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Le festival éphémère

Tous les ans à la fin du mois d’août, à Black Rock City, au cœur du désert du Nevada, se déroule un événement unique en son genre, le célèbre festival Burning Man. Très souvent associé à la débauche et à la drogue, Burning Man est pourtant une expérience artistique d’une incroyable richesse. Dans Voyage in Utopia, le réalisateur français Laurent Le Gall dresse le portrait fascinant de David Best, l’un des artistes les plus connus de Burning Man.

Quand Laurent le Gall entre dans la pièce, on est frappé par son énergie bouillonnante et son enthousiasme. Il ne s’assied même pas, discute avec tout le monde et très vite embraye sur Burning Man. Laurent vient tout juste de rentrer de Black Rock City, comme son teint hâlé en témoigne, mais il n’a pas pour autant l’air d’être fatigué. Sans plus pouvoir s’arrêter, il nous raconte d’une voix forte ses impressions sur Burning Man où il s’est rendu pour la 6e année consécutive. En 2002 Laurent, qui habite depuis déjà trois ans en Californie n’a jamais entendu parler de Burning Man. Il tombe par hasard sur un article décrivant le festival et est immédiatement intrigué. “Le côté éphémère de l’événement m’a tout de suite plu: une semaine dédiée à l’art où tout disparaît à la fin, c’était du jamais vu.

Quand Laurent arrive à Black Rock City, ville qui naît et s’évanouit à chaque Burning Man, c’est un choc. “La nature est impressionnante: pas un pouce d’ombre, seulement une vaste pleine de sable entourée de montagnes; j’avais l’impression d’être sur une autre planète.” Les premiers jours, Laurent est incapable de filmer la moindre image. “Je ne savais pas par où commencer, comment montrer à la fois la démesure et le détail minuscule. L’incroyable énergie déployée et la créativité omniprésente qui déclenche une palette d’émotions.” L’un des lieux les plus extraordinaires de Burning Man est un temple construit de toutes pièces pour l’événement où chaque “burner”, comme on appelle les participants de Burning Man, peut aller déposer ses fardeaux, inscrire sur les murs de l’édifice un mot ou une phrase dédiée “aux êtres chers”. Le dernier jour du festival, le temple est entièrement brûlé. Laurent rencontre alors David Best, l’homme qui a conçu le temple; le réalisateur français sait qu’il a désormais trouvé le fil directeur de son documentaire. “David Best est un peu le mentor du festival; c’est un personnage au charisme incroyable.

Le film Voyage in Utopia suit donc la construction du temple, de la recherche des matériaux de construction dans les décharges, à la mise en place finale de l’œuvre au milieu du désert, jusqu’ à son écroulement dans un nuage de flammes. Pendant des mois, David Best aidé de toute une équipe de bénévoles fascinés par ce génie créateur aux yeux bleus intenses et à la barbe blanche, conçoit le temple et choisit les supports avec lesquels il va travailler. Il faut ensuite transporter l’édifice en pièces détachées jusqu’à Black Rock City et le monter à l’aide de grues et de poulies. À travers le personnage de David Best, Laurent Le Gall parvient à capturer la magie et le mystère de Burning Man. La caméra suit avec finesse l’histoire de ce couple de Français dont la femme a décidé de venir déposer dans le temple les cendres de sa mère décédée dix ans plus tôt. “J’ai voulu montrer dans ce film que Burning Man est un véritable voyage initiatique. La première fois que l’on y va, on reçoit toujours une grande gifle, tant l’expérience est surprenante“, explique Laurent le Gall. Le documentaire met aussi en avant le foisonnement artistique du festival. Autour du temple, sur la Playa, le principal lieu d’exposition artistique, le spectateur voit défiler des chars exubérants, poisson géant ou immense cheval de métal. “Le festival Burning Man est une grande rencontre musicale et bariolée jusqu’à l’indescriptible. Au-delà de l’événement aussi extraordinaire soit il, le documentaire tente de passer de l’autre côté du miroir et d’analyser le phénomène artistique qu’il est devenu, avec ses codes sociologiques et anthropologiques.

Voyage in Utopia est un hymne à l’art désintéressé, à l’économie du don dans sa pureté originelle. “Rien ne s’achète à Burning Man. Les gens n’y vont pas pour vendre leur œuvre. D’ailleurs aucune pièce n’est signée, l’art appartient à tout le monde.” Au cours du film, aucune allusion n’est faite à ce pour quoi le festival est tristement célèbre, la drogue et la “défonce”. “Il faut sortir des clichés de Burning Man selon lesquels l’événement est une zone de non droit, le règne de l’anarchie et de la liberté absolue“, explique Laurent. “Black Rock City est régie par les lois fédérales du Nevada. Et quand vous vous rendez là bas, vous réalisez très rapidement qu’il n’est pas possible d’être anarchique en communauté. 50 000 personnes rassemblées dans un même endroit nécessitent des règles et une logistique précises.

Je ne prétends pas avoir fait LE film sur Burning Man“, termine Laurent Le Gall avec modestie. “Il y a 50 000 façons de vivre le festival et donc 50 000 façons de raconter ce grand moment. Rien ne remplacera jamais l’expérience réelle de Burning Man. Le film est en chacun.

 

Le DVD “Voyage in Utopia” est disponible sur Internet :
http://www.freerunpictures.com/fr/burningman/accueil.htm

Projection du film dans la galerie de l’artiste Alex Grey à New York le vendredi 26 septembre.
Galerie Microcosme
540 West 27th Street
540 W.27th Street (between 10th and 11th Ave).
New York City, NY 10001

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