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Le Lycée français de Damas survit malgré le chaos

A la maternelle de l’école Charles de Gaulle de Damas, l’institutrice apprend à 18 bambins leurs premiers mots de français: si cet établissement est encore ouvert, c’est uniquement par amour des parents pour la culture française.

“Tous ne s’expriment pas encore correctement français mais ils font vraiment des progrès”, déclare satisfaite Francine Didelot-Kahal, une Lorraine mariée depuis 26 ans à un Syrien. “Je pense qu’ils le parleront d’ici quelques mois”, dit-elle. A l’exception de bourses accordées à 40 Franco-syriens, la France a en effet coupé ses aides concomitamment à la fermeture de son ambassade en mars 2012 pour afficher son opposition à Bachar al-Assad dont elle réclame le départ. De fait, ce sont les frais de scolarité des parents et maintenant les réserves financières de l’école qui font survivre l’établissement.

Dans la bibliothèque de la maternelle, Marie-Hélène Saleh, institutrice en cours préparatoire, fait une sélection de livres pour ses élèves. “Je déplore l’attitude de la France vis à vis de cette école. Du jour au lendemain, mon pays a coupé les subventions et puis nous avons perdu les enseignants français qui faisaient partie de l’équipe pédagogique”, dit cette femme qui travaille dans l’établissement depuis 30 ans. “L’école continue, parce que nous avons des enfants qui ont fait confiance à la France et au système français. Je suis ici essentiellement pour eux et pour les parents qui soutiennent cette école”, dit-elle.

Dans le quartier huppé de Mazzé, dans l’ouest de Damas, ce lycée où l’ex-président Nicolas Sarkozy a inauguré de nouveaux bâtiments lors d’une visite officielle en 2008, ne compte plus que 220 élèves contre 900 avant le soulèvement contre le régime en mars 2011, selon la présidente du conseil de gestion du lycée, Zina Farra. “Nous avons pris la responsabilité de continuer à faire vivre ce lycée car nous sommes tellement attachés à la culture française et n’avons pas voulu voir s’arrêter notre lien avec la France”, explique-t-elle.

Professeur en classe de seconde, Dimitri Argherinos donne un cours sur Stendhal et Maupassant. “Je suis de nationalité grecque mais j’ai une admiration pour la culture et la littérature françaises”, dit-il. Pour lui, “ce qui est formidable, c’est la volonté farouche des parents de maintenir cette école malgré les circonstances difficiles que connaît la Syrie en ce moment”. “Quand on vient ici, on entre dans un autre monde”, soutient son élève, Doreen Hamoui, 15 ans, alors que résonne au loin le bruit des mitraillettes. “Nous avons ouvert les inscriptions pour l’an prochain et même si nous avons dix élèves nous ne fermerons pas cette école”, assure Mme Farra.

L’école compte 80 employés, dont 41 enseignants et documentalistes. En deux ans, la France a fermé tous ses établissements en Syrie, dont le Centre culturel et l’Institut français du Proche-Orient, pour marquer son hostilité au régime. Le ministère français des Affaires étrangères a confirmé que la convention qui liait l’établissement avec l’Agence pour l’enseignement du français à l’étranger (AEFE) “a été suspendue en novembre 2011 consécutivement à la décision du ministère de fermer l’ambassade et de rapatrier tous les agents de l’Etat français en poste en Syrie”.

La direction de l’établissement a de ce fait été confiée à un ancien proviseur du réseau à la retraite, et l’homologation, gage de la conformité aux programmes du ministère français de l’Education nationale, reste en vigueur. “Si je suis ici, c’est que je suis retraité et donc libre de mes mouvements”, dit le proviseur Michel Leprêtre, 67 ans, qui a effectué une grande partie de sa carrière dans le monde arabe. “J’ai le sentiment qu’en agissant ainsi, je contribue à ce que dans l’avenir les relations entre la France et la Syrie soient meilleures”.

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