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Le fiasco olympique

Alors que la flamme olympique a quitté Paris pour San Francisco, les violents incidents de lundi suscitent des interrogations sur la suite du parcours.

Les manifestants pro-Tibétains n’ont pas raté leur rendez-vous lundi avec les organisateurs chinois des Jeux Olympiques 2008. Des “dizaines de milliers” de manifestants, selon la préfecture, ont pris d’assaut les principaux lieux de passage de la flamme, dont la Tour Eiffel et la Mairie de Paris, perturbant la cérémonie, qui a finalement été interrompue avant son terme.

Malgré une très forte présence policière, entourant les porteurs de la flamme, les organisateurs chinois, harcelés par les militants depuis le départ de la Tour Eiffel à la mi-journée, ont jeté l’éponge. Ils ont décidé d’annuler les derniers relais et de convoyer la flamme en bus jusqu’à son lieu d’arrivée, le stade Charléty, dans le sud de la capitale.

Une quarantaine de députés, tous bords confondus, ceints de leur écharpe tricolore, s’étaient rassemblés devant le bâtiment dans le jardin donnant sur le pont de la Concorde. Tous ont scandé “Liberté pour le Tibet”, avant d’entonner la Marseillaise au moment du passage du bus abritant la flamme.

Dans trois lieux symboliques, sur la Tour Eiffel, sur les Champs-Elysées et sur la façade de Notre-Dame de Paris, les militants de Reporters sans frontières (RSF) ont réussi à déployer leur banderole.

Geneviève, militante pro-Tibet, était présente sur la Place de l’hôtel de ville: “Quand je suis arrivée à 13h30, il y avait peu de monde, puis on a vu arriver des Chinois avec des drapeaux chinois et français, qui se sont disposés juste derrière les barrières. Nous avions des drapeaux tibétains, et aussi des T-Shirts de RSF, et les policiers français ont commencé à nous repousser. Comme on ne partait pas ils nous ont arraché les drapeaux. Nous avons protesté, et crié, mais rien n’y a fait. Nous avons été très choqués de voir des policiers français bafouer les droits de l’homme et la liberté d’expression.”

Dans la panique en effet, et sans doute sous la pression des organisateurs chinois omniprésents, les forces de l’ordre sont intervenues de façon brutale et parfois injustifiée, selon le images et les témoignages, s’en prenant sans discernement aux manifestants et aux journalistes. Un caméraman de France 2 a été blessé après avoir été frappé par les forces de l’ordre. 18 personnes ont été mises en garde à vue, puis relâchées en fin de journée.

La ministre de l’Intérieur Michèle, Alliot-Marie a déclaré qu’aucune instruction de confisquer ces drapeaux n’avait été donnée et qu’elle avait demandé “une enquête administrative interne pour savoir dans quelles conditions cela s’est passé”.

Ensuite des Chinois sont venus se battre avec les manifestants“, témoigne Geneviève, “donc les policiers ont encerclé les manifestants pro-Tibet pendant deux heures, soi-disant pour les protéger“. La cérémonie prévue devant l’Hôtel de Ville, où Bertrand Delanoë attendait le cortège, a été annulée à la demande des officiels chinois, alors que des élus venaient de déployer sur la façade une banderole de l’association Reporters sans frontières (RSF) montrant des menottes figurant les anneaux olympiques, ainsi qu’un drapeau tibétain.

Nicolas Sarkozy a réagi mardi à Cahors, en déclarant qu’il déterminerait les “conditions” de la participation de Paris à la cérémonie d’ouverture “en fonction de la reprise” du dialogue entre la Chine et le Dalaï Lama.

La flamme olympique a quitté la France lundi soir à destination de San Francisco où trois militants pro-Tibet, avant son arrivée, ont escaladé des haubans du célèbre pont du Golden Gate. Ils ont déployé, une fois hissés à bonne hauteur, un drapeau tibétain et une banderole disant “one world, one dream, free Tibet” (un monde, un rêve, libérer le Tibet). L’itinéraire de la flamme dans la métropole californienne a été raccourci, et la ville s’apprête à déployer des mesures de sécurité inédites.

Lundi, le président du Comité international olympique (CIO) Jacques Rogge a appelé à Pékin à chercher une résolution pacifique à la crise au Tibet et condamné l’usage de la violence. “Quelle que soit la raison, la violence n’est pas compatible avec les valeurs de la flamme olympique ou des jeux Olympiques“, a affirmé M. Rogge, qui doit présider dans la capitale chinoise à partir de mercredi la commission exécutive du CIO. Il a aussi annoncé mardi qu’il allait “discuter du parcours de la flamme olympique“, le plus ambitieux de l’histoire des JO avec un périple de 137 000 kilomètres parcourant 19 pays plus la Chine. “Ne pas le faire serait incompréhensible”, a-t-il dit. Le débat aura lieu dans la semaine à Pékin.

 

Voir aussi…
La torche fantôme, la flamme que personne n’a vue à San Francisco

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