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Le fils de l’autre, un conte sur le vivre ensemble israélo-palestinien

Le fils de l’autre, film de la Française Lorraine Lévy, sort en salles vendredi 26 octobre aux Etats-Unis. Il met en scène le bouleversement de deux familles, l’une israélienne et l’autre palestinienne de Cisjordanie, qui découvrent que leurs fils ont été échangés à la naissance. Sans discours politique, la réalisatrice veut un film porteur d’espoir.

La comparaison avec La vie est un long fleuve tranquille est inévitable. Alors qu’il est en âge de faire son service militaire, le jeune Joseph (Jules Sitruk), en Israël, découvre qu’il n’est pas le fils de ses parents. Il a été échangé à la naissance avec un autre enfant, Yacine (le beau Medhi Dehbi), qui vit, lui, en Palestine. Mais les ressemblances avec la comédie d’Etienne Chatiliez, – le classique échange d’enfants qui viennent de deux mondes opposés -, s’arrêtent là.

Le contexte géopolitique choisi par Lorraine Lévy emmène sur un tout autre terrain. “Je ne suis pas dans le jugement”, précise la réalisatrice. “Mon film a un caractère idéologique. Il parle de rapprochement, d’ouverture.” En effet, très rapidement, les familles de Joseph et Yacine apprennent à se connaître. Si les pères (Pascal Elbé et Khalifa Natour) sont d’abord réfractaires, les mères (Emmanuelle Devos et Areen Omari) font tout pour favoriser une bonne entente et la formation d’un lien. “Les mères sont plus dans le charnel, le viscéral que les pères. Pour eux, c’est comme s’ils avaient perdu un fils. Pour elles, comme si elles en avaient un en plus”, commente Lorraine Lévy, qui souligne l’amour porté par les femmes à chacun des deux garçons.

“Un film d’émotion”

Les adolescents eux aussi optent vite pour l’amitié. Yacine traverse la frontière pour aller vendre des glaces sur la plage avec Joseph et découvre ce qui se passe de l’autre côté du mur. Chaque traversée est accompagnée de commentaires critiques des militaires aux check points, et de regards désobligeants voire agressifs, pour l’un comme pour l’autre. Ils se trouvent ainsi sur un pied d’égalité face au conflit.

“J’ai rencontré la jeunesse de part et d’autre du mur”, raconte la réalisatrice, “et elle disait la même chose : on en a assez !” Avec une équipe de tournage qui comptait à la fois des juifs israéliens et des arabes palestiniens, Lorraine Lévy a fait beaucoup de terrain : “le scénario n’a cessé d’évoluer avec ce que je voyais sur place, ce qu’on me racontait. Je voulais faire un film d’émotion plus que politique.”

S’il est indéniablement délicat de prendre le conflit israléo-palestinien pour cadre sans toucher du tout aux revendications qu’il implique, Lorraine Lévy réussit à faire un film “positif” en détournant la problématique vers le débat qui oppose nature et culture. “Est-ce que je suis toujours juif ?”, interroge Joseph, qui est l’un des meilleurs élèves de son rabbin et a toujours respecté la tradition. Mais la loi est intransigeante. Devant cette injustice, Joseph s’insurge : “Qu’est-ce qui a changé ?” De l’autre côté, c’est le frère de Yacine, Bilal, qui se fait porteur de la discrimination, en estimant avoir été trahi. Or, Yacine lui rétorque : “je suis qui je veux”.

Sur ce point, Lorraine Lévy se dédouane : “je n’ai pas de réponse. Je pose un maximum de questions et laisse les spectateurs se faire leur propre sentiment.” Elle préconise néanmoins “la découverte de l’autre au-delà des préjugés”. “Y a-t-il une naïveté à être optimiste ? Peut-être”, remarque la réalisatrice. “Mais tout dans le film – sauf peut-être la fin – est plausible. La fiction s’empare de la réalité et va plus loin.”

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