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Le Français, nouvelle cible privilégiée des preneurs d’otages dans le monde

Avec quinze otages en Afrique, la France est passée devant les Etats-Unis en nombre de ressortissants enlevés et se retrouve en première ligne dans l’exposition au risque de rapts par des islamistes radicaux, une vulnérabilité accrue par son cavalier seul militaire au Mali.

Avec l’enlèvement d’une famille de sept personnes, dont quatre enfants, dans le nord du Cameroun, c’est un casse-tête de plus pour les autorités françaises, déjà à la peine pour libérer les otages français dans la bande sahélo-saharienne, notamment les six détenus par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Longtemps, les Américains, champions de l’impérialisme et de l’interventionnisme aux yeux des groupes radicaux, ont été la cible préférée des preneurs d’otages, notamment au Proche-Orient, en Afghanistan et au Pakistan. Mais avec neuf otages, contre quinze pour la France, les Etats-Unis cèdent le triste titre de pays occidental le plus visé par les rapts dans le monde.

L’attrait exercé par l'”otage” français ne date pas du début de la guerre au Mali. Mais les appels lancés par des groupes jihadistes à frapper la France “en son coeur” faisaient craindre une recrudescence des enlèvements au Sahel, où le kidnapping est devenu un business à grande échelle, permettant à des groupes criminels ou jihadistes d’exercer des pressions mais également de se financer. Enlevée dans l’extrême nord du Cameroun, la famille française a été emmenée au Nigeria, selon Yaounde. Ce pays abrite la secte islamiste Boko Haram et le mouvement radical Ansaru. L’exécutif français, le président François Hollande en tête, a évoqué dès mardi la possible implication de Boko Haram.

Fin janvier, le Consulat général de France au Nigeria avait affirmé avoir reçu des menaces directes par “des groupes terroristes nigérians” en représailles de la guerre française au Mali lancée le 11 janvier. Mais les autorités françaises n’avaient pas précisé de quel groupe émanait la menace. Quelques semaines plus tôt, des islamistes d’Ansaru avaient kidnappé un Français dans le nord du Nigeria, justifiant ce rapt par le rôle de la France dans la préparation de l’intervention militaire au Mali.

Dans sa revendication, le groupe Ansaru invoque “des transgressions et des atrocités commises envers la religion d’Allah (…) par les pays européens dans plusieurs endroits dont l’Afghanistan et le Mali”.

Gérer deux fronts et 15 otages à la fois ?

Pour retrouver ses otages, la France s’appuie sur son service d’espionnage à l’étranger (la DGSE) et sur l’armée française. Le déploiement en début de semaine de forces spéciales françaises dans le massif des Ifoghas, dans le nord du Mali, vise justement à retrouver les éventuels otages qui s’y trouveraient tout en neutralisant les groupes islamistes armés. Mais alors que la France est encore présente en Afghanistan et qu’elle a mobilisé 4 000 soldats au Mali, la question de ses capacités se pose: la France peut-elle être sur deux théâtres d’opérations et récupérer dans le même temps 15 otages ?

Cité mercredi par le New York Times, le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian regrette le faible équipement des armées dans certains domaines. “La France n’a que deux drones” (avions sans pilote). “Un pays avec des compétences aéronautiques, qui fait de bons avions et n’a pas anticipé à quoi ressembleraient la surveillance et le renseignement demain !”, s’insurge-t-il, en dénonçant une situation “incompréhensible”. De nouveaux investissements “me semblent inévitable, comme dans le renseignement et les forces spéciales”, ajoute le ministre.

Pour certains observateurs, la France aurait été d’autant plus visée ces dernières années qu’elle a payé parfois dans le passé des rançons pour la libération d’otages. Le nouvel exécutif socialiste de François Hollande y est réticent, jugeant que les rançons nourrissent le terrorisme et la poursuite des rapts.

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