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Le Kama Sutra de l’au-delà

Ni morbide, ni pornographique, les couples de squelettes en train de faire l’amour au Museum of sex de New York intriguent les passants sur la Cinquième Avenue. Signée de la main du Français Jean-Marc Laroche, l’installation est à voir jusqu’au 4 novembre.

Deux couples de squelettes enlacés sur la Cinquième Avenue, la scène est surprenante. Un peu moins peut-être à la veille d’Halloween, au Museum of Sex de New York. Depuis le 5 octobre dernier, ” Les Amants de l’au-delà” installés confortablement en vitrine attirent l’oeil des passants.

Il faut dire que les positions suggestives que tiennent ces deux couples décharnés ont de quoi interroger tout un chacun, autant sur la mort que sur les plaisirs charnels. Et c’est justement le but de Jean-Marc Laroche, le sculpteur français qui a donné vie, sans artifices à cette belle image de mort. “J’ai pris la mort en dérision”, explique-t-il depuis son atelier parisien. “On en a tous peur et l’imaginer comme une partie de jambes en l’air, c’est une façon de la dédramatiser”, dit-il en guise d’explication.

“Les réactions des piétons et des visiteurs du musée ont été très positives”, assure de son côté Jim O’Shea, le directeur de la communication du musée. “Souvent, ils remarquent les sculptures dans la vitrines, s’arrêtent, prennent une photo ou rentrent dans la boutique du musée, et repartent avec le sourire. “

La petite mort de Jean-Marc Laroche

Jean-Marc Laroche, artiste maître des vanités, des corps humains écorchés et de l’art fantastique avait fabriqué à l’origine des petites figurines du même type en bronze argenté. Succès immédiat. Le salon de l’érotisme parisien lui propose alors de réaliser deux scultures grandeur nature pour leur édition de 2010. “L’érotisme ou les figures sexuelles, c’est à peine dix pour cent de mon travail. Mais là je me suis vraiment pris au jeu !”

Pendant dix mois, il fabriquera ces deux couples. “Les moules ont été faits sur de vrais squelettes. Une fois patinées, ils ressemblent à la réalité, explique l’artiste qui a ensuite monté ces os en résine sur une armature d’acier. “Le plus difficile est de donner une apparence souple et naturelle à quelque chose d’aussi rigide que l’acier. Ensuite j’ai voulu qu’ils soient démontables. Chaque couple se divisent donc en 12 parties.” Des amis à lui, propriétaires de la galerie d’art The Evolution Store à Soho, l’ont ensuite aidé à exposer au Museum of Sex.

Anatomiquement, Jean-Marc Laroche a souhaité être le plus fidèle possible, même si en y regardant de plus près, les différences du bassin entre une femme et un homme ne sont pas respectées, comme si ce gepetto de l’au-delà avait voulu célébrer l’acte amoureux en lui-même plus que ceux qui le pratiquent. Le plus impressionnant reste la capacité d’avoir pu donner une véritable expression des crânes qui n’ont finalement pas de visage.

Le choix des positions du Kama Sutra ici illustrées a d’ailleurs été décisif dans ce travail expressif. Pour le couple en lotus, on voit une tendresse dans le regard de ces deux squelettes, alors qu’habituellement c’est quelque chose de froid et repoussant. “Les yeux sont faits grâce à des billes d’hématite pour donner de l’éclat et de crystal de roche pour la profondeur”, détaille le Français. “La position de levrette est hyper-expressive, avec la maximilaire du squelette à la limite de se décrocher et la tête en arrière de l’autre montrant la cadence du mouvement.”

Une belle métaphore à l’orgasme, aussi appelé la petite mort. “On peut le voir de plusieurs manières, comme l’idée de son prolongement après la mort à travers l’accouplement, ou une observation du coït humain sans artifice. En tout cas, il n’y a rien de négatif, cela montre juste qu’il faut profiter de la vie car le temps est compté.” Celui de l’exposition aussi car l’installation n’est visible que jusqu’au 4 novembre prochain.

Pour en savoir plus :

“Lovers from the Hereafter”, visible au Museum of Sex de New York (233 5th Ave,New York, NY 10016. Tél. (212) 689-6337 ) jusqu’au 4 novembre. L’installation étant située dans les vitrines du musée, il est possible d’y accéder gratuitement.

Sponsors et organisateurs de l’exposition, les propriétaires de The Evolution Store, la galerie de Soho, possèdent eux-aussi deux autres sculpture signées Jean-Marc Laroche et visibles dans leur vitrine.

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