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Le meilleur du rock en français

Événement nord-américain de la chanson française, le festival des Francofolies de Montréal a su en 19 ans passer d’annexe du festival de La Rochelle à une véritable délocalisation au sens noble du terme : un joyeux mélange de chanteurs français et de groupes québécois, qui célèbre la chanson francophone dans son ensemble. Il faut dire que la scène montréalaise s’est considérablement étoffée ces dernières années. Si les groupes anglophones tiennent le haut du pavé – Simple Plan et Arcade Fire pour ne citer qu’eux –, de nombreux artistes francophones ont émergé. Après la génération de Diane Dufresne et autres bêtes de scène, une série d’auteurscompositeurs- interprètes, plus discrets, ont su échapper à la dictature des chanteurs à voix, emmenés par Céline Dion, pour une destination plus rock, plus pop, plus rap parfois, mais surtout plus intimiste et plus engagée. Cette année, l’affiche des Francofolies de Montréal rassemble ainsi un bel échantillon de cette émergence, de part et d’autre de l’Atlantique.

Dans le genre hip-hop, deux pointures qui ont en commun l’amour de la langue française vont se côtoyer : Grand Corps Malade, alias Fabien Marsaud, la révélation Slam (rap scandé a capella) de l’année en France, dont l’album Midi 20 a été récompensé aux dernières Victoires de la musique, et Loco Locass, groupe québécois qui pratique une rhétorique subtile, poétique, et souvent engagée (voir leur tube Libérez les libéraux, en référence au parti Libéral actuellement au pouvoir au Québec et au Canada), et qui fera cette année un spectacle en version symphonique. À ne pas manquer, le Québécois Pierre Lapointe est à l’affiche du concert de clôture gratuit en plein air, il y jouera la version scénique de son formidable deuxième album, La Forêt des malaimés, accompagné par l’Orchestre Métropolitain du Grand Montréal. Il se joindra également à la Française Jeanne Cherhal et à la Belge Saule pour un concert « fil rouge » qui tourne dans les trois villes des francos : Montréal, La Rochelle, et Spa, en Belgique.

Originalité

La principale originalité de l’édition montréalaise réside dans les soirées hip-hop, sortes de rencontres France- Québec où des artistes des deux pays se partagent l’affiche. Les Plasticines, quatre parisiennes d’une vingtaine d’années qui incarnent la mouvance du groupe rock post-adolescent, joueront le même soir que Call Me Poupée, groupe pop-folk dans l’air du temps. Le Français Renan Luce interprètera les historiettes qui composent sont très réussis premier album Repenti sur la même scène que Pépé et sa guitare, auteur de chansons folks cocasses et déjantées. Thomas Fersen, valeur sûre de la pop parfois hallucinée, Émilie Simon, nouvelle égérie de la musique électronique depuis La Marche de l’Empereur, et Stefie Shock, Québécois dont le troisième album, Les Vendredis, continue d’explorer la chanson versant Gainsbourg, seront aussi de la fête, au milieu de plus d’une cinquantaine d’artistes, dont un grand nombre se produiront lors de concerts gratuits en plein air.

Enfin, la grande Juliette Gréco fêtera son 80e anniversaire, accompagnée au piano par son mari, Gérard Jouannest, dans un concert intimiste où elle interprètera notamment des chansons issues de son dernier album, Le Temps d’une chanson, co-écrit avec Miossec et Bénabar. La muse de Saint-Germain-des-Prés sera la seule véritable tête d’affiche de ce festival de découvertes – on est loin des shows bien rodés des vedettes de la chanson française, omniprésentes dans les années 90, et c’est tant mieux.

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