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Le livre d’amour de Lila Azam Zanganeh à Vladimir Nabokov

Fascinée par Vladimir Nobokov depuis son enfance, Lila Azam Zanganeh, écrivaine franco-iranienne, vient de publier un ouvrage sur le licencieux auteur russe. Entre biographie, autofiction et conte, elle s’amuse des genres et des styles d’écriture et livre ici une œuvre inclassable, pour faire découvrir aux lecteurs une partie de l’œuvre de son idole littéraire.

Il y a des auteurs qui vous collent à la peau, des livres qui vous restent en mémoire, des mots qui reviennent sans cesse. Pour Lila Azam Zanganeh, cette fascination a pris forme dans l’univers de Vladimir Nabokov.

The Enchanter : Nabokov and Happiness, son premier livre, publié en mai dernier, vient ainsi mettre un terme à une longue période où elle n’a cessé de rendre hommage à ce natif de Saint-Pétersburg. «  C’est un adieu à mon travail universitaire (son objet de maîtrise avait pour titre ‘Lolita, ou la texture des mots’, ndlr). Je n’ai pas fait de doctorat, j’ai fait un livre », explique-t-elle.

Quand l’auteur se dédouble pour donner au lecteur de nouveaux points de vue

Nabokov détestait la didactique, Lila a suivi les préceptes du maître en écrivant une œuvre ludique, véritable cartographie du bonheur, inclassable dans une bibliothèque.  « Ton livre n’a ni début, ni fin ! » lui a dit un jour un proche. Au fil des pages, elle se joue du temps, des personnages fictifs ou réels qui ont marqué la vie du romancier, s’amuse de ses mots et de la police du texte.

Elle aide le lecteur à construire sa lecture, lui donnant des temps de récréation, intervenant en pointillé dans certaines phrases pour développer son imaginaire.

« Il y a trois ‘je’ narratifs : celui du conteur, qui au fil d’une investigation littéraire, parle des livres de Nabokov, celui du biographe qui intervient comme un appareil photo qui s’ouvre et se referme, et celui où le narrateur, en ombres chinoises, qui devient à mesure que les chapitres avancent, un menteur en allant jusqu’à imaginer sa rencontre avec Nabokov. »

Le genre est donc aussi mis à l’épreuve de ce divertissement littéraire. Ni totalement romanesque, ni simplement biographique, ni entièrement critique,.«  A vous de l’interprétez comme vous le voulez », vous dira Lila qui trouve son compte en appelant sa création « un road-novel bizzaroïde ».

L’Iran, la France puis les Etats-Unis

Enfant d’immigrés iraniens, fuyant la révolution de 1979, Lila Azam Zanganeh a grandi à Paris, « comme une Française dans une communauté de réfugiés ». Brillante, elle intègre l’Ecole normale supérieure qui l’envoie directement à Harvard en 1998, comme chargée de travaux dirigés. Elle y restera deux ans, avant de s’installer à New York. « A 24 ans, j’étais un peu paumée. En ayant fait de la littérature, je pensais qu’on ne pouvait rien faire à part être professeur. L’écriture, c’était ‘être Chateaubriand ou rien’ comme disait Victor Hugo. Je pensais qu’il fallait mieux que je reste silencieuse. »

Elle s’essaie alors un peu au droit, puis aux sciences politiques avant de se découvrir une passion pour le journalisme, poussée par Judith Crist, célèbre critique cinématographique américaine et professeure à Columbia. « En France, on mystifie beaucoup le statut d’écrivain alors qu’aux Etats-Unis, c’est beaucoup plus simple légalement et socialement », commente Lila. Au début des années 2000, elle collabore alors à la critique culturelle du Monde puis à celle du New York Times.

En 2006, on lui propose d’éditer un ouvrage sur l’Iran auquel participe entre autre, Marjane Satrapi. «  J’aidais d’autres voix à se poser sur le papier. J’ai fait beaucoup d’interviews à ce sujet et puis j’ai décidé d’arrêter. »

« Je vais écrire pour moi-même plutôt que d’écrire contre Nabokov »

Pendant toutes ces années, Nabokov, le synesthète, est posé sur son épaule, à l’image de ces papillons qu’il aimait étudier. Son héros, « écrivain du réenchantement, totale contre-figure de l’écrivain romantique », reprend alors vie sous son stylo dès 2009, avec l’aval de son fils, Dmitri. Lila avoue même avoir rencontré l’auteur d’Ada ou l’Ardeur, pourtant décédé 11 mois après sa naissance.

La première fois, c’était sûrement dans la voix de sa mère, qui, adolescente, lui lisait Autres rivages, ses mémoires. « Elle a inventé mon éducation. Il a quelque chose de commun avec elle, la révolution, puis l’exil. » Mais aussi l’amour des langues. Nabokov était un fin traducteur. Lila et sa mère sont polyglottes, passant avec aisance, du français au persan, de l’anglais à l’italien ou à l’espagnol. «  C’est effrayant. On ne fait plus l’effort de parler une seule langue, mais on utilise le mot qui vient le plus facilement, le plus évocateur. »

Les rendez-vous suivants, Lila, plus âgée, est seule avec Nabokov, tournant les pages de ses romans, insatiables de ses descriptions. « J’ai appris l’anglais grâce à lui », se souvient la jeune femme âgée de 34 ans. « Chez Nabokov, l’anglais est spectaculaire, il y a une forme d’émotion dans la lecture, que personne ne m’avait donné jusque là. A part Shakespeare, personne n’arrive à dire le monde de cette manière-là. »

Avec The Enchanter, elle met fin à cette musique nabokovienne qui l’habitait depuis son enfance. Aujourd’hui, Lila s’est lancée dans l’écriture d’un nouveau roman. « Je vais écrire pour moi-même plutôt que d’écrire contre Nabokov ». D’ores et déjà baptisé The Orlando Inventions, ce nouvel ouvrage, écrit en anglais, devrait explorer la nature de l’amour en France, racontant l’histoire d’un chevalier qui est à la fois un homme et une femme. Un vrai changement de registre.

Pour en savoir plus :

The Enchanter : Nabokov and Happiness, 228 pages, 23,95 dollars.

Le livre sortira en Grande-Bretagne, en France, en Hollande et en Italie le 3 novembre prochain.

http://www.lazanganeh.com/

  • J’aimerai que mon message parvienne à Lila. Je pense qu’elle serait enchantée d’échanger avec moi, l’ayant connue enfant. J’ai eu le privilège de vivre avec sa famille et j’en gardes des souvenirs heureux remplis de tendres émotions.

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