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Le jour où Obama a trahi Hollande

EDITO. Il est clair aujourd’hui que Barack Obama a manipulé François Hollande sur le dossier de la guerre en Syrie. Comment expliquer que le président français n’a rien vu venir ?

Le 27 août dernier, palais de l’Elysée à Paris : François Hollande devant l’ensemble des ambassadeurs de France réunis en conclave, annonce l’intervention militaire conjointe des armées françaises et américaines en Syrie contre le dictateur Assad, au nom des droits de l’homme chers à la France. Le président français est martial, laissant derrière lui, pour la première fois, son image débonnaire. Le voici chef d’Etat et chef de guerre dans un conflit qui rétrécit le Mali à une escarmouche locale.

Les deux états-majors français et américains s’étaient mis d’accord depuis 72 heures pour désigner des cibles de frappe en Syrie : l’aviation française n’est pas équipée pour frapper seule. Les militaires français manifestèrent tout de même quelque étonnement sur la limitation en nombre des cibles, leur faible importance ; de plus, les militaires américains refusèrent d’annoncer ce qui se passerait après cette première frappe chirurgicale. Hollande, alerté, passa outre ces inquiétudes. Ses conseillers diplomatiques pareillement. Fatale méprise.

Nul à Paris n’imaginait qu’Obama ne cherchait qu’à gagner du temps pour ne pas intervenir du tout et laisser aux Russes la possibilité d’offrir une porte de sortie honorable. Celle-ci, la destruction d’armes chimiques syriennes, archaïques et inutilisables dans un conflit international, fut immédiatement acceptée par Obama, à la surprise de Hollande et aussi des proches collaborateurs d’Obama, dont son secrétaire d’Etat John Kerry, pas informé. La propre conseillère à la sécurité d’Obama, Susan Rice, ne savait rien. Avertie par Obama, une heure à peine avant que celui-ci n’annonce au monde qu’il abandonnait la Syrie à Assad, elle appela immédiatement à Paris le conseiller diplomatique de Hollande. Le président français n’apprit donc qu’il avait été manipulé et lâché en pleine campagne que quelques minutes avant l’annonce mondiale et médiatisée d’Obama.

Que s’était-il passé pour qu’Obama manipule ainsi Hollande et que Hollande n’ait rien vu venir, vraiment rien ? Eh bien, Obama veut laisser dans l’histoire l’image d’un président pacifiste, le contraire de George W. Bush, quitte à renoncer à défendre la démocratie et les droits de l’homme auxquels Bush tenait tout de même et dont Obama se moque, sauf en paroles.

Ces jours-ci, il récidive en soutenant sans nuance, sans état d’âme, le coup d’état militaire contre le président élu de l’Egypte. Obama, ce faisant, reflète la lassitude du peuple américain qui, échaudé par les guerres en Irak et en Afghanistan, a abandonné quelque peu son esprit missionnaire et se replie sur l’économie intérieure. Obama a clairement fait des comptes électoraux avant de se prononcer sur la Syrie et l’Egypte.

Pourquoi Hollande n’a t-il rien pressenti malgré les mises en garde de son état- major ? La raison en tient à une grande illusion sur le personnage Obama. Vu de la gauche française, le premier président noir des Etats-Unis, de surcroît à gauche, voire même traité de socialiste par ses ennemis Républicains, ne saurait être qu’un bon interlocuteur, fiable, amical, pas cynique, forcément progressiste. Hollande n’a pas du tout compris que Obama, noir peut-être, de gauche vaguement, était avant tout un homme politique professionnel, donc calculateur voire cynique, tout à fait indifférent aux gesticulations et postures de ses alliés français. Hollande aura ainsi pris sa première leçon de  politique étrangère, dans un monde où les nations n’ont que des intérêts et pas d’amis.

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