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Le français à bon port à Norfolk

En arrivant il y a douze ans à Norfolk, en Virginie, Peter Schulman, écrivain, traducteur et professeur de français à l’Old Dominion University a trouvé, à sa grande surprise, un cadre épanouissant pour nourrir son amour de la langue de Jules Verne, dont il est un spécialiste.

« C’est comme à Brest ! », s’exclame Peter Schulman dans son bureau désordonné de l’Old Dominion University à Norfolk en Virginie, où il enseigne le français et d’où, aujourd’hui, il regarde tomber la pluie. L’universitaire ne fait d’ailleurs pas seulement référence au climat de Norfolk, il pense aussi à sa géographie urbaine, puisque cette ville portuaire de la côte Est des États-Unis abrite, comme la capitale du Finistère, une base navale. Pourtant, c’est avec Toulon que Norfolk est jumelée…

Peter Schulman avoue volontiers que lorsqu’il est arrivé pour prendre son poste, il y a plus de douze ans, il n’avait qu’une idée en tête : repartir… « Mais cette ville de marins, morne, s’est embellie au fil des ans, en même temps que l’université se dynamisait. J’y suis bien maintenant », constate-t-il, encore surpris.

Le département de français de l’université, l’Alliance française locale, les entreprises françaises implantées dans la région et même la présence d’officiers français dans la base de l’Otan (le responsable du commandement allié en charge de la transformation de l’Alliance à Norfolk est un amiral français), sont autant d’éléments qui ont contribué, selon Peter Schulman, à former une communauté francophile et francophone forte. Les exploits du Comte de Rochambeau et du Marquis de La Fayette sur les champs de bataille voisins de Yorktown ou Chesapeake, pendant la Guerre d’Indépendance américaine, ont apporté l’indispensable caution historique au phénomène. « D’ailleurs, précise le professeur, il a même été question à une époque de construire un lycée français… Mais cela ne s’est pas fait, faute de fonds. »

C’est justement pendant sa scolarité dans un lycée français, celui de New York, que Peter Schulman a développé sa passion pour la France. « Mes parents qui ne parlaient pourtant pas français m’y ont inscrit parce qu’ils pensaient voyager et pouvaient compter sur le réseau de lycées français dans le monde… », explique-t-il avant d’ajouter en riant : « Je leur en suis incroyablement reconnaissant. »

Ce choix semble en effet avoir été pour lui déterminant : l’étape suivante, des études à Paris – une maîtrise sur Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier et une thèse sur les eccentriques dans la littérature française qui se révèlera la base d’un livre, The Sunday fiction : the Modern French Eccentriques (2002, Purdue University Press) – il en parle comme d’un rêve devenu réalité.

Depuis, entre deux cours, il enchaîne les traductions, notamment de poésie, un exercice fascinant pour ce disciple du mot juste. Il a également écrit en collaboration avec Mischa Zabotin, un recueil d’entretiens avec des personnalités françaises (Le dernier livre du siècle, 2004, éd. Romillat). Parmi elles, Marie Darrieussecq qui était présente au récent Festival of New French Writing à New York University. Peter Schulman, attentif dans le public, l’a trouvée tour à tour profonde et terre-à-terre, toujours drôle. Il en a profité pour lui demander l’autorisation de traduire un petit texte signé d’elle et intitulé Précision sur les vagues (P.O.L.).

Il fait aussi la chasse aux trésors dans une pile de textes écrits par son père, Arnold Schulman, un scénariste deux fois nominés aux Oscars (pour Love with the Proper Stranger, 1963 et Good Bye Columbus) qui a collaboré avec Francis Ford Coppola sur le film Tucker (1988). Une de ses pièces, Lost, sera d’ailleurs à l’affiche du Looking Glass Theater à Manhattan en mai prochain. Peter Schulman est en train de traduire Lost en français et espère bien la faire monter en France. « Mon père est un vieux monsieur maintenant et j’aimerais bien lui offrir ce cadeau. »

Actuellement en congé sabbatique de six mois, accordé et subventionné par l’université, il est censé écrire et faire publier « quelque chose sur les célibataires dans la littérature française » mais il rechigne à la tâche : « un sujet trop proche de mon propre statut… », plaisante-t-il. Il se demande surtout pourquoi il n’a pas saisi cette occasion pour faire une demande de bourse et passer un an à Paris. Il pourra se consoler dans les salles obscures, à l’abri de la pluie, en allant faire un tour, à la fin du mois,  au festival du film français de Richmond

 

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