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Le funambule de Cincinnati

Jean Mehdi Grangeon, peintre français installé à Cincinnati, aime revenir à New York, où il a longtemps habité et dont il adore « la terrible énergie ». L’artiste maintenant représenté par la galerie Artemisia entame une nouvelle phase de sa carrière dont la prochaine étape est The Affordable Art Fair à Londres.

Jean Mehdi Grangeon choisit soigneusement ses mots pour évoquer Cincinnati, la ville de l’Ohio où il habite avec sa famille depuis plus d’un an et demi… Mais le constat est sans appel. Pour ce Français qui « adore la terrible énergie de New York qui peut te propulser ou t’écraser », son nouvel environnement n’est pas aussi… « stimulant ». D’abord, ça manque de métro… Une source d’inspiration primordiale pour l’artiste qui jette un coup d’œil avide aux rues encombrées de Manhattan. « J’adore le métro. Les gens sont les uns sur les autres, se touchent et malgré ce contact, il n’y a que des individualités… » Épaté par l’inventivité du street art, le Français respire visiblement mieux au milieu du bruit et de la fureur, des tags et des taxis jaunes… Mais désormais il n’est plus que de passage…
Paradoxalement, c’est alors qu’il s’éloigne de ces sources d’inspiration que sa carrière connaît une accéleration. « Je vais commencer la tournée des galeries, expliquait-il au printemps dernier alors qu’il se préparait à exposer à The Affordable Art Fair de New York, représenté par Artemisia, la galerie d’une autre Française, Christine Jeanquier. Toujours avec Artemisia il participera à l’édition londonienne de The Affordable Art Fair en automne.

Les galeries, il avait pourtant laissé tomber après une première expérience décevante il y a quelques années. « Lorsque je suis arrivé à New York, j’ai tout de suite collaboré avec une grosse galerie. Les tableaux étaient vendus très chers, se souvient-il. Je n’étais pas prêt pour ce niveau-là. Il fallait enchaîner pour faire du volume », poursuit-il. « Moi, j’aime les artistes qui ne font pas de concessions. Et les galeries, au contraire, t’y poussent… » Cette intrusion de l’argent dans un « boulot où  justement il y a beaucoup de souffrance et pas beaucoup de sécurité » continue visiblement de le mettre mal à l’aise, mais avec Artemesia, Jean Medhi Grangeon pense avoir trouvé le bon équilibre entre exigence créatrice et valeur marchande. La série d’une douzaine de « rouges » qu’il a présentée à la dernière édition de The Affordable Art Fair de New York en mai « a bien marché », glisse-t-il.

Ces expositions sont aussi pour lui autant d’occasions d’aller à la rencontre du public après de longues périodes de recherches et de travail, en solitaire, dans son atelier. Des échanges qu’il apprécie. « Je crois que ce que le public cherche et trouve dans notre travail, c’est la prise de risque de l’artiste. Nous sommes des funambules… Et je crois que les gens respectent cela. » 
Et Jean Medhi Grangeon sait de quoi il parle, puisqu’il a, un jour, lâché un « vrai » métier, chercheur dans un laboratoire pharmaceutique à Paris. Une routine qui loin de le rassurer, l’étouffait. Grâce à son épouse Géraldine, également scientifique, qui devait faire un post-doctorat  à New York, il a pu « prendre l’air » en pleine jungle urbaine, trouver son rythme et son message. Ses derniers travaux sont, explique-t-il, une dénonciation de « l’image utilisée comme armes par les companies privées ou les politiques pour asseoir leur influence ». « La culture publicitaire l’inspire, écrit Christiane Jeanquier en commentant dans un e-mail les œuvres de Jean Medhi Grangeon dernièrement exposées à New York. Et il utilise sans tabou tous les nouveaux outils : l’ordinateur, la photographie, les photocopies, les collages, les logos,  pour créer des images au graphisme séduisant, coloré mais qui délivre un message sur l’instabilité d’un monde berné par de fausses images, créées par les besoins d’un marketing triomphant. »

En attendant l’exposition de Londres le 21 octobre  à Battersea Park, Jean Mehdi Grangeon essaie de retrouver à Cincinnati, où sa femme a trouvé un poste, les conditions de la création, sans quelques-uns de ses repères vitaux, comme les signaux MTA ou les… bibliothèques de Manhattan. « Vous êtes déjà allé  à la bibliothèque de Bryant Park ? C’est extraordinaire. Je vais au département art et j’y reste  trois jours ! »

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