Subscribe

Le Havre-New York, le temps des copains

Avec Le Havre-New York, le dessinateur Cyril Doisneau nous embarque à bord du paquebot France. On y suit les péripéties de deux gaillards épicuristes, entre insouciance, bonne humeur et camaraderie.

Le Havre, dans les années 60. De siphonnage d’essence en cambriolage raté, Jacques et le “gros” René, deux voyous désœuvrés liés par une amitié indéfectible trompent l’ennui comme ils peuvent. Dans cette France provinciale devenue trop petite pour eux (le bled où se déroule leur dernier larcin s’appelle Morteville), les deux (anti)héros en quête d’aventure et d’argent facile nourrissent leur rêve d’Amérique.

Un boat-trip

Par chance, le légendaire transatlantique France est à quai. Embarqués à son bord en qualité de cuistot et de mécano, les deux compères mettent les voiles. Direction : New York. “Là-bas c’est la terre promise, y’a du fric partout on va être riches René, enfin riches”, se réjouit déjà Jacques. A peine en poste, les deux joyeux drilles se lient d’amitié avec un troisième comparse, Georges, du même acabit qu’eux. Une cuite au rhum et quelques libertinages plus tard, le navire quitte le port.

Les mains dans le cambouis, René veille sur les voitures dans les cales pendant que Jacques, le nez dans la graisse, sert les repas en cabine. C’est comme ça que les deux hommes vont rencontrer la même femme : Yolanda. Jacques en lui portant son petit déjeuner et René en inspectant le moteur de sa voiture. Avatar de Dalida (dont le véritable nom est Yolanda Cristina Gigliotti), Yolanda débauche les deux complices pour s’occuper d’elle. Un peu à l’emporte pièce, ils suivent leur destin comme il se présente, entre coupes de champagne et nuits de noce aux frais de la princesse.

Une esthétique rétro

“L’action se déroule dans les années 60 donc il fallait que le dessin évoque cette atmosphère vintage. Comme nous sommes souvent à l’intérieur du bateau, j’ai choisi un trait le plus stylisé possible pour ne pas étouffer les cases de détails”, décrit l’auteur. Le dessin est épuré, avec des lignes claires. Côté couleurs, Cyril Doisneau alterne trois teintes : le noir et blanc et le gris bleuté. La vie luxueuse sur le paquebot est reproduite avec une attention particulière accordée aux décors (architecture et décoration intérieure du paquebot). L’ensemble est aérien, parfois sombre, souvent drôle et libre de ton.

En faisant des voyous de son histoire ses héros, l’auteur bouscule gentiment les conventions. Le seul objectif de ses petites frappes à la limite parfois du pathétique mais toujours attachants, semble être la recherche de la liberté et du plaisir immédiat, irréfléchi. “De par ses traits physiques et personnels, Jacques est le personnage qui me ressemble le plus, même s’il y a aussi un peu de moi dans René”, reconnaît l’auteur, qui confesse s’être attaché à ces deux loustics de papier. “Ce sont deux bons gars aux allures de loubards. Ils aiment l’alcool, la fête et la vie.”

L’insolence joyeuse de certains dialogues (on y parle pas mal de sexe), l’oisiveté et l’anticonformisme général revendiqué des deux personnages principaux font tout le sel de cette bande-dessinée. Ce que Cyril Doisneau capture avant tout, c’est ce sentiment d’insouciance. Ses jeunes héros sont certainement désœuvrés, mais il y a en eux tant de liberté qu’on se met à les admirer, malgré leurs imperfections. Plus qu’une histoire, Le Havre-New York est un état d’esprit. Un hymne au plaisir éphémère, une volonté de profiter à fond de chaque instant.

Le Havre-New York, scénario, dessins et couleur de Cyril Doisneau, aux Editions La Pastèque (août 2012). 66 pages.

http://cyrildoisneau.tumblr.com/

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related