Subscribe

Le gouvernement monte le ton face à la “mafia” corse

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a déploré jeudi que la “mafia soit à l’oeuvre en Corse”, après l’assassinat du président de la Chambre de commerce et d’industrie à Ajaccio, où se sont rendus les ministres de l’Intérieur et de la Justice, Manuel Valls et Christiane Taubira.

M. Ayrault a dit à Berlin sa “grande préoccupation, sa grande indignation après ce qui s’est passé, un nouvel assassinat”. Selon lui, “ça veut dire que la mafia est à l’oeuvre en Corse”. “Il faut à tout prix mettre en oeuvre les décisions que le gouvernement a prises il y a quelques semaines”, a-t-il ajouté. “C’est pour ça que j’ai demandé au ministre de l’Intérieur et à la garde des Sceaux d’accélérer leur départ” pour la Corse, a expliqué le Premier ministre, pour qui “il ne s’agit pas de faiblir un seul instant”.

Anticipant de deux semaines leur première visite en Corse, M. Valls et Mme Taubira ont tenu, dès leur arrivée vers 01h, une réunion de travail à la préfecture, quelques heures après l’assassinat du président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Corse-du-Sud, Jacques Nacer, le 17e depuis janvier dans l’île. En début de matinée, ils ont dirigé une réunion avec les chefs des services de sécurité et du parquet.

M. Valls et Mme Taubira se sont ensuite entretenus avec plusieurs élus dont le président de l’Assemblée de Corse, Dominique Bucchini (PCF), un député UMP de Corse-du-Sud, Laurent Marcangeli, et le maire (DVD) d’Ajaccio, Simon Renucci, a indiqué la préfecture de l’île. M. Valls devait ensuite recevoir une délégation de la CCI et se rendre à l’hôtel de police et Mme Taubira s’entretenir avec des magistrats. Les deux ministres tiendront une conférence de presse à la préfecture à 11H30.

Ils ont avancé leur première visite en Corse depuis leurs prises de fonctions, initialement prévue les 29 et 30 novembre. Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault leur a demandé mercredi soir de s’y rendre “sans délai” après avoir exprimé son “indignation” face à l’assassinat de Jacques Nacer, le 4e en moins d’un mois depuis celui de l’avocat ajaccien Antoine Sollacaro, le 16 octobre. Président de la CCI de Corse-du-Sud depuis 2007, Jacques Nacer, 59 ans, a été tué de plusieurs balles à la tête peu avant 19H00 alors qu’il s’apprêtait à fermer son magasin de vêtement dans la rue Fesch, une artère piétonnière très fréquentée du centre d’Ajaccio.

Son assassin au visage encagoulé ou masqué, selon le procureur de la République Xavier Bonhomme, est parvenu à s’enfuir à pied. C’est la 17e victime d’un homicide en Corse depuis le début de l’année. 21 personnes avaient été tuées en 2011 et 17 en 2010, généralement dans le cadre de règlements de comptes dans le milieu du grand banditisme. “La racine du mal, les gens le savent bien ici, c’est le fric (…) Si le président de la République et si le Premier ministre ont parlé et si M. Valls et Mme Taubira sont en Corse, il va falloir qu’ils expliquent et communiquent sur les flux financiers en Corse et sur les actions qu’ils comptent mener”, a déclaré M. Bucchini à la radio France Bleu RCFM.

Tout en exprimant sa “confiance” dans les propos du président François Hollande, il a espéré “une pérennité de l’action de l’Etat, et pas les coups de menton auxquels on a été habitué”. M. Valls et Mme Taubira vont rappeler le renforcement des “moyens pour lutter sans relâche contre un certain nombre de mécanismes mafieux” et la “mise en oeuvre d’une circulaire pénale contre la délinquance financière”, a déclaré la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem. Évoquant “les dix commandements d’Ayrault”, présentés le 22 octobre pour lutter contre le crime organisé en Corse, M. Bucchini a ajouté que “les Corses savent que par le passé beaucoup de décisions ont été prises qui n’ont pas été suivies d’effet”. “Nous ne sommes pas dans une république bananière et la République doit exercer ses prérogatives dans tous les domaines”, a-t-il insisté.

Pour le député UMP de Corse-du-Sud, Camille de Rocca Serra, “on attend une action forte de l’Etat, de la République, en Corse. Qui passe par les investigations les plus appropriées”. Le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, a souligné sur France 2 qu’il “est temps de mettre des vrais moyens dans ce territoire”. “Le gouvernement doit prendre en main la situation, il n’a que trop tardé depuis six mois maintenant”, a-t-il insisté.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related