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Le Menteur de Corneille revisité par David Ives

Le metteur en scène américain David Ives adapte Le Menteur de Corneille. La première du spectacle a lieu le 7 novembre à Philadelphie.

“A menteur, menteur et demi”, “Il ment comme il respire”, “Mentir comme un arracheur de dents”. Dictons, proverbes et citations sur le thème du mensonge foisonnent. Du soldat fanfaron de Plaute aux aventures de Pinocchio ou de Tartarin de Tarascon, le hâbleur à l’imagination débordante est distrayant ; on rit de ses histoires mirobolantes et on attend avec impatience le moment où il s’empêtrera dans ses contradictions.

A en juger par le nombre de pièces mettant en vedette ces affabulateurs et leurs contes à dormir debout, la popularité du menteur est pérenne. Et on pense en premier à Molière qui a immortalisé avec brio ces fieffés fantaisistes. Cette saison, le Lantern Theater qui avait déjà présenté L’Ecole des femmes et Les Fourberies de Scapin continue son programme français avec une comédie baroque de Corneille, Le Menteur.

Empruntant à La Vérité suspecte de l’Espagnol Juan Ruiz d’Alarcón, Corneille écrit la pièce en 1643. Elle connaît un vif succès, jamais… démenti. Passée au répertoire de la Comédie Française, l’œuvre a totalisé près de neuf cents représentations de 1680 à nos jours, plaçant Le Menteur en troisième position pour le théâtre de Corneille, derrière Le Cid et Horace ! Autre hommage rendu en 1750, un siècle après sa création au Théâtre du Marais, l’Italien Carlo Goldoni en reprend le thème et les quiproquos désopilants pour Il bugiardo, un menteur napolitain tout aussi savoureux que son prédécesseur parisien.

Nul besoin de dépoussiérer Corneille. L’embrouillamini des mésaventures de Dorante, étudiant en droit qui revient dans la capitale pour y briller, s’amuser et séduire (quitte à mentir à n’en plus finir) reste un tourbillon de fête et de démesure. Sur un rythme endiablé, le héros débite son bagou avec une verve éblouissante. Et – pastiche ironique du Cid – Dorante est même prêt à férailler pour défendre ses rêves, son honneur et sa belle. Il fallait cependant beaucoup de talent pour adapter en anglais ce grand classique français où Corneille, après la querelle du Cid, avait renoué avec la rigueur de la règle des trois unités dans une pièce de cinq actes écrite en vers.

Défi relevé et résultat assuré avec la selection du dramaturge américain David Ives : sa dernière œuvre, New Jerusalem, The Interrogation of Baruch de Spinoza, à l’affiche du Lantern Theater pendant la saison 2011-2012, a été accueillie avec un tel enthousiasme que le théâtre l’a reprise en septembre 2012. Avec des dialogues naturels et un style élégant, la nouvelle version de cette comédie légère et réjouissante, dont les alexandrins traduits en pentamètres iambiques n’ont rien d’intimidant, renouera avec l’intention de Corneille qui voulait “quelque chose de plus enjoué qui ne servît qu’à divertir.” Une excellente soirée en perspective, la vérité, si je mens !

Infos pratiques :

“The Liar” de Corneille par David Ives, première philadelphienne le 7 novembre au Lantern Theater Company, St. Stephen’s Theater, 10th & Ludlow Streets, Philadelphia, PA 19107. (215) 829-0395. www.lanterntheater.org

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