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Le graphisme engagé de Jeanne Verdoux dans le New York Times

Concernée par les questions de santé publique, la graphiste Jeanne Verdoux détourne les codes pharmaceutiques pour dénoncer la situation de l’accès aux soins des sans-papiers dans sa dernière œuvre, publiée dans le New York Times.

Jeanne Verdoux est une artiste freelance de conviction. Sa dernière création, – une photographie représentant un flacon de médicament barré d’une étiquette sur laquelle on peut lire « Ne pas absorber si vous êtes sans-papier » – illustre un article de l’archevêque de Los Angeles, Roger Mahony, sur la situation des immigrés sans-papiers privés d’assurance santé.

Publiée dans l’édito de la section « Opinion » de l’édition du 8 décembre du New York Times, l’illustration de Jeanne Verdoux s’inscrit dans une démarche naturelle de protestation contre la situation politique américaine actuelle en matière de droits civiques et d’immigration.

Simple et efficace, son graphisme évoque de façon sarcastique la discrimination dans l’accès aux soins des immigrés sur le sol états-unien. « J’ai eu tout de suite l’idée de détourner les codes de l’étiquette pharmaceutique », explique-t-elle. Pour illustrer la situation de l’immigré, elle a choisi de représenter une valise sur laquelle se dessine un point d’interrogation. « La valise possède une symbolique très simple associée au migrant, au voyageur ou au clandestin », poursuit l’artiste.

C’est aussi, inconsciemment, la représentation du sans-papier. Un poids parfois lourd à porter. « Le sans-papier est rapidement privé de tout ses droits, y compris les plus fondamentaux comme celui de l’accès aux soins », assure Jeanne Verdoux. Elle-même, expatriée, elle se souvient de la précarité de sa situation lors de son arrivée à New York. « J’ai eu ma carte verte à la loterie, témoigne-t-elle. Mais ceci ne règle pas toutes les galères de frais de médicaments », précise-t-elle. Le point d’interrogation de son logo représente l’absence d’identité du migrant aux yeux de l’administration.

L’art au service de la réflexion

Ce qui a motivé l’artiste dans sa démarche, c’est l’absurdité du système de santé américain qui prive de soins toute une frange de sa population active. « D’après des études, plus de la moitié des sans-papiers américains travaillent tous les jours mais n’ont pas de couverture-maladie », s’offusque l’artiste qui regrette la rareté des publications sur le sujet et l’opacité des chiffres.

Non-politisée, l’artiste approuve néanmoins la position du cardinal Roger Mahony, l’auteur de l’article qui appelle ses prêtres à la désobéissance civile quand il s’agit d’aider un clandestin en détresse. Une action passible de prison aux yeux de la loi. Engagées, les œuvres de la graphiste s’imprègnent ainsi d’une certaine conscience politique. Revendiquant son statut d’artiste libre, elle considère sa création comme le reflet d’un problème de première importance aux Etats-Unis, celui de la réforme du système santé. « C’est une question de morale plus que de politique », conclut-elle.

 

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