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Le festival Ghett’out pour un cinéma plus près de la réalité

Dans le cadre de la première édition du festival de cinéma Ghett’out, la Maison Française de Columbia University a organisé mercredi une table ronde de réalisateurs qui ont évoqué leur travail et la situation politique de la création en France.

Des courts-métrages engagés et français, diffusés à Boston et à New York. Surprenant ? “On veut dire quelque chose, partout où on peut le dire”, rétorque Alain Kassanda, poète, musicien et programmateur au cinéma Les 39 marches, à Sevran (Seine-Saint-Denis), qui vient d’organiser la première édition de Ghett’out, festival de cinéma indépendant français.

L’événement bénéficie d’un parrain prestigieux : l’Américain Charles Burnett, qui présente les réalisateurs français Sylvain George et Soufiane Adel : “Il y a une vraie humanité dans leur travail, sans compromis. Ils ne font pas de raccourcis comme dans les films américains, ils montrent les vrais gens. On aimerait voir ça plus souvent”, a commenté le réalisateur connu pour Killer of sheep.

Sylvain George lui renvoie la balle : “Les cinéastes comme Charles Burnett ou Soufiane Adel, que je découvre, qui allient approches politique et poétique, qui prennent position tout en développant un travail artistique, ne sont pas très nombreux. C’est intéressant de se rencontrer, parce qu’il faut créer des alliances.” Le dernier long-métrage du réalisateur, Qu’ils reposent en révolte (sorti en salles en novembre) est le résultat de trois années passées à observer les migrants à Calais, dans le Nord de la France.

“Le cinéma sert à recréer la réalité”

Pour l’ensemble des participants au festival, le problème du cinéma actuel repose dans la représentation de classes sociales stigmatisées, dans les projections d’une classe dominante sur une classe dominée. Sylvain George, qui a fait des études de philosophie et qui était assistant social avant de venir au cinéma en 2004, souhaite “briser ces représentations”.

Soufiane Adel a lui fait des études de création industrielle à Paris et s’est finalement lancé dans le cinéma “pour rendre les choses visibles”. Son travail porte essentiellement sur la famille, la tradition, la religion… dans des courts-métrages autobiographiques, où ses parents et ses frères jouent leur propre rôle. Pour Alain Kassanda, “le cinéma sert à recréer la réalité”. “Quand je regarde un film, je ne reconnais que très rarement la société qui m’entoure. Il faut montrer des hommes et des femmes ordinaires, pour changer la vision que les gens ont du monde.”

Mais ce cinéma marginal est loin de convenir aux standards hollywoodiens. Les réalisateurs déplorent la frilosité du système de production et diffusion français : “On rencontre des résistances quand on porte un regard politique sur un sujet”, selon Sylvain George. Mais pour autant, il n’envisage pas de faire autre chose : “On n’a qu’une seule vie, il n’y a pas de temps à perdre. Je veux faire un film que je rêve de voir, je ne ferai pas de compromis. Et si ça ne marche pas, au moins j’aurais essayé.”

 

Soufiane Adel, Kamel s’est suicidé six foix, son grand-père est mort (2007, 9 mn), Nuits closes (2004, 12 mn)

Sylvain George, Ils nous tueront tous (2009, 10 mn), Qu’ils reposent en révolte (2010, 154 mn)

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