui, nous dit-on, le festival le plus médiatisé du monde. Qui s’en plaindrait ?

Mais le passé de Cannes, c’est aussi l’histoire du cinéma mondial de ces soixante dernières années. Le cinéphile peine à démêler l’écheveau du passé. Les palmarès se confondent dans la mémoire, les films se bousculent. Chacun a sa période favorite, son année favorite. Prenons, au hasard : l’année 1967. Le Festival a vingt ans. Cette année-là, Marguerite Duras, encore toute auréolée du succès d’Hiroshima, mon amour et de la Palme d’Or remportée six ans auparavant par Une aussi longue absence, le film d’Henri Colpi dont elle a écrit le scénario, suit la manifestation pour le compte de Radio Luxembourg. La Palme est décernée à Michelangelo Antonioni pour Blow-up, le Prix spécial du Jury à Joseph Losey pour Accident ; ce qui réjouit beaucoup notre reporter. C’est une année musclée : Robert Hossein présente J’ai tué Raspoutine, Alain Jessua Jeu de Massacre, le Brésilien Glauber Rocha Terre en transe et le Gouvernement algérien, Le Vent des Aurès de Mohamed Lakhdar-Hamina qui retrace les épisodes sanglants d’une guerre encore très présente dans les mémoires (le film se voit attribuer le prix de la Première Œuvre). L’Office catholique du Cinéma donne son prix à Mouchette, le chef-d’œuvre de Robert Bresson, et la musique d’Elvira Madigan, le film présenté par la Suède, est dans toutes les têtes lorsque les récompenses sont annoncées. Le président du jury, le metteur en scène italien Alessandro Blasseti est entouré de noms prestigieux : Shirley MacLaine, Vincente Minelli, Claude Lelouch, l’écrivain Georges Neveux, le Sénégalais Ousmane Sembene, ainsi que le Russe Serge Bondarchouk. L’envoyée de Radio Luxembourg peut noter avec satisfaction en conclusion de ses communiqués : « Il semble que la considération commerciale ait énormément reculé. Les jeunes cinéastes risquent maintenant le tout pour le tout, sans se préoccuper se savoir si leur audace ne va pas les empêcher de continuer. » Rassurez-vous, ils continueront ! Et la considération commerciale aussi, sans laquelle aucun festival ne peut ambitionner d’atteindre la soixantaine.

En cette même année 1967, un jeune Américain nommé Francis Ford Coppola reçoit les faveurs du Comité de sélection pour un film au titre prémonitoire : You are a big boy now. Il est en accord avec ses ambitions. L’année d’une certaine Apocalypse de retentissante mémoire n’est plus très loin. Mais entre temps, il faudra passer le cap de mai 68 où des jeunes gens en colère nommés Godard et Truffaut font stopper le Festival en cours de séance. Ce ne seront qu’orages passagers. Le calme revenu, Cannes continuera à servir de ferment et de consécration à plusieurs générations de metteurs en scène venus des horizons les plus divers, tout en sachant préserver les liens noués depuis le début avec le grand frère californien. A en juger par la sélection officielle de ce soixantième festival, cette tradition demeure bien vivante. Les fréres Cohen, Gus Van Sant, Steven Soderbergh, David Fincher, Quentin Tarentino, Julian Schnabel, Michael Moore… Les Américains seront en force sur la Croisette pour fêter un anniversaire qui s’annonce riche en surprises. « J’appartiens à une génération de cinéphiles pour laquelle aimer le cinéma veux dire aimer le cinéma américain » déclarait Thierry Frémeaux, le Délégué artistique du Festival de Cannes en présentant les choix de 2007 à la presse. « Nous voulons montrer, ajoutait-il optimiste, que celui-ci est plein d’énergie et qu’il est en train de se régénérer ». Signe des temps : le film battant pavillon U.S. auquel est revenu l’honneur d’ouvrir les festivités le 16 mai, est l’œuvre d’un des grands noms du cinéma extrême-oriental, le Chinois Wong Kar-wai qui signe avec My Blueberry Night sa première réalisation en langue anglaise. Ce n’est pas inconnu sur la Croisette.

Grâce à TV5Monde, les téléspectateurs américains qui sont abonnés pourront assister en direct sur leur écran à la soirée d’ouverture du Festival le 16 mai, ainsi qu’à la soirée de clôture le 27 mai. Le 16 mai les arrivées sur le tapis rouge commenceront à 12 : 45 pm EST . En main TV5Monde présentera des films primés à Cannes notamment La Dentellière (1977), Peindre ou Faire l’amour (2005), La Raison du plus faible, Nouvelle Chance, Ça brûle (2006)

INFOS

60ème Festival de Cannes

Palais des festivals – Cannes

16-27 mai 2007

Sélection complète, archives, et informations

www.festival-cannes.org

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