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Le français s’accroche dans le public

Malgré l’augmentation du nombre de classes d’immersion de français dans les écoles publiques américaines, l’espagnol ou le chinois sont souvent choisis en priorité comme première langue étrangère.

Brooke Prestano est follement amoureuse de la France. Comme elle le répète avec nostalgie, ce pays lui a appris à prendre le temps de vivre. Et du temps, elle en consacre avec passion à ses élèves du collège de Kings Park à Long Island. Alors, quand le principal la convoque en mars dernier pour lui annoncer la suppression de son cours de français du 7th grade (niveau 5e) après dix ans d’enseignement, elle est assommée.

« C’est triste, je ne pensais pas que cela arriverait », livre-t-elle. « J’ai tout de suite pensé aux liens entre les États-Unis et la France. C’est une catastrophe car j’aimerais faire réaliser aux jeunes Américains combien ils peuvent apprendre sur la vie, la mode, l’histoire, la cuisine, le cinéma, les BD en s’intéressant au français. Je suis très affectée. »

Néanmoins, l’enseignante de cette paisible ville de Long Island ne perd pas espoir et compte bien se battre pour que « le français fasse son come-back ». Et ce grâce à l’action de l‘American Association of Teachers of French (AATF), qui a pour but de préserver les programmes de français. La présidente, Marie-Christine Kopp estime que « si les cours de français se laissent vivre, ils seront éliminés ». Elle poursuit : « Il faut faire le maximum pour offrir des programmes intéressants et modernes, proposer des activités particulières, des clubs de langue ou des échanges en France. Les élèves suivront. »

Un discours que Brooke Prestano semble adopter à la lettre en proposant à ses élèves de nombreuses « mises en scène d’expériences de vie ». Et pour rassurer sur sa motivation elle ose affirmer fermement que « le français n’est pas mort ».

Même si le nombre de classes d’immersion de français augmente de 10 % chaque année, cette langue « culturelle » est moins en vogue aux États-Unis. Brooke Prestano s’est vu « confisquer » une de ses classes, une autre a encore été récemment supprimée à North Babylon (Long Island), et certains parents éprouvent des difficultés à trouver pour leurs enfants un cours de français dans les écoles publiques. En effet, conscients de l’importance de la maîtrise de l’espagnol ou du mandarin dans le futur milieu professionnel de leurs enfants, les parents leur conseillent de plus en plus l’apprentissage de ces langues. « Ils se disent que, si leur enfant doit pouvoir travailler dans n’importe quel business, ce serait mieux d’apprendre l’espagnol », explique Sarah Jourdain, directrice du programme de formation des profs de langues étrangères à l’université de Stony Brook. Un phénomène appuyé par le gouvernement chinois, par exemple, qui n’hésite pas à offrir aux États-Unis des professeurs rémunérés par ses soins.

La conjoncture économique est également une raison évoquée pour expliquer la suppression de classes de français. De plus, rappelle Marie-Christine Kopp, très peu d’États exigent une deuxième langue obligatoire en high school. La présidente de l’AATF ne cède pas pour autant au défaitisme. « L’American Council on the Teaching of Foreign Languages mène chaque année une enquête pour savoir quelle est la langue la plus populaire. En 2008, le français a obtenu la première place dans les high schools. »

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